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mercredi 17 avril 2013

JEUDI 18 AVRIL - 18-20H Conférence ILERI ExCHANGE : Faut-il désoccidentaliser l'humanitaire ? Avec Pierre micheletti, ancien président de médecins du monde


Le mouvement humanitaire des ONG internationales est largement dominé aujourd’hui par des ONG issues des pays occidentaux. Cela tient à l’origine des ressources que manipulent ces organisations non-gouvernementales aussi bien qu’à leurs pratiques administratives et de gestion d’équipes sur le terrain. Sans condamner l'ensemble nous véhiculons des repères hérités des écoles et des universités au sein desquelles nous avons été formés. Ce mouvement humanitaire international tel que dominé par cette « tonalité occidentale » ne correspond plus aux équilibres internationaux et en tout état de cause, il n’y a plus aucune raison, que ce soit du point de vue de la localisation des compétences, du pouvoir politique ou de l’énorme revendication identitaire et culturelle à l’œuvre dans les pays d’intervention, que seul ce modèle domine dans l’aide internationale.

Directeur des programmes de Médecins du Monde en 1996, Pierre MICHELETTI devient membre du bureau en 2003 avant d’être élu à la présidence de Médecins du Monde en 2006, responsabilité qu’il exercera jusqu’en 2009. depuis 2009, il est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Parallèlement à ses fonctions d’enseignant et à ses responsabilités à Médecins du Monde, Pierre Micheletti est médecin de santé publique au centre hospitalier psychiatrique de Saint-Égrève dans l’agglomération grenobloise. Ouvrages publiés : Afghanistan : Gagner les cœurs et les esprits, PUG, RFI 2011.Les orphelins, Embrasure, RFI, Paris, 2010. Humanitaire : s’adapter ou renoncer, Marabout, Paris, 2008

samedi 9 mars 2013

Réglementer le commerce des armes classiques : un impératif humanitaire

Un traité efficace sur le commerce des armes, qui protège les civils contre les conséquences dévastatrices des transferts d'armes mal réglementés, est aujourd’hui plus urgent que jamais.


Un des objectifs majeurs de ce traité doit être de réduire le coût humain de la disponibilité des armes, en énonçant des règles claires interdisant les transferts d’armes classiques et de leurs munitions lorsqu’il y a un risque manifeste qu’elles soient utilisées pour commettre des violations graves du droit international humanitaire.



Pourquoi un traité sur le commerce des armes est essentiel ?
La réponse à cette question avec Nathalie Weizmann, juriste du CICR, ICI

Source : http://cicr.blog.lemonde.fr/2013/03/09/video-reglementer-le-commerce-des-armes-classiques-un-imperatif-humanitaire/

lundi 4 février 2013

Mali : la situation humanitaire dans le nord, entre l’espoir et le doute

Les récents combats et les mouvements de troupes ont forcé des milliers de personnes à se déplacer dans le pays ou à se réfugier dans les pays voisins. Certaines de ces familles commencent aujourd'hui à rentrer, mais elles sont tellement démunies de tout que leurs conditions de vie restent extrêmement précaires. Le CICR et la Croix-Rouge malienne continuent de leur porter assistance, notamment en leur fournissant des vivres.
 



« Nous observons un début de retour des personnes déplacées, notamment dans certaines zones du centre et du nord du Mali, explique Jean-Nicolas Marti, chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger. Ces familles qui retournent chez elles, tout comme celles qui sont encore déplacées, manquent de nourriture et d'articles de première nécessité. Quant aux familles qui sont restées sur place, elles n'ont plus de ressources à partager. »


Besoins urgents pour les personnes déplacées ou rentrées

« Les personnes qui avaient fui Konna en direction de Mopti et Sevaré commencent à rentrer, observe Philippe Mbonyingingo, chef de la sous-délégation du CICR à Mopti, présent sur place. Mais elles sont dans une situation humanitaire précaire et nous leur avons distribué de la nourriture le 31 janvier dernier. » Au total, plus de 7 200 personnes ont pu bénéficier de l'assistance alimentaire fournie par le CICR et la Croix-Rouge malienne.
 
Les 30 et 31 janvier derniers, plus de 3 300 déplacés restés à Mopti et Sévaré ont aussi reçu une assistance alimentaire de la part de la branche locale de la Croix-Rouge malienne.
Des déplacements de population sont également rapportés dans la région de Kidal, dans le nord-est du pays. Le 31 janvier, une équipe du CICR s'est rendue à Tinzaouatène, près de la frontière algérienne, afin d'évaluer les besoins des personnes déplacées dans cette région, plusieurs milliers semble-t-il.

« Nous avons déjà fourni une assistance à plus de 15 000 personnes depuis la reprise des combats et nous continuerons cette action d'urgence tant que les besoins perdureront, explique Jean-Nicolas Marti. Nous avons aujourd'hui davantage accès aux zones touchées par les récents combats et nous nous efforçons de répondre le plus rapidement possible aux besoins les plus urgents. »

En ce qui concerne le volet médical de l'aide, la priorité est désormais d'assurer l'accès aux soins pour les populations civiles, déplacées et retournées. Le CICR soutient pour cela les hôpitaux de Gao et Sévaré et six centres de santé installés entre Ansongo et Tombouctou.

Des familles dispersées à cause du conflit

À cause du conflit, de nombreuses familles ont été séparées et dispersées à l'intérieur du Mali et au-delà des frontières. La situation de ces familles dispersées a été aggravée ces derniers jours par la coupure des réseaux téléphoniques dans les principales villes du nord du pays. Le CICR et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge des pays limitrophes s'emploient à réunir les familles ou à les aider à rétablir le contact.
Le respect du droit international humanitaire : un impératif

Le CICR continue de rappeler à toutes les parties au conflit leurs obligations au regard du droit international humanitaire (DIH), notamment en ce qui concerne la protection de la population civile et des personnes qui ont cessé de se battre. « Nos équipes sur le terrain suivent la situation de près et nous prenons très au sérieux toutes les dénonciations de violations du droit international humanitaire, affirme Jean-Nicolas Marti. « Lorsque les allégations que nous recevons sont confirmées, nous soulevons ces questions au plus vite auprès des parties concernées, dans le cadre d'un dialogue strictement bilatéral et confidentiel, » explique le chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger.

Source : http://www.cicr.org/fre/resources/documents/update/2013/02-02-mali-konna-displaced-returnees-aid.htm


L’aide alimentaire aux plus pauvres bientôt supprimée ?

Une femme poussant dans son assiette des restes invisibles, un homme mangeant des miettes imaginaires…Ces drôles de saynètes, observées par des passants ébahis, tournent en boucle sur le net. Objectif : attirer l’attention du grand public sur une menace bien réelle, la disparition de l’aide alimentaire aux plus démunis versée par l’Europe.

L’aide alimentaire aux plus pauvres bientôt supprimée ?


Ce programme permet de nourrir 18 millions d’Européens pour l’équivalent d’une contribution d’un euro par Européen. Or, si aucun budget n’est voté lors du prochain Conseil européen les 7 et 8 février pour les sept prochaines années, les conséquences risquent d’être catastrophiques pour ces millions de citoyens. En effet, les nombreuses associations qui se mobilisent pour offrir des repas ne disposent pas, à elles seules, des moyens suffisants pour satisfaire tous les besoins. En effet, l’aide européenne représente un quart voire la moitié des denrées alimentaires distribuées, soit 130 millions de repas. Si le vote n’a pas lieu, cette aide disparaitra dans un an.

En France, quatre grandes associations se sont unies dans l’opération Airfoodproject. Les banques alimentaires, la Croix-Rouge, les Restos du cœur et le Secours Populaire tirent la sonnette d’alarme et invitent tous les bénévoles et citoyens à se mobiliser pour peser sur la décision des gouvernants.
Le site airfoodproject.com permet à chacun de signer une pétition en ligne, et de participer à la grande journée d’action prévue, partout en France, le 4 février prochain. A Paris, le rendez-vous est fixé à midi sur le parvis des Droits de l’Homme (Place du Trocadéro) pour un déjeuner virtuel où les participants mimeront un faux repas…prélude à un vrai drame humain ?

Source : http://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/l-aide-alimentaire-aux-plus-pauvres-bientot-supprimee-14664

mercredi 30 janvier 2013

L'aide humanitaire prise à partie dans le conflit syrien

"L'aide humanitaire en Syrie souffre d'un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une partie infime", ont alerté, mardi 29 janvier, dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans frontières (MSF) et Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l'action et le savoir humanitaires à MSF. Un cri d'alarme lancé à la veille de la réunion des donateurs organisée au Koweït, sous le patronage des Nations unies, pour tenter de lever 1,5 milliard de dollars pour les cinq millions de Syriens affectés par le conflit.

Une famille de déplacés syriens le 25 janvier 2013.

Cette dissymétrie de l'aide humanitaire était déjà pointée, début janvier, par le Programme alimentaire mondial (PAM). L'agence des Nations unies distribue chaque mois des rations alimentaires à environ 1,5 million de déplacés dans les quatorze gouvernorats syriens, dans les zones où les autorités syriennes l'autorisent à intervenir avec son partenaire local, le Croissant rouge arabe syrien (CRAS). Les régions dans lesquelles le PAM, tout comme les organisations non-gouvernementales syriennes et étrangères ayant obtenu la précieuse autorisation de Damas, peuvent intervenir excluent les zones de guerre et celles contrôlées par les rebelles. Or, alertait Mme Byrs, un million de Syriens vont manquer de vivres, essentiellement dans les zones de guerre.

"LE BON VOULOIR DES AUTORITÉS"

Un chiffre très en dessous des réalités, estiment certaines organisations qui parlent de 4,5 millions de déplacés en Syrie, soit un quart de la population. "Ce chiffre est cohérent, mais invérifiable", commente Alexandre Giraud, le responsable des opérations de Première Urgence-AMI au Moyen-Orient. Le responsable de cette ONG dont les trois employés internationaux et soixante-dix locaux distribuent, en coordination avec le CRAS, de l'eau et des kits d'hygiène à 90 000 familles à Damas, Homs, Hama et Tartous, confirme les limites qui leur sont imposées. "On travaille principalement sur les zones contrôlées par les autorités, à la différence des ONG sans autorisation qui travaillent clandestinement à partir de pays frontaliers et dans les zones rebelles." Dans ses zones d'intervention, Première urgence est également tributaire du bon vouloir des autorités. "Les autorisations d'aller sur le terrain sont données au compte-goutte tout comme les visas pour les personnels internationaux. Il faut renouveler notre demande d'intervention à chaque déplacement", explique M. Giraud.

Dans une situation sécuritaire dégradée et volatile, le travail des organisations internationales rayonnant depuis Damas est rendu encore plus difficile. "Les distributions sont tributaires de l'accès au terrain, qui varie selon les conditions de sécurité et l'approvisionnement en fioul. On enregistre parfois des jours ou des semaines de retard", reconnaît Emilia Casella, coordinatrice presse du PAM. Les personnels locaux s'exposent à de grands risques. "Des camions ont été attaqués et leur chargement dérobé aux checkpoints ou sur la route par des groupes armés", poursuit-elle. "Il y a des pillages, acquiesce Alexandre Giraud. On est parfois pris dans des tirs croisés et les kidnappings de personnel humanitaire se multiplient."

UNE PRÉCARISATION ACCRUE DE LA POPULATION

Une famille de déplacés de l'intérieur syriens près de Damas, le 29 janvier 2013.
Limitée, leur intervention n'en est pas moins essentielle pour répondre aux besoins croissants d'une partie de la population de déplacés en proie à une précarisation accrue par le pourrissement de la situation et la rigueur de l'hiver syriens. Après vingt-deux mois de guerre civile, les pénuries de pain et de carburant touchent désormais l'ensemble du pays. A Alep, le kg de pain non subventionné se vendait à 250 livres syriennes (LS) fin décembre (2,60 euros au cours actuel), contre 15 LS pour le pain jadis subventionné. Le prix du litre de mazout est passé de 16 à 210 LS entre 2011 et fin décembre 2012. L'arrivée massive de déplacés dans certaines régions fait peser une pression énorme sur l'économie locale, commente Emilia Caselli.

"Une proportion significative d'entre eux a connu plusieurs déplacements successifs. Mais les populations sont désormais fixées dans la région de Damas, la zone de Raqqa et les zones kurdes", indique une source syrienne ayant requis l'anonymat pour des raisons de sécurité. Beaucoup sont partis dans l'urgence en pick-up ou en minibus, emportant le minimum. "Les familles partent majoritairement dans des régions où elles connaissent quelqu'un. Ainsi, en dépit du grand nombre de déplacés, une large partie d'entre eux est hébergée chez des proches", poursuit-elle.

Avec la pérennisation de la crise, les besoins dépassent les capacités d'hébergement, et les proches ne peuvent plus toujours subvenir aux besoins des déplacés. Les habitats collectifs se multiplient, en ordre dispersé, sur tout le territoire syrien. Ecoles, mosquées ou immeubles inachevés peuvent accueillir de 5 à plus de 300 familles. Des familles de déplacés ont investi des champs ou les seuils d'immeubles du centre-ville de Damas. Une promiscuité qui fragilise une population de déplacés composée en majorité de femmes, d'enfants et de vieillards poussés à l'exil suite à la mort ou l'emprisonnement des soutiens de famille. "On est sur une corde raide qui peut se briser du jour au lendemain. On peut avoir une augmentation rapide du nombre de morts si les gens sont épuisés après un premier hiver de privations puis six-sept mois de pénuries", alerte notre source syrienne.

UNE AIDE CLANDESTINE CAPITALE

Dans les zones hors de portée des organisations comme le PAM ou Première urgence, la solidarité locale et les réseaux d'aide clandestine animés depuis l'étranger ont permis d'éviter une situation dramatique. Cette aide humanitaire parallèle, organisée par des collectifs de bénévoles étrangers et des membres de la diaspora syrienne, répond à 70% des besoins humanitaires en Syrie, estime la source syrienne sans que ces chiffres puissent être vérifiés. Comme d'autres collectifs avec qui il travaille en coordination, le collectif Life4Syria apporte depuis novembre 2011 une aide aux populations déplacées, en s'appuyant sur des réseaux locaux organisés de façon pyramidale. Proximité et clandestinité sont les garants de leur efficacité. "De proche en proche, on a étendu notre maillage à toute la Syrie jusque dans les zones les plus reculées", explique Amélie Lumbrozzo, membre du collectif.

Ses relais les plus forts sont dans la région de Damas, à Lattaquié, Homs, Hama, Alep, Deir Ezzor et plus difficilement à Raqqa. Le collectif n'a pas les moyens suffisants pour toucher l'ensemble des populations déplacées, mais "est plus rapide en cas d'afflux de réfugiés, car on est affranchis des démarches administratives", indique Amélie Lumbrozzo. Quarante mille familles dépendent aujourd'hui de son aide qui couvre médicaments, vêtements et couverture, nourriture, lait pour enfants, produits d'hygiène et frais de logement. Des besoins que Life4Syria chiffre à 35 000 LS mensuelles par famille de cinq à sept membres en moyenne.

Les risques encourus pour les membres du réseau sont grands. Au regard de la loi adoptée en juillet 2012 par le gouvernement syrien, ils se rendent coupables de terrorisme. "Si l'une des personnes traverse la frontière et se fait prendre avec du matériel médical ou des médicaments, elle s'expose à une arrestation et à un interrogatoire poussé avec tortures. Des menaces pèsent ensuite sur l'ensemble du réseau", explique Mme Lumbrozzo. Pour éviter toute prise de risque, les réseaux n'organisent aucune distribution collective auprès des populations, privilégiant une aide au cas par cas et discrète comme les dons d'argent, de vêtements et de médicaments. A ce jour, le collectif a distribué 115 555 dollars (85 000 euros environ) et 887 kg de vêtements.

LA SOLIDARITÉ DE PROXIMITÉ COMME PRIORITÉ

Si la générosité de ses donateurs individuels suffit encore à alimenter sa capacité d'intervention, Life4Syria observe une augmentation des besoins sur le terrain. La dégradation de la situation sur le terrain a affaibli les sources de financement local et les capacités d'entraide de proximité. "Ceux qui arrivaient encore à tenir, qui pouvaient aider, sont soit partis par la force des choses à cause du danger et de la nécessité de vivre soit ont perdu leur emploi et se retrouvent à leur tour dans la situation de demandeurs d'aide", explique Amélie Lumbrozzo.

"Depuis la fin du ramadan, en septembre, il y a un effondrement complet de la solidarité locale, car les gens ont beaucoup donné à l'aumône légale, qui a été reversée à directement à ces réseaux ou à d'autres réseaux caritatifs", précise une source syrienne. "Quand on peut réabreuver ces personnes-là, les réseaux de solidarité de proximité, latents, renaissent", poursuit Amélie Lumbrozzo. "Notre but est de maintenir en vie une société qui tient en attendant la fin du conflit et d'empêcher que la population ne sombre dans une détresse telle qu'elle céde au diktat du pouvoir en place", poursuit la membre de Life4Syria.

Car, pour ces acteurs, la question des déplacés est aussi et surtout une arme politique utilisée par Damas. "Pour le régime, affamer la population qui s'est alliée avec l'Armée syrienne libre est un mode de punition collective. Il peut aussi créer intentionnellement des flux de réfugiés pour bloquer l'avancée des rebelles et épuiser l'ALS, qui doit alors prioritairement s'occuper d'un flux de réfugiés", affirme la source syrienne.

Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/01/30/l-aide-humanitaire-prise-a-partie-dans-le-conflit-syrien_1824177_3218.html

Dans Gao libérée, désolation et règlements de comptes

Saccages, lynchages, châtiments publics. Alors que la France appelle à la mise en place rapide d'observateurs internationaux, la CPI aura fort à faire au Mali.

Des soldats maliens à l'entrée de Gao, le 28 janvier.
Quelques jours avant l'abandon de la ville par le Mujao, le groupe armé qui contrôlait la ville depuis six mois et y faisait régner une loi islamique de fer, un de ses chefs, chargé de la sécurité, avait mis en garde Aboubacar Traoré : Gao allait être le tombeau des "mécréants". Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, émanation locale d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), allait y mener un combat décisif contre les forces françaises et maliennes. Gao serait leur tombeau, un piège mortel.


"Ils disaient que leurs hommes se préparaient au martyre avec des ceintures d'explosifs", se souvient le directeur de Radio Koima, qui a tenu tête à tous les groupes rebelles qui ont contrôlé la ville depuis avril 2012. "Et tout à coup, c'était terminé. Quand l'armée française est entrée, ils ont quitté la ville avec leurs derniers chefs. Abdulhakim est parti vers Bourem, à une sortie de Gao, alors que les forces françaises progressaient à l'autre bout de la ville. Il faut croire qu'ils ont eu peur, en fait." Certains chefs, dans une version locale de la disparition du mollah Omar en Afghanistan, se seraient enfuis sur des motos.

Quatre hommes soupçonnés de faire partie de la milice islamiste sont arrêtés par les soldats maliens, le 29 janvier à Gao.
Aboubacar Touré s'autorise un sourire. A plusieurs reprises au cours de l'année écoulée, ses locaux ont été envahis, il a été menacé, on a tiré sur lui, ses journalistes ont été maltraités ; l'un d'entre eux a été laissé pour mort après avoir été roué de coups parce qu'il appelait à manifester contre les amputations. Radio Koima avait réussi à mettre une grande partie de la jeunesse de Gao dans la rue pour protester. En vain. Puis la "radio courage" et son directeur ont dû se taire.
Depuis deux jours, Koima a repris ses émissions en appelant à la raison : "Si vous trouvez un islamiste, ne le lynchez pas, prévenez les autorités". Des combattants perdus du Mujao sont encore embusqués dans les nombreuses maisons vides de la ville. Certains peuvent tenter des actes désespérés. Mais la plupart risquent d'être mis en pièces par la population. Ils ne sont pas les seules cibles de la colère de la jeunesse. Sont également en danger leurs "complices" supposés, recherchés dans les groupes " à peau blanche", touareg ou arabes, qui n'auraient pas quitté la ville.

HOMMES ÉDENTÉS, SANGUINOLENTS

Au bord du fleuve, le matin même, trois hommes ont été découverts sous des bâches dans un entrepôt de grain. Ils ont commencé à être frappés par la foule, accourue depuis le marché voisin. L'armée malienne les a arrachés à la mort, édentés, sanguinolents. Selon les témoins du voisinage, là se trouvait un "marabout", Mohammed Ashimi, qui décidait des jugements et condamnations au sein de l'Al-Hizbah, le bras armé de la police islamique. Il appartient à la communauté arabe, désormais visée dans son ensemble.
Ses membres ont presque tous fui les jours précédant la chute de la ville. Dans le quartier du marché, où les boutiques des commerçants arabes ont été vidées, la belle maison de l'un d'entre eux, importateur de thé, a été pillée. La famille Al-Fatao s'était entassée, à temps, dans une voiture, et a pris la direction du Burkina Faso.

Un homme soupçonné d'être un islamiste, pris à partie par la foule, le 29 janvier à Gao.

Côté touareg, ce n'est pas mieux. Les combattants du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), les premiers à avoir pris la ville aux forces loyalistes en avril dernier, se sont livrés à de nombreuses exactions avant d'en être chassés par leurs anciens alliés islamistes, Mujao et Ansar Eddine. Mais le mal à la réputation des Touareg était fait. "Ces gens, ils rentrent chez toi avec leur arme, ils mangent ton dîner, ils couchent avec ta femme de force et après ils s'en vont avec ta télévision ou ta radio", résume Dadid Maiga, un des petits vendeurs du marché. Lorsque les islamistes du Mujao ont chassé le MNLA, la population avait d'abord accueilli avec soulagement l'imposition de la charia, qui promettait un retour à l'ordre. Puis sont venus les débordements de la police islamique, sous les ordres de leur chef, Aliou Touré, ancien "gargotier" (vendeur de nourriture dans la rue) et ex-vendeur de peaux de chèvres, tout en imposant, à sa manière fantasque et violente, les châtiments les plus durs, y compris les amputations, filmées par ses propres hommes.

Dans la foulée de ces violences, Touareg et Arabes paient le prix fort. Une forme d'épuration ethnique s'est mise en place à Gao. Il va falloir travailler la ville au corps pour inverser la tendance, sous la houlette des "sages" de chaque communauté, qui ont déjà appelé à la clémence.


Des soldats tchadiens patrouillent à Gao, le 29 janvier.

Pour la population qui agite des drapeaux français, maliens, tchadiens ou nigériens cousus à la hâte, l'heure n'est pas encore au pardon. Al- Tayeb, guide touristique au chômage, exprime l'ambiguïté qui touche même les plus raisonnables : "D'accord, il ne faut pas céder aux amalgames, mais il faut bien reconnaître que tous ces Arabes les ont nourris et accueillis . Je ne sais pas quand ils pourront revenir et ouvrir leurs boutiques." La communauté arabe de Gao est très active dans le commerce.


SACCAGES

En arrivant en ville, en début d'après midi, dans un C130 français, le gouverneur de la ville, le général Mamadou Adam Diallo, tente de lancer des appels au calme et à la réouverture des magasins. Des gendarmes et des policiers devraient arriver en renfort rapidement. Dans la foulée, il part visiter sa résidence, bâtiment à l'architecture coloniale, ainsi que les bâtiments de l'administration, et reste bouche bée devant les saccages.

Le maire de Gao, Sadou Touré, l'accompagne dans cette exploration des dégâts. Plusieurs de ses hôtels, dont le Bidji, qui faisait aussi boîte de nuit, ont été raclés jusqu'à l'os par les pillards. Rebelles touareg ou population, simples badauds, tout le monde s'est servi. Des montagnes de bouteilles de bière cassées témoignent de l'application des combattants du Mujao. Tout de même, le maire formule un peu d'espoir : "Ce sont des individus qui ont été le cheval de Troie , pas les collectivités (...). Nous pouvons vivre ensemble. Moi, je suis d'ethnie peul, mais je ne peux pas vivre sans mon Arabe, sans mon Touareg."


Une jeune fille malienne achète de la viande au marché de Gao, le 29 janvier.

Pour les pillages, c'est déjà trop tard. Pour les lynchages, il est encore temps d'agir. Dans les rues de Gao, il y a désormais quelques patrouilles de soldats maliens avec une poignée de Tchadiens et de Nigériens, plus quelques éléments touareg de l'armée loyaliste pour éviter le chaos. Le bain de sang redouté n'a pas eu lieu, mais ce qui arrive dans les huit quartiers peut néanmoins échapper à cette force modeste.

LYNCHAGE

La prise de Gao s'est faite selon un schéma implacable. Une colonne de l'armée française et de l'armée malienne, avec près de mille hommes et du matériel lourd, a ceinturé la ville. Les frappes aériennes se sont intensifiées, visant les bâtiments où le Mujao avait ses quartiers et son matériel militaire. Gao était entourée sur plusieurs axes, quand des avions français se sont posés, à l'aube, à l'aéroport. Des véhicules sont sortis des avions, et ont commencé à progresser en ville. Un détachement du Mujao, parti à leur rencontre, a été éliminé. L'un de ses survivants est revenu vers le centre sur une charrette pour donner l'alarme, tirant en l'air. Déjà, des jeunes armés de gourdins et d'armes blanches l'entouraient et le lynchaient.

Mercredi 30 janvier, des forces spéciales françaises ont pratiquement répliqué l'opération à Kidal, la troisième grande ville du nord du Mali, en s'établiassant à l'aéroport. Une colonne de 2 000 soldats tchadiens progresse avec les éléments du général El-Hadj Gamou, essentiellement des Touareg loyalistes, et devraient arriver rapidement à Kidal.


Un soldat français près de Tombouctou, le 28 janvier.
La suite, c'est-à-dire la poursuite des opérations sur le terrain immense du désert, avec la possibilité de voir les combattants des groupes islamistes se réorganiser, promet d'être plus délicate.

En attendant, Gao renoue avec ses habitudes. Dans la cour de Radio Koima, une petite stéréo joue de la musique, avec des lumières qui clignotent au rythme de la guitare. La police islamique qui traquait ce genre d'infractions s'est évanouie. De tous les drapeaux noirs salafistes qui flottaient sur la ville, il n'en reste plus qu'un, que personne n'a encore eu le courage d'aller arracher, au sommet de l'antenne de la radio-télévision nationale. Les autres traces du Mujao sautent aux yeux à chaque pas.

CHÂTIMENTS PUBLICS

Près de la mairie, des soldats français passent au crible les bâtiments administratifs à la recherche de pièges ou d'explosifs. Des ceintures d'explosifs ont déjà été trouvées, affirme une source militaire française. Non loin, la place de l'Indépendance, qui avait été rebaptisée "place de la Charia". C'est sous son préau qu'on exécutait, en public, les châtiments. Pratiquement chaque vendredi, les coups de fouets pour les hommes surpris à fumer, en possession de whisky en sachet ou s'étant rendus coupables d'autres broutilles. Mais aussi, pour les voleurs, amputations, parfois d'une main et d'une jambe à la fois. Al-Tayyeb est venu assister à ces séances du vendredi, comme tout le monde. "Quand on coupait la main ou le pied, ils mettaient un chèche autour de la blessure. Pendant qu'ils coupaient, les hommes criaient, criaient. Ensuite, ils les emmenaient à l'hôpital."
L'avancée des forces françaises et maliennes.

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/30/desolation-et-vengeance-dans-gao-liberee_1824366_3210.html

samedi 26 janvier 2013

Syrie: nombre "record" de réfugiés fuyant la guerre

Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.

Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.
(c) Afp
  (c) Afp

DAMAS (AFP) - Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.

A cinq jours d'une réunion de donateurs organisée à Koweït, le roi Abdallah II de Jordanie a lancé un appel pour "davantage d'aide" de la part de la communauté internationale pour son pays qui accueille maintenant plus de 300.000 réfugiés.

Pendant ce temps, les troupes du président Bachar al-Assad pilonnaient Homs, la "capitale de la révolution" dans le centre, pour le 6e jour consécutif, pour y écraser les derniers bastions rebelles, et régime et opposition mobilisaient leurs partisans, les premiers priant, les seconds manifestant.
Le poumon industriel de la Syrie et point névralgique sur la ligne de démarcation entre régime et rebelles --qui tiennent de larges zones dans l'Est et le Nord--, était sous les bombes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qui s'appuie sur un important réseau de militants et de médecins.

En outre, a rapporté le réseau de militants anti-régime de la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), des renforts militaires arrivaient dans la ville, quasiment entièrement reprise par l'armée, au prix d'opérations extrêmement meurtrières.
A Idleb, principale ville du nord-ouest de la Syrie, des rebelles ont pu entrer dans l'enceinte de la prison, à l'entrée ouest de la ville sous le contrôle du régime après des combats intenses selon l'OSDH. Les combats continuent mais environ 80 prisonniers ont pu s'échapper de la prison.
Face à ces violences qui ont encore fait vendredi au moins 129 morts, selon cette ONG, 6.400 nouveaux réfugiés sont arrivés ces dernières 24 heures en Jordanie, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), portant à 30.000 le nombre de Syriens ayant fui vers le royaume depuis début janvier, un chiffre "record".

"Retour de la tuberculose"

"Les réfugiés les plus faibles se battent pour leur survie (...) il faut davantage d'aide internationale", a déclaré le roi Abdallah II, dans un discours devant le 43ème Forum économique mondial (WEF) à Davos.

La moitié des 600.000 réfugiés syriens ont moins de 18 ans et 25% ont moins de quatre ans, selon l'Unicef.

Alors que l'ONU s'attend à ce que le nombre de réfugiés atteigne 1,1 million d'ici juin, le Liban, l'Irak, la Jordanie et la Turquie tirent régulièrement la sonnette d'alarme, se disant prêts à accueillir les Syriens fuyant la guerre mais à condition d'être aidés.

Et en Syrie même, où l'on compte au moins deux millions de déplacés, l'Union des organisations syriennes de secours médicaux (UOSSM), une organisation de médecins travaillant clandestinement dans le pays, a dressé un tableau dramatique de la situation humanitaire.

Dénonçant "l'inaction" de la communauté internationale face aux exactions du régime, le secrétaire général de l'UOSSM, Anas Chaker, a affirmé que "des maladies comme la leishmaniose, la tuberculose, sont réapparues. Des enfants ne sont plus vaccinés depuis un, voire deux ans, c'est une catastrophe nationale".

Selon le docteur Chaker, "90% de l'aide donnée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou la Croix Rouge internationale n'arrive pas aux régions qui en ont besoin" et où la crise des médicaments fait rage car "35 à 40 des 57 usines de médicaments en Syrie se trouvent à Alep" (nord) dévastée par plus de six mois de guérilla urbaine.

Alors que la Syrie s'enfonce toujours plus dans une guerre civile qui a fait plus de 60.000 morts selon l'ONU, les autorités se sont félicitées de l'afflux "massif" vendredi dans les mosquées pour une prière appelant au retour de la sécurité dans le pays.

Et comme chaque vendredi depuis le début de la contestation en mars 2011, des opposants au régime ont manifesté, scandant notamment "Malgré les bombardements et le siège, nous ne nous agenouillerons devant personne, sauf Dieu".

A Houla (centre), une vidéo a montré un rassemblement qui se tenait alors que des bombes tombaient à proximité, le caméraman filmant alternativement les manifestants et des colonnes de fumée qui s'échappaient de bâtiments.

Et à Saraqeb (nord-ouest), une pancarte proclamait "Non à un régime étranger, non à un régime militaire, non au terrorisme et à la peur", les militants affirmant que ces défilés s'adressaient au Front jihadiste Al-Nosra.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20130125.AFP1725/syrie-nombre-record-de-refugies-fuyant-la-guerre.html

mardi 22 janvier 2013

Les ONG s'alarment de la situation humanitaire au Mali

Depuis le début de l'intervention française au Mali, vendredi 11 janvier, les organisations humanitaires guettent, non sans une certaine inquiètude, les mouvements de population affectées par les combats dans le nord du pays. Les colonnes de déplacés maliens, qui ont pris la route au cours des mois précédents pour gagner d'autres villes ou les pays limitrophes, semblent s'être taries. Fin décembre, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) comptabilisait 225 000 déplacés à l'intérieur du pays et 144 400 réfugiés dans les camps établis en Mauritanie, en Algérie, au Niger et au Burkina Faso.

Le Mali.

En dépit des combats et des bombardements, l'OCHA n'a enregistré, entre le 11 et le 21 janvier, que 6 062 nouveaux réfugiés et 3 599 nouveaux déplacés à Mopti, Ségou et Bamako. 
Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), qui rend compte, pour sa part, de 7 337 nouveaux réfugiés, précise que les nouveaux arrivants au Burkina sont des femmes et des enfants touareg utilisant des transports collectifs payés l'équivalent de 50 dollars (38 euros). Les hommes sont partis à pied, souvent avec des troupeaux. Ces populations en fuite évoquent la crainte des bombardements et des combats, de l'application de la loi islamique ; et les pénuries de nourriture et de fioul. 

LE CALME AVANT LA TEMPÊTE

Cette chute drastique du nombre de réfugiés et de déplacés internes pourrait ne pas durer. Pour le HCR, ce serait plutôt le calme avant la tempête. L'organisation estime en effet "que dans le futur proche, il pourrait y avoir 300 000 déplacés supplémentaires au Mali et 400 000 réfugiés supplémentaires dans les pays voisins", a indiqué, vendredi 18 janvier, sa porte-parole, Melissa Fleming.

Un camp de réfugiés maliens, près de Bassiknou, dans le sud de la Mauritanie.
Au sein des organisations humanitaires, ce statu quo momentané soulève quelques interrogations. Les habitants restent-ils cantonnés chez eux par choix ou y sont-ils contraints ? Andrea Bussotti, chargé de communication Mali au sein de Médecins sans frontières (MSF), estime que tout peut-être envisagé à ce stade. "La population est-elle utilisée comme bouclier humain ? C'est une question de bon sens qu'on est en droit de se poser. Mais d'autres explications sont à envisager : que les populations ne sortent pas des villes du fait des combats ou de l'impossibilité de se déplacer, que des populations soient déjà en déplacement mais pas dans les radars des ONG qui ne sont pas sur place", commente-t-il. Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch (HRW), précise ainsi que "certaines personnes sont sorties des villes et se mettent juste à l'abri quelques temps dans la brousse à quelques kilomètres."

RESTRICTIONS D'ACCÈS AU NORD

Du fait des restrictions placées à l'accès des ONG et des journalistes au nord du pays, au-delà de Mopti, les réponses sont difficiles à trouver"L'accès et les déplacements sont rendus difficile. Entre Bamako et Mopti, les checkpoints se sont multipliés tandis qu'au-delà de Mopti, l'accès est très difficile", indique Zlatan Milisic, directeur Mali du Programme alimentaire mondial (PAM). Les communications téléphoniques sont difficiles à établir ; les lignes ont été coupées dans plusieurs villes. 

La situation à Konna inquiète particulièrement. Cette ville-pivot au centre du pays, conquise par les groupes armés islamistes jeudi 10 janvier, a été complètement bouclée par les forces française et malienne du fait des intenses combats qu'elles y livraient. Quand ces dernières ont annoncé, vendredi 18 janvier, la reconquête de la ville, MSF a réclamé l'accès des organisations humanitaires à la ville pour permettre l'acheminement des secours. "Il est essentiel de permettre l'acheminement d'une aide médicale et humanitaire neutre et impartiale dans les zones touchées par le conflit", a alerté Malik Allaouna, directeur des opérations de MSF. Les ONG craignent en effet que les habitants de la ville, empêchés d'en sortir, ne se trouvent après plus d'une semaine de combats dans une situation d'urgence médicale, sanitaire et alimentaire alarmante. Les allégations concernant des exactions de l'armée malienne dans les villes reconquises ne font qu'amplifier les craintes.

DES ACTIVITÉS RÉDUITES

Les ONG déjà présentes dans le nord du Mali avant l'intervention française ont pu poursuivre leurs activités, mais de façon plus limitée du fait de la dégradation des conditions sécuritaires. "A Douentza [une ville dans la région de Mopti], nos équipes sont bunkérisées", indique Andrea Bussotti de MSF. Les activités des neuf cliniques mobiles ont été arrêtées, tandis que le personnel local continue à travailler tant bien que mal à Diabali, Mopti et Tombouctou. Par crainte des enlèvements, la plupart des organisations ont composé la majeure partie de leurs équipes de travailleurs locaux ou travaillent en coordination avec des partenaires locaux.


Une Malienne et son enfant à Diabali, le 21 janvier 2013.

Le PAM a dû suspendre ses activités dans le Nord du fait de la détérioration des conditions sécuritaires. "Les camions sont chargés et prêts à partir quand les conditions de sécurité seront assurées", a indiqué une porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs. Une distribution de nourriture pour 1 500 déplacés à Mopti a notamment dû être reportée en raison de la diminution de la présence humanitaire dans cette ville du centre du Mali. "Si nous ne sommes pas capables de reprendre nos activités bientôt, les populations vont commencer à être nerveuses et à reprendre la route", indique Zlatan Milisic, du PAM.

UNE SITUATION HUMANITAIRE DÉJÀ CRITIQUE

Les organisations humanitaires craignent une détérioration rapide de la situation. "La situation n'est pas encore alarmante. Mais, nous ne sommes qu'au début de ce que nous voyons comme une nouvelle situation", indique Zlatan Milisic du PAM. "Des problèmes de pénurie d'eau, d'électricité et de médicaments notamment pourraient vite se poser", indique Michel Olivier Lacharité, chercheur Afrique du Nord pour Amnesty International. L'organisation Action contre la faim (ACF), qui a pu reprendre cette semaine ses activités à Gao, alerte quant à elle sur les pénuries alimentaires.

"Avec la fermeture de la frontière algérienne et les combats sur l'axe Bamako-Gao, les commerçants et transporteurs auront sans doute de plus grandes difficultés à passer", alors que "la ville de Gao est le plus souvent approvisionnée en nourriture à partir de l'Algérie" voisine, explique l'ACF. Le PAM a également constaté une réduction des transports commerciaux depuis le Niger, bien que la frontière ne soit pas fermée. Seul le trafic fluvial sur le fleuve Niger semble être assuré jusqu'à Mopti, indique Zlatan Milisic. Autre inquiètude soulevée par ACF : "un manque de disponibilité d'argent liquide" du fait de "la fermeture de toutes les banques depuis plusieurs mois à Gao".


Un enfant malien attend à un point de contrôle militaire à Niono, au Mali, le 21 janvier 2013.

Les inquiétudes sont d'autant plus grandes que l'année 2012 a été marquée par une crise humanitaire aiguë, résultant de la sécheresse qui a sévi au Mali. Le PAM a dû venir en aide, au cours des huit derniers mois, à plus de 1,2 million de personnes affectées par les conséquences de la sécheresse.

"L'année dernière, un tiers des habitants du Nord avait besoin d'assistance humanitaire. Si la situation s'est grandement améliorée dans le sud du pays à la fin de l'année, elle reste plutôt inquiétante dans le nord, et ce d'autant plus avec les problèmes de communications entre le nord et le sud et la réduction des capacités des autorités maliennes", indique Zlatan Milisic (PAM).

AUGMENTER LE FINANCEMENT

La question du financement de l'aide humanitaire au Mali commence à inquiéter les organisations. "L'année dernière, la réponse des donateurs a été bonne pour répondre à la sécheresse. Mais elle a été réduite une fois que le problème a été moins aigu. Nous avons les budgets pour maintenir nos activités jusqu'en mars. Nous avons besoin de financements pour maintenir nos activités au-delà", alerte Zlatan Milisic.

En réponse à ces inquiétudes, l'Union européenne (UE) a indiqué, le 18 janvier, qu'elle pourrait "rapidement mobiliser une enveloppe d'environ 250 millions d'euros" dans des programmes de développementL'aide humanitaire de l'UE au Mali a atteint 73 millions d'euros en 2012, et a été accrue de 20 millions en fin d'année. Une partie des programmes a toutefois été suspendue par Bruxelles à la suite du coup d'Etat du 22 mars 2012 à Bamako. Les ministres européens ont conditionné leur reprise à l'engagement des autorités de transition à faire des progrès dans le processus "visant à rétablir la démocratie et l'ordre constitutionnel", avec l'annonce de nouvelles élections.

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/22/les-ong-s-alarment-de-la-situation-humanitaire-au-mali_1818818_3212.html

jeudi 17 janvier 2013

Les allégations sur des exactions de l'armée malienne se multiplient

Les rumeurs se multiplient concernant des exactions de l'armée malienne contre des personnes soupçonnées d'appartenance et d'intelligence avec les groupes islamistes armés, qui ont conquis le nord du Mali. L'habitant de la ville, qui a préféré garder l'anonymat, dit avoir été témoin d'une exaction vendredi 11 janvier. Depuis la route qui longe un camp militaire situé non loin de l'hôpital de Mopti, il aurait vu un homme être fusillé par l'armée au sein du camp. Certaines personnes de son entourage lui ont dit avoir vu des personnes emmenées dans le cimetière et tuées.


Un gendarme malien surveille une rencontre des chefs d'état-major à Bamako, mardi 15 janvier.
"A Mopti, c'est la chasse à l'homme. Les enquêtes ont montré que les islamistes ont déjà des représentants dans la ville. L'armée dispose d'une unité qui mène les enquêtes. Certains sont arrêtés et fusillés", raconte au téléphone un habitant de cette ville de plus de 100 000 habitants, située sur le fleuve Niger, au centre du pays.

Dans la ville, les rumeurs font état de dizaines de cas. Mais rien ne permet pour l'instant de les accréditer. Des organisations de défense des droits de l'homme enquêtant sur ces allégations, notamment celles rapportées par cet habitant de Mopti, n'ont pas été en mesure à ce jour d'établir l'identité des victimes présumées.

Mais elles confirment les soupçons de la Fédération internationale des droits de l'homme — la FIDH, qui enquête notamment sur dix cas présumés à Sévaré, un faubourg de la ville. Florent Geel, responsable du bureau Afrique de l'organisation, précise que la FIDH est "sûre à 100 % qu'une personne, accusée d'appartenance avec les groupes armés djihadistes et qui a pu être identifiée, a disparu. Des témoins l'ont vue être emmenée par des militaires. On pense qu'elle a été exécutée. On n'a pas encore d'éléments probants sur l'exécution. On enquête sur le cas de neuf autres personnes qui auraient été arrêtés et exécutées sommairement pour 'intelligence' supposée avec Ansar Dine". Des cas lui ont été signalés à Mopti, mais les témoins refusent d'en dire davantage aux organisations. "A mon avis, le phénomène est réel, même si l'on n'en connaît pas l'ampleur. Beaucoup de sources différentes l'affirment", assure-t-il.

CONTRÔLES ET DÉNONCIATIONS

Depuis que l'état d'urgence a été décrété au Mali, le 11 janvier, les contrôles militaires se sont multipliés, notamment autour de Konna, Sévaré et Mopti. A Sévaré, rapporte la FIDH, les services de sécurité maliens procèdent à des fouilles systématiques des passagers aux nombreux check-points, et ont appréhendé plusieurs personnes en provenance notamment de Konna en possession d'armes dissimulées dans leurs bagages. "On sait que des personnes ont été arrêtées avec des armes, et que certaines sont toujours détenues. On ne sait pas dans quelles conditions. Avec l'état d'urgence, on ne nous laisse pas entrer dans les camps militaires, notamment au sein du quartier général de l'armée à Sévaré, où sont détenues des personnes", précise Florent Geel.

Les militaires enquêtent, viennent arrêter les suspects chez eux ou lors de contrôles dans la rue, confirme l'habitant de Mopti. Tout ce qui peut paraître suspect est à bannir, comme les longs manteaux d'hiver que portent habituellement les hommes de la ville. "Cela peut cacher des armes, c'est suspect", rapporte l'habitant. A partir de 19 heures, il n'y a plus personne dans les rues : les militaires ont ordre de tirer sur toute personne qui a un comportement suspect. Cette traque des islamistes présumés se fait avec le soutien et l'aide de la population.
"La population est d'accord et aide l'armée en dénonçant ceux qui sont islamistes et sont pour la guerre. Depuis que les islamistes ont pris Gao, on connaît les personnes de Mopti qui ont dit être pour le djihad. Ces complices facilitent l'entrée des djihadistes dans les villes"
, affirme l'habitant. Mais, reconnaît-il, parfois un simple "doute" suffit, car "il ne faut pas perdre de temps", même si "beaucoup de gens pensent que des innocents sont également dénoncés". Parmi les organisations de défense des droits de l'homme, la crainte de voir des règlements de compte tourner en actes de vengeance est grande. "Mais on ne tue pas comme ça, il y a des enquêtes. On vous emmène dans le camp militaire et une commission vous interroge", assure l'habitant de Mopti. 


LA PEUR DES INFILTRATIONS

Parmi les organisations de défense des droits de l'homme, la crainte est grande. "Ce phénomène est amplifié par trois considérations : la tension qui règne du fait du conflit ; l'infiltration des djihadistes jusqu'à Bamako et au sud du pays ; et les fortes tensions ethniques entre Songhaï, Touareg, Arabes et Maures notamment. Le risque de représailles est grand, notamment envers les Touareg, qui ont été vus nombreux à quitter Tombouctou et Gao après le début de l'intervention française", s'alarme Florent Geel.

L'histoire de la prise, jeudi, de la ville-pivot de Konna, située à seulement 110 kilomètres de Mopti, illustre la peur des infiltrations. "Jeudi, c'est jour de marché à Konna et ils en ont profité. Les islamistes se sont déguisés en bergers, en transporteurs, en badauds pour entrer dans la ville et l'envahir totalement. Une fois entrés, ils ont tiré sur les militaires à la mitrailleuse", rapporte l'habitant de Mopti. L'intervention française qui a permis de chasser les islamistes de Konna n'a pas apaisé les peurs de la population de Mopti. "Ça fait six jours que l'armée française bombarde et tue à Konna, mais on nous a dit qu'il y a encore des rebelles cachés dans la ville. Ils sont prêts à tout pour s'immiscer au sein de la population", s'inquiète l'habitant. "On sait que les combattants djihadistes se cachent au milieu de la population et ont une stratégie de dispersion, confirme Florent Geel. Cela crée des inquiétudes, car ils ne sont pas toujours identifiables. Cela peut d'ailleurs donner lieu à des bavures." 

Des bavures que les organisations comme la FIDH appréhendaient dès le début des troubles au Mali, du fait notamment du manque de préparation des forces maliennes, mais aussi africaines. "L'armée malienne n'est pas formée, notamment au droit international, alerte Florent Geel. Jusqu'à présent, il a également manqué au Mali la volonté de structurer et d'équiper l'armée, par peur de coups d'Etat contre les dirigeants, d'où l'instabilité militaire et l'insubordination des forces armées. Ajouté au sentiment national d'avoir été humilié par des groupes armés et notamment des Touareg, cela donne un cocktail explosif."

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/15/les-allegations-sur-des-exactions-de-l-armee-malienne-se-multiplient_1817444_3212.html