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mercredi 17 avril 2013

JEUDI 18 AVRIL - 18-20H Conférence ILERI ExCHANGE : Faut-il désoccidentaliser l'humanitaire ? Avec Pierre micheletti, ancien président de médecins du monde


Le mouvement humanitaire des ONG internationales est largement dominé aujourd’hui par des ONG issues des pays occidentaux. Cela tient à l’origine des ressources que manipulent ces organisations non-gouvernementales aussi bien qu’à leurs pratiques administratives et de gestion d’équipes sur le terrain. Sans condamner l'ensemble nous véhiculons des repères hérités des écoles et des universités au sein desquelles nous avons été formés. Ce mouvement humanitaire international tel que dominé par cette « tonalité occidentale » ne correspond plus aux équilibres internationaux et en tout état de cause, il n’y a plus aucune raison, que ce soit du point de vue de la localisation des compétences, du pouvoir politique ou de l’énorme revendication identitaire et culturelle à l’œuvre dans les pays d’intervention, que seul ce modèle domine dans l’aide internationale.

Directeur des programmes de Médecins du Monde en 1996, Pierre MICHELETTI devient membre du bureau en 2003 avant d’être élu à la présidence de Médecins du Monde en 2006, responsabilité qu’il exercera jusqu’en 2009. depuis 2009, il est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Parallèlement à ses fonctions d’enseignant et à ses responsabilités à Médecins du Monde, Pierre Micheletti est médecin de santé publique au centre hospitalier psychiatrique de Saint-Égrève dans l’agglomération grenobloise. Ouvrages publiés : Afghanistan : Gagner les cœurs et les esprits, PUG, RFI 2011.Les orphelins, Embrasure, RFI, Paris, 2010. Humanitaire : s’adapter ou renoncer, Marabout, Paris, 2008

samedi 9 mars 2013

Réglementer le commerce des armes classiques : un impératif humanitaire

Un traité efficace sur le commerce des armes, qui protège les civils contre les conséquences dévastatrices des transferts d'armes mal réglementés, est aujourd’hui plus urgent que jamais.


Un des objectifs majeurs de ce traité doit être de réduire le coût humain de la disponibilité des armes, en énonçant des règles claires interdisant les transferts d’armes classiques et de leurs munitions lorsqu’il y a un risque manifeste qu’elles soient utilisées pour commettre des violations graves du droit international humanitaire.



Pourquoi un traité sur le commerce des armes est essentiel ?
La réponse à cette question avec Nathalie Weizmann, juriste du CICR, ICI

Source : http://cicr.blog.lemonde.fr/2013/03/09/video-reglementer-le-commerce-des-armes-classiques-un-imperatif-humanitaire/

mardi 5 mars 2013

Le boycott du vaccin anti-polio, pas qu'une affaire d'obscurantisme

Neuf Nigérians, tous impliqués dans des campagnes de vaccination contre la poliomyélite, ont récemment été assassinés à Kano, au nord du Nigeria. En quelques semaines, plusieurs Pakistanais (neuf en décembre, sept en janvier) eux aussi membres d'équipes de vaccination contre la poliomyélite ont également été tués.

Le boycott du vaccin anti-polio, pas qu'une affaire d'obscurantisme


Ces actes barbares ont attiré l'attention de nombreux médias, notamment internationaux, qui les ont souvent décrits comme le prolongement violent d'un même phénomène de rejet des campagnes de vaccination contre la poliomyélite, rejet qui serait alimenté par l'ignorance des populations et l'obscurantisme de certains pouvoirs locaux. Or c'est précisément parce que ces meurtres sont inacceptables et ne peuvent bénéficier d'aucune circonstance atténuante qu'il faut les distinguer d'un autre mouvement, celui de la résistance aux campagnes de vaccination contre la poliomyélite, en partie justifiée par des arguments rationnels exprimés par des représentants des pays concernés.

Méfiance et incompréhensions

Il y a matière à débat de santé publique, à un moment où l'Organisation mondiale de la Santé et ses partenaires, Bill Gates en tête, affichent une volonté toujours plus inflexible d'éradiquer le virus coûte que coûte. Avec le soutien de certaines autorités nationales, dont celles de Kano, ils ont promis de faire disparaître la polio d'ici trois ans, quitte à utiliser des méthodes coercitives. Au Pakistan, des représentants des Talibans au Nord-Waziristan avaient annoncé, en juin, que les campagnes contre la poliomyélite feraient désormais l'objet d'un boycott. Dans un tract distribué à cette occasion, ils avaient indiqué que sa suspension était conditionnée à l'arrêt de l'utilisation des drones américains, tout en dénonçant la démesure des moyens employés:

«Quel besoin d'une campagne menée par des bonnes âmes qui dépensent des millions de dollars, alors qu'à peine un enfant sur des milliers est contaminé par le virus, tandis que les mêmes bonnes âmes, avec l'aide de leur esclave pakistanais, nous ciblent avec leurs drones dont des centaines d'enfants innocents, de femmes et de vieillards sont la proie? (...). Le survol des drones dans la région a rendu presque tout le monde malade d'un point de vue psychologique.»

Cet appel au boycott intervient également dans un contexte où la vaccination au Pakistan a particulièrement mauvaise presse, depuis que la CIA a reconnu avoir mené une fausse campagne contre l'hépatite B dans sa chasse à Ben Laden. Les vaccinateurs auraient-ils été assassinés pour avoir violé cet embargo? Quelles que soient les responsabilités des Talibans dans ces meurtres et l'objectif politique qu'ils poursuivent, leur appel rejoint les préoccupations de certaines autorités traditionnelles. 

Ralliées au boycott, celles-ci exigent l'électrification de leur région:

«Nos enfants meurent écrasés par la chaleur ou sous les morsures de moustique. Qu'est-ce que ça change qu'ils meurent de la polio? Nous continuerons notre boycott jusqu'à ce que le gouvernement réponde à notre demande.»

Ce n'est pas la première fois que les efforts de vaccination contre la poliomyélite sont accusés de démesure par ceux-là mêmes censés en bénéficier. L'épisode du boycott des campagnes polio au Nigeria en 2003, sur lequel nous proposons un petit retour l'illustre particulièrement.A cette époque, alors que l'éradication du virus était déjà présentée comme «à portée de main», l'OMS décida de redoubler d'efforts au Nigeria, le pays abritant alors la moitié des cas enregistrés dans le monde. Mais les équipes de vaccination rencontrèrent une résistance grandissante, s'accompagnant parfois de violences physiques de la part de la population.

Résistances et intimidations

Des rumeurs sur la contamination des vaccins par des agents stérilisants enflèrent jusqu'à provoquer, en juillet 2003, un appel à la suspension de la vaccination par le conseil supérieur de la charia du nord Nigeria. Plusieurs Etats annoncèrent qu'ils ne participeraient pas à la campagne suivante avant qu'une enquête indépendante ait prouvé que le vaccin était sans danger. Cet épisode fit couler beaucoup d'encre, dans les médias ou dans des publications scientifiques. Le boycott y fut, à l'instar, du Pakistan présenté comme le reflet de l'ignorance d'une population croyant en l'existence d'un complot mondial contre les musulmans, dans un contexte marqué par la guerre en Irak et en Afghanistan et le raidissement religieux au Nord du pays, illustré par l'adoption de la sharia en 2000.< Les autorités furent quant à elles montrées du doigt comme des dirigeants sans scrupules ayant abusé de la crédulité des Nigérians et mis en péril «15 années de travail, et 3 milliards de dollars». Mais l'examen attentif des arguments opposés par certains représentants politico-religieux à la campagne impose, là-aussi, une autre lecture. Nous reproduisons ci-dessous, un extrait d'une discussion entre l'émir de Kazaure, dans l'Etat de Jigawa, et une représentante de l'OMS au Nigeria en 2003.

Dr Gloria (de l'OMS)
-Votre Altesse Royale, j'ai été envoyée au Nigeria pour couvrir les activités de l'OMS, et en particulier pour venir à bout de la poliomyélite. Dans mon pays, le Zimbabwe, la polio a été éliminée. L'OMS est déterminée à éradiquer la maladie dans son intégralité. Pour que l'Afrique soit exempte de poliomyélite, tous les pays africains doivent garantir l'éradication totale de la maladie par la vaccination. Au Zimbabwe, les gens ont d'abord refusé de faire vacciner leurs enfants à cause d'une croyance populaire selon laquelle les personnes vaccinées se transformaient en cochons. L'acte de vaccination ne leur avait pas été correctement expliqué. Je veux simplement dire, Votre Altesse, que nous ne pouvons pas mener à bien notre mission sans votre bénédiction et votre soutien, car vous êtes le père du peuple. Je vous remercie.

L'émir de Kazaure
- Je vous remercie vivement de votre visite. Je dois dire que vous avez parfaitement récité le manuel de sensibilisation de l'OMS et que vous êtes convaincante quant à votre mission dans notre pays. J'ai consulté ce guide moi-même et j'ai constaté sa qualité et son agressivité. En 2000 et 2001, quand nous avons fait part de nos peurs et préoccupations [quant à la possibilité que le vaccin contienne des substances qui pourraient rendre les populations stériles], on nous a répondu que les médicaments étaient certifiés par l'OMS et fabriqués dans le meilleur environnement de fabrication, et que le vaccin ne contenait aucun autre ingrédient. Nous voulions des preuves concrètes, mais nous n'avons eu que des paroles.

Pour répondre aux craintes de notre peuple, nous avons donc dû conduire nos propres investigations, en consultant des livres et en faisant des recherches sur Internet. Tous les livres et les documents que vous voyez ici concernent la polio. Alors Madame, vous pouvez constater que les appréhensions de mon peuple ne sont pas les mêmes que celles du Zimbabwe, où les gens pensaient que le vaccin allait transformer les gens en cochons. Nos craintes relèvent plutôt de questions médicales. Quand vous venez vacciner la population, vous nous dites que vous avez atteint 60, 70 ou 100 000 personnes, que tous les enfants de l'Etat sont vaccinés. Puis vous revenez le lendemain et nous dites qu'il y a eu un nouveau cas, et qu'il faut revacciner tout l'Etat. Qu'est-ce que cela traduit de l'efficacité du vaccin? Nous commençons à voir pourquoi certaines de ces questions n'ont pas de réponse. Aux Etats-Unis par exemple, il y a un système de surveillance des effets secondaires du vaccin, mais nous n'avons pas de tel système ici. Personne ne sait ce qui se passe, vous venez, vous vaccinez, vous collectez de l'argent et l'année suivante, vous revenez vacciner les mêmes enfants. Mais que cherchez-vous, que cherche l'OMS? Que cherche l'UNICEF? Pourquoi cet acharnement? Combien d'argent dépensé au Nigeria pour enrayer 109 cas? Combien d'enfants meurent de la rougeole, du paludisme, de diarrhées? (...)

Concertation et pédagogie

Dans cet entretien, l'émir de Kazaure exprimait le décalage entre les priorités sanitaires de sa population et celles imposées par les acteurs de la «Global Health». Décalage que l'OMS et ses partenaires ont depuis tenté de combler partiellement, en intégrant aux campagnes polio la distribution de moustiquaires et la vaccination contre la rougeole. Il questionnait également l'acharnement des partisans de l'éradication: ceux-ci le justifient aujourd'hui par des arguments d'ordre symbolique (l'éradication de la poliomyélite comme l'œuvre d'une génération), financier (la stratégie d'éradication du virus est un horizon motivant pour les bailleurs de fonds, et serait moins coûteuse in fine qu'une stratégie d'endiguement) et sécuritaire (la présence du virus quelque part est une menace pour le monde entier). Ces arguments, très éloignés des préoccupations de santé publique de nombreuses familles pakistanaises ou nigérianes, risquent de faire des «derniers mètres» de la route vers la disparition de la polio une distance infranchissable.

Quoi qu'il en soit, pour lutter efficacement contre la poliomyélite, il faudra veiller à ne pas assimiler les mobiles, réels ou supposés, des assassins de vaccinateurs aux griefs des populations résistantes à la vaccination. Et peut-être accepter de négocier avec elles des mesures de santé publique raisonnables au regard des contraintes qu'elles imposent et du bénéfice qu'elles peuvent en retirer.

Source : http://www.msf-crash.org/sur-le-vif/2013/02/27/7216/le-boycott-du-vaccin-anti-polio-pas-quune-affaire-dobscurantisme/

jeudi 28 février 2013

RENSEIGNEMENT – Des citoyens britanniques privés de passeports puis tués par des drones américains

Une enquête menée par le Bureau d'investigation journalistique pour The Independent pose la question de l'existence d'un lien entre une loi controversée du gouvernement britannique et les attaques meurtrières de drones américains.

Un drone américain MQ-1 Predator.

Depuis 2002 le ministre de l'intérieur britannique est en mesure de retirer le passeport de n'importe quel ressortissant du pays détenteur d'une double nationalité, sur la simple base d'un acte "sérieusement préjudiciable" accompli par celui-ci

Selon ses critiques, le programme est sujet à la controverse car il permettrait au gouvernement de "se laver les mains" du sort de citoyens britanniques suspectés de terrorisme. Peu utilisée auparavant, la loi est surtout appliquée depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel gouvernement de coalition, relate The Independent, qui précise que depuis 2010 16 individus ont été déchus de leur citoyenneté contre 21 depuis 2002.

Les personnes visées par la loi, poursuit le quotidien, se font confisquer leur passeport britannique et sont interdits de territoire, ce qui rend encore plus complexe toute tentative de faire appel auprès du ministre de l'intérieur (qui prend la décision) et pose la question de la légalité du programme. D'autant qu'il apparaît, toujours selon l'enquête, que le gouvernement procède aux retraits de passeports quand les individus sont en dehors du territoire, en vacances parfois. Sur les 21 personnes affectées par la loi depuis 2002, seulement deux ont gagné leur appel, dont une a été extradée aux Etats-Unis depuis.


Le New York Times montre à travers cette infographie l'augmentation des attaques de drones depuis l'arrivée au pouvoir de Barack Obama.

Sur les 16 personnes qui se sont vu retirer leur nationalité depuis 2010, deux sont mortes à la suite d'attaques de drones américains. The Independent site plusieurs cas dont celui de deux ressortissants devenus ensuite la cible de drones. L'un d'eux a été visé à deux reprises et finalement tué l'année dernière en Somalie, juste après avoir appelé sa femme au Royaume-Uni "pour la féliciter de la naissance de leur premier enfant". La famille de la victime estime que les forces américaines ont pu connaître la position précise du père de famille grâce à l'appel qu'il avait passé à sa femme un peu plus tôt. Pour l'avocat de la femme de la victime, il semble y avoir une relation entre le retrait de nationalité par le Royaume-Uni et la frappe du drone américain.

"Il semblerait que le procédé de privation de citoyenneté ait facilité la tâche des Etats-Unis qui ont désigné M. Sakr comme un combattant ennemi, envers lequel le Royaume-Uni n'a aucune responsabilité", a précisé l'avocat. Une porte-parole du ministère de l'intérieur britannique a déclaré aux enquêteurs qu'elle ne commenterait pas des questions de renseignement.

L'organisation Cage Prisonner, qui est en relation avec les familles des personnes touchées par la loi de 2002 met en garde contre une loi "extrêmement dangereuse" qui renforce le sentiment de non-appartenance nationale pour des citoyens nés au Royaume-Uni mais issus de la minorité.

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/02/28/renseignement-des-citoyens-britanniques-prives-de-passeports-puis-tues-par-des-drones-americains/

vendredi 22 février 2013

Un an après, où en est Kony2012 ?

Il y a un an, la planète entière découvrait avec horreur Joseph Kony, chef d'une milice sanguinaire kidnappant des enfants pour les enrôler. La vidéo Kony2012, devenue en quelques jours la plus virale de l'histoire d'internet, appelait les citoyens du monde entier à se mobiliser pour parvenir à son arrestation avant fin 2012. Puis... plus rien. Nous sommes en 2013, et Kony court toujours. Le méga-buzz orchestré par l'ONG Invisible Children s'est essoufflé aussi vite qu'il est apparu et plus personne ne parle de Joseph Kony ni du sort des enfants soldats.

kony.jpg
L'opération d'Invisible Children, très prometteuse, a-t-elle totalement échoué ? Bilan.

Objectif 1 / Arrêter Joseph Kony en 2012 ECHEC

Joseph Kony n'a toujours pas été capturé et sa milice, la LRA (Armée de Résistance du Seigneur), poursuit ses méfaits. En septembre, elle a notamment enlevé 55 personnes, principalement des jeunes filles, dans deux villages centrafricains.

Toutefois, l'armée ougandaise a neutralisé deux importants leaders de la LRA, proches de Joseph Kony :

  • Caesar Achellam, l'un des cinq principaux chefs de la milice, arrêté en mai
  • Brigadier Binani, garde de corps de Joseph Kony et l'un de ses plus proches soutiens, abattu en janvier dernier.
Mais rien n'indique que la campagne Kony2012 ait le moindre lien avec ces arrestations. Kony et d'autres leaders de la LRA sont visés par des mandats d'arrêt de la Cour Pénale internationale, pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Objectif 2 / Faire connaître Joseph Kony SUCCES

Il s'agit là d'un succès incontesté pour Invisible Children. L'ONG a su exploiter avec brio toutes les possibilités offertes par internet et les réseaux sociaux. Joseph Kony, jusque là peu connu du grand public, a été mis sous le feu des projecteurs grâce à l'opération Kony2012, dont le succès a dépassé les réseaux sociaux et trouvé sa place dans les médias traditionnels. Bilan 2012:

  • La vidéo a été vue 100 millions de fois lors de ses six premiers jours. En 2013, elle attire toujours 100.000 internautes par semaine.
  • Au plus fort de la campagne, le hashtag #STOPKONY a été tweeté plus de 1.200 fois par minute.
  • 3,7 millions de personnes, issues de 185 pays, ont apporté leur soutien à l'opération
Cela dit, si internet a bel et bien été envahi par Kony2012, que s'est-il passé hors-ligne ? La campagne incitait les citoyens à partager au maximum l'information sur les réseaux sociaux, ce qu'ils ont fait. Elle leur proposait aussi de se procurer un kit Kony2012, composé d'affiches, d'autocollants et de badges, afin de rendre l'opération visible en dehors de nos écrans. Avec un résultat moins probant. Avez-vous croisé des affiches Kony2012 ces douze derniers mois ? Moi oui, une ou deux fois. Mais rien à voir avec le déferlement espéré. Le slacktivisme (activisme mou) a de beaux jours devant lui.

Objectif 3 / Faire pression sur les autorités ECHEC

Selon l'ONG, cet objectif est atteint, mais dans les faits, peu de choses ont bougé du côté des autorités. Quelques déclarations, sans engagement concret, ont été faites ici et là dans les semaines qui ont suivi le buzz. Il en ressort principalement deux événements, dont le lien avec Kony2012 reste à démontrer:

  • En mars, l'Union Africaine a annoncé le déploiement de 5.000 soldats pour capturer Joseph Kony. Une décision annoncée un mois après le lancement de Kony2012, mais l'UA affirme que cela n'a rien à voir.

Et maintenant, que reste-t-il ?

Malgré le (relatif) échec de Kony2012, Invisible Children ne baisse pas les bras et poursuit ses actions. Mais sa visibilité soudaine lui a coûté une partie de sa crédibilité. De nombreuses polémiques ont suivi la diffusion de la vidéo. On a notamment reproché à l'ONG de déformer la réalité et de manquer de transparence sur l'utilisation des dons. Et le pétage de plombs de Jason Russel, le réalisateur de la vidéo, n'a rien arrangé. L'expérience Kony2012 aura montré la limite des campagnes en ligne et du sacro-saint buzz. Réussir à mobiliser des millions d'internautes, l'espace de quelques jours, ne suffit pas à infléchir le cours des choses.


Source : http://techethique.blog.youphil.com/archive/2013/02/19/un-an-apres-ou-en-est-kony2012.html

Le Sénat doit rendre effectif l'accès des victimes de crimes internationaux à la justice française

Le 26 février prochain, le Sénat débattra d’une proposition de loi visant à retirer les quatre « verrous » qui bloquent les poursuites d’auteurs de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de génocide devant les tribunaux français. Cette proposition du Sénateur Jean-Pierre Sueur qui tente de lever les freins mis par le Parlement en août 2010, est sous pression. Le 13 févier, la Commission des lois du Sénat a rétabli le plus puissant de ces verrous : le monopole des poursuites par le Parquet. 

Visuel de la campagne menée en 2010 par Amnesty International France

Une nouvelle fois, la France entend faire de son territoire, une terre d’impunité pour les pires criminels. Le Parlement examine en ce moment même un projet de loi tendant à mettre la France en conformité avec le Statut de Rome. Mais à cette occasion, le Sénat a décidé de restreindre encore plus les possibilités d’action contre les pires criminels.

Réserver la poursuite des crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide à la compétence seule et exclusive du ministère public, et empêcher ainsi aux victimes de ces crimes de déclencher l'action publique en se constituant parties civiles, est en effet totalement dérogatoire au droit commun et à la tradition pénale française.

Le rétablissement du monopole du Parquet constituerait une atteinte grave au droit des victimes à l'accès au juge, à un recours effectif et enfin une anomalie au regard de l'engagement de la France pour la reconnaissance des droits des victimes lors des négociations pour l’établissement de la Cour pénale internationale (CPI).

La France a déjà été rappelée à ses obligations, à plusieurs reprises, par divers organes des  Nations unies qui ont estimé que le monopole du parquet constituait dans le cas présent une entrave au droit des victimes à un recours effectif. Ce fut notamment le cas, en 2005 et 2010, par le Comité contre la torture des Nations Unies, puis par le Conseil des droits de l’homme lors de l’examen périodique universel de 2008.

En août 2010, la CFCPI avait vivement regretté l’adoption de la loi du 9 août 2010 « portant adaptation du droit pénal à l’institution de la CPI », qui rendait pratiquement impossible la poursuite en France des auteurs de tels crimes internationaux La loi du 9 août 2010 portant adaptation du droit pénal à l'institution de la CPI rend en pratique impossible la poursuite judiciaire en France des auteurs de crimes internationaux en la subordonnant à quatre conditions restrictives et cumulatives:
monopole des poursuites laissé au Parquet, empêchant ainsi les victimes de mettre en mouvement l’action publique ;
exigence d’une résidence habituelle en France de la personne poursuivie;
exigence d’une double incrimination ;
exigence de ce que la CPI ait préalablement décliné sa compétence, inversant le principe de complémentarité inscrit dans le Statut de la CPI. .

Pendant sa campagne pour l’élection présidentielle, François Hollande s’était engagé à revenir sur ce texte, déclarant : « Je n’accepte pas le mécanisme juridique existant qui défend (protège) des bourreaux en France. La Loi du 9/08/2010 ne permet pas aux victimes des crimes internationaux les plus graves d’obtenir justice dans notre pays. Les possibilités de poursuites à l’encontre des auteurs présumés de ces crimes sont restreintes (…) Je veux, bien entendu, revenir sur ces restrictions » Courrier de François Hollande à l’ACAT.

Il faisait ainsi écho à une délibération du Secrétariat national du Parti socialiste qui avait dès 2010 réclamé la suppression de ce monopole du Parquet et des autres verrous alors proposés par la ministre de la justice Michèle Alliot-Marie Communiqué du Secrétariat national du PS du 7 avril 2010 : « Ce projet doit être amendé afin que soient abandonnées les mesures contraires aux principes de la Cour pénale internationale qui y figurent, telles que (…) le monopole de poursuite par le parquet »

La CFCPI rappelle que la loi adaptant le droit français au Statut de la CPI doit combler le « vide juridique » dans lequel se trouvent les victimes de génocide, crime contre l’humanité ou crime de guerre, qui n’ont pas accès à la justice dans leur propre pays, en leur permettant de saisir la justice du lieu où sont trouvés les auteurs suspectés de ces crimes. La Cour pénale internationale ne peut en effet juger qu’un très petit nombre de personnes et son Statut appelle les Etats, conformément au principe de complémentarité, à poursuivre eux-mêmes les auteurs de crimes internationaux devant leurs propres juridictions pénales.

La CFCPI ne peut se résoudre à ce que le Parlement continue de refuser l’accès des victimes des crimes les plus graves à un juge. La pratique a en effet démontré, s’agissant du crime de torture pour lequel la compétence extraterritoriale existe depuis plus de 10 ans dans la législation française, que le parquet n’ouvrait jamais d’information judiciaire de sa propre initiative.

Les organisations composant la CFCPI sont : Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture - Action Contre la Faim - Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme - Amnesty International France - Avocats sans Frontières (France) - Barreau de Paris - Barreau des Hauts de Seine - Centre Nord Sud du Conseil de l'Europe – CIMADE - Comité d'aide aux Réfugiés - Compagnons de la Fraternité Edmond Michelet - Confédération Nationale des Avocats - DIH Mouvement de Protestation Civique - ELENA Réseau d’avocats sur le droit d’asile - Ensemble contre la Peine de Mort - Fédération Internationale de l’ACAT - Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme - Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes - Fédération Nationale des Unions de Jeunes Avocats - Fondation Terre des Homme Lausanne - France Libertés - France Terre d'Asile - Handicap International - Juristes sans Frontières - Justice et Paix France - Ligue des Droits de l'Homme et du Citoyen - Magistrats Européens pour la Démocratie et les Libertés - Médecins du Monde – MRAP - O.I.D.B.B. - Organisation Française de la Communauté Baha'ie - Reporters sans frontières – Ruptures – Sherpa - Solidarité avec les mères de la place de Mai – Survie - Syndicat des Avocats de France - Syndicat de la Magistrature - Union Chrétienne des Déportés et Internés - Union pour l'Europe Fédérale - UNSA-Education   appelle par conséquent les sénatrices et les sénateurs à revenir au texte initial de la Proposition Sueur et à retirer au Parquet le monopole des poursuites pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.


Source : http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Violences/Justice-internationale/Actualites/La-France-encore-et-toujours-terre-d-impunite-pour-les-pires-crimes-7889

Allez plus loin :

Lire la proposition de loi du sénateur de Jean-Pierre Sueur (6 septembre 2012)
Lire l’avis de la CNCDH sur la Cour pénale internationale (23 octobre 2012)

samedi 9 février 2013

L'État va compenser la baisse de l'aide alimentaire de l'UE

 L'enveloppe européenne est passée de 3,5 à 2,5 milliards sur sept ans. Le ministre délégué à l'agroalimentaire a annoncé une compensation «à l'euro près en France».


Les associations d'aide alimentaire françaises ont manifesté le 4 février dernier pour protester contre la baisse annoncé des subventions de l'UE.
Les associations d'aide alimentaire françaises ont manifesté le 4 février dernier pour protester contre la baisse annoncé des subventions de l'UE. Crédits photo : BORIS HORVAT/AFP

Le ministre délégué à l'agroalimentaire Guillaume Garrot a assuré samedi matin sur RTL que l'État compenserait «à l'euro près» la baisse de l'aide alimentaire aux plus démunis prévue dans le nouveau budget de l'UE. L'enveloppe allouée à ce volet solidarité du budget est passée de 3,5 milliards d'euros sur la période 2007-2013 à 2,5 milliards sur 2014-2020, soit une baisse de 142 millions d'euros par an. 


«Cette baisse sera compensée à l'euro près en France», a-t-il déclaré. La France ayant touché 72 millions en 2011, l'écart à combler pourrait se chiffrer en dizaine de millions d'euros. Les modalités n'ont pas encore été précisées. Ni le président de la République ni son premier ministre n'ont confirmé cette information.

«Je parle d'une compensation par l'État bien évidemment, mais si des acteurs économiques sont prêts à faire un geste de solidarité, bien évidemment ils seront les bienvenus». «La solidarité ne diminuera pas dans notre pays», a-t-il assuré, notamment à l'adresse des Banques Alimentaires, de la Croix Rouge, des Restos du Coeur et du Secours populaire français qui s'inquiètaient de la chute à venir de leurs subventions.

La FNSEA prête à fournir «une aide directe»

«À partir de 2014, en France, près de la moitié des 130 millions de repas pourraient ne plus être distribués. Les associations se trouveront donc devant un choix inhumain: donner moins, à qui et sur quels critères?», écrivaient-elles dans un communiqué commun. Au total, ce sont dix-huit millions d'Européens qui se nourrissent chaque année grâce au Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD). 

Les associations françaises devraient d'ores et déjà pouvoir compté sur le soutien de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles dont le président, Xavier Beulin, s'est dit scandalisé par la réduction de cette enveloppe. «Nous allons nous mobiliser de notre côté, nous allons transformer ce manque à gagner par une forme d'aide directe, sans doute une forme de fondation qui nous permettra d'intervenir auprès des associations», a-t-il dit sur RTL. 

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2013/02/09/01002-20130209ARTFIG00362-l-etat-va-compenser-la-baisse-de-l-aide-alimentaire-de-l-ue.php

mardi 5 février 2013

Pour une histoire politique des humanitaires dans la guerre


Il importe de travailler dans la durée lorsque l’on veut analyser les problèmes qui se posent et que posent les humanitaires dans des situations de conflits armés. En effet, le passé éclaire les difficultés du temps présent et montre bien comment l’aide à destination de régions en crise a toujours été une ressource politique pour les belligérants comme pour les pays donateurs. Avec Mary Anderson, Jean-Christophe Rufin, Fiona Terry et tant d’autres, de nombreuses études ont notamment montré que l’assistance de la communauté internationale alimentait les économies de guerre à travers trois principaux mécanismes.

soudan un Pour une histoire politique des humanitaires dans la guerre

En premier lieu, il y a d’abord les pratiques de prédation des combattants qui rackettent les travailleurs humanitaires, revendent les vivres au marché noir et volent le matériel des secouristes pour le recycler en équipements militaires. A un niveau plus subtil, plus difficile à appréhender, les opérateurs de l’aide entretiennent également les circuits commerciaux des zones de conflits armés, où ils achètent de l’essence, louent des maisons, emploient des autochtones et enrichissent les profiteurs de guerre qui, de gré ou de force, financent les factions en lice. En assurant la gestion des hôpitaux ou des écoles, enfin, les humanitaires déchargent les belligérants de leurs obligations sociales et permettent donc de concentrer toutes les ressources locales sur l’effort de guerre. Particulièrement évidents dans les pays pauvres, tous ces problèmes ne sont ni nouveaux ni limités au « tiers-monde ».

En Europe, rappelle l’historien John Hutchinson, ils faisaient déjà débat entre Florence Nightingale et Henry Dunant au moment de la fondation de la Croix-Rouge en 1863. Autrement dit, on ne peut pas les imputer à une dégradation du comportement des belligérants comme le prétend une certaine vulgate sur les soi-disant « nouvelles guerres ». En outre, ils ne doivent pas faire oublier que les enjeux politiques de l’aide ne s’arrêtent pas à des questions matérielles et comprennent aussi des ressources symboliques absolument essentielles. En effet, la représentation de la victime et de la souffrance est un outil majeur de la guerre de propagande qui consiste à diaboliser l’ennemi pour mieux l’isoler et le déshumaniser. De ce point de vue, l’aide internationale ressort bien d’une forme de diplomatie par procuration lorsqu’elle est amenée à légitimer des belligérants ou des résistants.

Pour démontrer les permanences structurelles des problèmes rencontrés et soulevés par les humanitaires aujourd’hui, il convient ainsi de travailler dans une perspective historique. Par-delà les frontières et les analyses qui, à présent, se focalisent uniquement sur les dictatures des pays en développement, il importe par exemple de rappeler l’attitude des Alliés qui militarisèrent et interdirent la distribution de secours dans les territoires occupés par les Allemands pendant les deux guerres mondiales.

Depuis la diplomatie humanitaire des Américains lors de la famine russe de 1922 jusqu’au rôle politique de l’aide au Biafra en 1968 puis au Cambodge en 1979, les cas d’étude historiques ne manquent pas. A chaque fois, l’humanitaire a été racketté, manipulé ou récupéré à des fins stratégiques, renvoyant le vœu de neutralité et « d’a-politisme » de sa version suisse et dunantiste à un objectif idéal mais inatteignable.

En tant que telle, l’instrumentalisation de l’aide n’a donc rien de fondamentalement nouveau, qu’il s’agisse de mettre en scène les victimes pour plaider la cause d’une insurrection armée et justifier une intervention militaire de la communauté internationale, ou qu’il s’agisse au contraire de valoriser l’activisme humanitaire pour se trouver un alibi et refuser de s’immiscer dans un conflit. Aujourd’hui, certains spécialistes parlent d’une « politisation » et d’une « complexification » accrues des procédures de secours dans le monde multipolaire de l’après-guerre froide. Mais leurs analyses se projettent généralement sur des temps assez courts, qui ne dépassent pas les deux ou trois dernières décennies.

Désormais galvaudé et amplifié par la rhétorique globale des organisations intergouvernementales, le concept des « urgences complexes » (complex emergencies), par exemple, est apparu dans les années 1990 et laisse croire à tort que les opérations humanitaires d’autrefois étaient plus « simples ». En réalité, l’impression d’une « complexification » politique des actions de secours signale d’abord nos difficultés à comprendre l’impact et les interactions sociales et économiques de l’aide dans des situations que, par facilité d’analyse, des chercheurs et des journalistes ont pu qualifier de « nouvelles guerres ». Elle se nourrit également de la prolifération et du fort taux de rotation des expatriés humanitaires sur le terrain, une contrainte qui handicape la capitalisation d’expérience et conduit à redécouvrir indéfiniment les enjeux et les obstacles de l’assistance internationale dans des pays en crise.

Pour mieux comprendre les changements en cours, il importe donc de revenir sur l’évolution des stratégies de secours depuis la fondation du mouvement humanitaire « moderne » avec la Croix-Rouge de Henry Dunant en 1863. Le propos est bien de mettre en évidence les éléments récurrents qui structurent et limitent les possibilités d’action en situation de guerre. Il est aussi de souligner la dangerosité du travail humanitaire, tant sur le plan physique que politique. Les opérations de secours en temps de guerre comportent une grande part de risque et, dans la longue durée, aucun indicateur sérieux ne témoigne d’une aggravation en la matière. Au regard des expériences passées, rien ne permet de soutenir que les secouristes d’aujourd’hui seraient davantage exposés à un risque de récupération politique susceptible d’entacher leur neutralité et de provoquer des représailles de la part des belligérants. La « profession » humanitaire n’est pas devenue complexe et dangereuse. Elle l’a toujours été. La remarque vaut d’ailleurs en ce qui concerne ses rapports au militaire. En dépit de la multiplication des interventions armées de l’ONU depuis la fin de la guerre froide, on a en fait assisté à un mouvement de balancier, avec des phases d’intégration totale au militaire pendant les deux guerres mondiales, suivies de périodes d’assouplissement, en particulier au cours des années 1980, heure de gloire du « sans-frontiérisme ».

Aujourd’hui, les humanitaires sont en tout cas beaucoup plus libres et affranchis des armées qu’ils ne l’ont été au moment de la création du mouvement de la Croix-Rouge pendant la seconde moitié du XIXème siècle, quand ils devaient porter des uniformes et obéir aux états-majors pour être autorisés à se déployer sur les champs de bataille. De là à imaginer une dépolitisation des secours en temps de guerre, il y a un pas que l’on ne saurait franchir. Si les humanitaires ont réussi à acquérir une certaine marge de manœuvre, ils n’en demeurent pas moins soumis à de nombreuses contraintes et risquent toujours d’être instrumentalisés par les belligérants et les Etats.

Ce qui a vraiment changé depuis la fin de la guerre froide, c’est finalement la prolifération, la globalisation, la marchandisation et l’institutionnalisation des organisations de secours qui interviennent au cœur des conflits armés, et pas seulement à la marge. De fait, les formes d’action humanitaire ont beaucoup évolué. Parmi les nombreux éléments qui attirent aujourd’hui l’attention, on retient par exemple la judiciarisation de la guerre, l’informatisation de la communication, la formalisation des appels de fonds, la certification des procédures d’assistance, l’amélioration de l’accès à des populations vulnérables, la multiplication des opérations de la paix et l’émergence de nouveaux pays bailleurs comme la Chine, l’Arabie Saoudite, l’Irlande ou l’Inde.

Fondamentalement, la massification des secours et leur plus grande visibilité médiatique ne permettent cependant pas d’affirmer que l’aide serait plus —ou moins— politique. Toutes proportions gardées, chaque acteur humanitaire, pris à l’unité, continue en effet de véhiculer des enjeux symboliques et matériels qui lui confèrent une valeur stratégique aux yeux des belligérants comme des bailleurs de fonds. D’une manière générale, l’action humanitaire se redéfinit en permanence en fonction des contraintes auxquelles elle est confrontée. Dans la durée, sa transformation tient davantage à l’élargissement de son mandat par rapport à la mission originelle du comité de secours aux blessés de guerre de Henry Dunant en 1863.

Source : http://www.grotius.fr/pour-une-histoire-politique-des-humanitaires-dans-la-guerre/


Les humanitaires dans la guerre. Des idéaux à l’épreuve de la politique, Marc-Antoine Pérouse de Montclos – Collection les Etudes de la Documentation française. La Documentation française. 254 pages, 19,50 euros. Date de parution: 6 février 2013.

mercredi 30 janvier 2013

Document : la feuille de route vers la « sobriété heureuse »

Agriculture, énergie, économie, éducation, démocratie : les amis de Pierre Rabhi publient leur feuille de route alternative de « grandes directions à 50 ans ».

Les amis de Pierre Rabhi, l’agriculteur-philosophe promoteur de la sobriété heureuse, ont un « plan ». Ce mouvement, représenté par l’association les Colibris, présente ce mercredi soir à Paris sa « (r)évolution ».

Cette « feuille de route citoyenne, politique, alternative, coopérative, à destination de tous » n’est pas un programme politique, mais une série de « grandes directions à 50 ans » pour que la politique soit guidée par les préoccupations de long terme de la société civile.
Dans les cinq domaines clés que sont l’économie, l’agriculture, l’énergie, l’éducation et la démocratie, des « objectifs » et des « leviers d’action » pour les atteindre (et qu’il s’agit de promouvoir auprès des élus ou des entrepreneurs) sont proposés. Les maîtres-mots de la feuille de route : décentralisation et sobriété.


Voir le document
 « Incarner les utopies »

A force d’expliquer, depuis trente ans, que nos sociétés industrialisées marchent sur la tête, le petit paysan ardéchois originaire du Sahara a vu le nombre de ses soutiens grandir, s’organiser... au point de s’être engagé en 2002 dans un début de campagne pour l’élection présidentielle. Plus habitué aux livres et aux conférences, il avait lancé alors un appel à une « insurrection des consciences ». Avant de se raviser.

Comme il nous l’a confié dans l’e-book d’entretiens que nous avons publié en juillet 2012, il a rapidement réalisé que : « La politique n’est pas en phase avec la réalité. » Celui qui revendique « d’incarner les utopies » prévient aujourd’hui les politiques au pouvoir qu’« ils devraient être plus sensibles aux initiatives porteuses d’avenir issues de la société civile » 
Le récent sondage Ipsos France 2013 tombe à pic, remarque Cyril Dion, directeur des Colibris :
  • 72% des Français auraient « l’impression que le système politique fonctionne plutôt mal, et que leurs idées sont mal représentées » ;
  • 82% que les hommes et femmes politiques « agissent principalement pour leurs intérêts personnels ».
Des chiffres qui concordent avec l’étude Ifop réalisée pour les Colibris lors du lancement de la campagne « Tous candidats ».

La parabole du colibri
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Juste avant la dernière élection présidentielle, il avait réuni 27 000 « candidats », autant de personnes prêtes à « faire leur part » (comme le dit la parabole du colibri, lire l’encadré ci-contre) dans le changement de société. Puis, ils se sont mis au travail, dans 27 forums locaux, et les plus motivés ont rendu en juillet dernier une matière, soumise à des experts.
Le résultat est ce « plan », dont la version que nous publions est 1.0 et qui sera décliné en un wiki, acutalisé en permanence sur Internet.

« Ceux qui ressentent le message comme étant pertinent vont le propager », prédit Pierre Rabhi, prêt à « répondre aux sollicitations », mais sans avoir le moindre rendez-vous à Matignon ou l’Elysée.

Un « cerveau collectif » où chacun met sa part de génie

Ce grand travail de maïeutique a nécessité de remonter à la « cause des causes » : la démocratie. L’expert choisi pour porter la parole sur ce volet n’est autre qu’Etienne Chouard, héraut du « non » au référendum européen de 2005, et qui réfléchit depuis des années à importer les bienfaits de la démocratie athénienne dans notre monde contemporain. Il propose une vraie révolution :
« Faire réécrire notre constitution par une assemblée constituante populaire, tirée au sort et dont les membres seront inéligibles aux mandats qu’ils définiront. »
Idée qu’il développe déjà sur son blog Le Planc C, et qu’il décline de conférence en wiki-échanges sur Internet. Il s’explique :
« Contrairement à Mélenchon, qui veut une constituante élue, moi je pense que si on veut une constitution, il faut qu’on l’écrive nous-mêmes. Si les élus l’écrivent pour eux, il y a un conflit d’intérêt, alors que si on met n’importe qui, un plombier par exemple, il sera naturellement conforme à l’intérêt général ».
Très excité par l’exercice de « cerveau collectif où chacun met sa part de génie », le prof cherche à décrypter les abus de pouvoir et voit dans la monnaie privée une vraie source d’oppression.
Justement, les Colibris proposent de « rendre la souveraineté monétaire », par le développement des monnaies locales. Des initiatives comme le Sol-Violette à Toulouse rencontrent déjà un succès croissant même si, selon Etienne Chouard, elles sont surtout « à vocation pédagogique ».

Construire, à côté du capitalisme, une économie alternative

Au lancement de la (r)évolution se trouveront aussi quelques élus rock’n’roll, comme le sénateur EELV du Morbihan Joël Labbé. Lui voit dans les Colibris des « semeurs d’idées nouvelles » sur lesquels il s’appuie pour faire des propositions parlementaires :
« Une initiative qui arrive au bon moment, alors que la société civile est mûre pour se mobiliser, mais qu’il y a toujours ce fossé entre élus et citoyens. »
Quand le plan à 50 ans des Colibris est l’« autonomie alimentaire pour tous », le sénateur va plus loin en rédigeant une « proposition de loi interdisant les pesticides par les collectivités locales sur les espaces publics ». Il assure que c’est possible puisque des communes l’ont déjà fait.
Cette démonstration par l’exemple, cet essaimage d’initiatives individuelles est au cœur de la stratégie des Colibris, rappelle son directeur Cyril Dion :
« Ceux qui ont voulu transformer le capitalisme de l’intérieur ont bien vu que ça ne marche pas. Body Shop [la boîte de cosmetique écolo et éthique, ndlr] a été racheté par L’Oréal... Il vaut mieux construire à côté une économie alternative, tout en laissant l’ancienne s’écrouler d’elle-même. »
Devenir des acteurs de changement

Raphaël Souchier, auteur de « L’après-Wall Street sera local, Citoyens, entreprises et collectivités réinventent l’économie », à paraître prochainement, présentera les bienfaits de la relocalisation de l’économie. Il exposera le succès du réseau américain BALLE (Business Alliance For Local Living Economies) :
« Organic Valley regroupe 1 766 familles paysannes, réalise un chiffre d’affaires de 700 millions de dollars, et leur objectif central est de préserver un art de vivre local. Iils ne sont pas devenus des exploitants exploités par leur propre organisation. »
En France, la responsabilité de l’intérêt général est au contraire trop souvent dévolue à la collectivité ou aux associations. Là, explique-t-il, « il s’agit de faire passer la notion de responsabilité personnelle et collective dans nos pratiques habituelles, de devenir des agents de changement ».
Et comme le dit Pierre Rabhi, la question n’est plus seulement « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » mais « quels enfants laisserons-nous à la planète ? ».

Source : http://www.rue89.com/rue89-planete/2013/01/30/document-la-feuille-de-route-vers-la-sobriete-heureuse-239140

L'aide humanitaire prise à partie dans le conflit syrien

"L'aide humanitaire en Syrie souffre d'un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une partie infime", ont alerté, mardi 29 janvier, dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans frontières (MSF) et Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l'action et le savoir humanitaires à MSF. Un cri d'alarme lancé à la veille de la réunion des donateurs organisée au Koweït, sous le patronage des Nations unies, pour tenter de lever 1,5 milliard de dollars pour les cinq millions de Syriens affectés par le conflit.

Une famille de déplacés syriens le 25 janvier 2013.

Cette dissymétrie de l'aide humanitaire était déjà pointée, début janvier, par le Programme alimentaire mondial (PAM). L'agence des Nations unies distribue chaque mois des rations alimentaires à environ 1,5 million de déplacés dans les quatorze gouvernorats syriens, dans les zones où les autorités syriennes l'autorisent à intervenir avec son partenaire local, le Croissant rouge arabe syrien (CRAS). Les régions dans lesquelles le PAM, tout comme les organisations non-gouvernementales syriennes et étrangères ayant obtenu la précieuse autorisation de Damas, peuvent intervenir excluent les zones de guerre et celles contrôlées par les rebelles. Or, alertait Mme Byrs, un million de Syriens vont manquer de vivres, essentiellement dans les zones de guerre.

"LE BON VOULOIR DES AUTORITÉS"

Un chiffre très en dessous des réalités, estiment certaines organisations qui parlent de 4,5 millions de déplacés en Syrie, soit un quart de la population. "Ce chiffre est cohérent, mais invérifiable", commente Alexandre Giraud, le responsable des opérations de Première Urgence-AMI au Moyen-Orient. Le responsable de cette ONG dont les trois employés internationaux et soixante-dix locaux distribuent, en coordination avec le CRAS, de l'eau et des kits d'hygiène à 90 000 familles à Damas, Homs, Hama et Tartous, confirme les limites qui leur sont imposées. "On travaille principalement sur les zones contrôlées par les autorités, à la différence des ONG sans autorisation qui travaillent clandestinement à partir de pays frontaliers et dans les zones rebelles." Dans ses zones d'intervention, Première urgence est également tributaire du bon vouloir des autorités. "Les autorisations d'aller sur le terrain sont données au compte-goutte tout comme les visas pour les personnels internationaux. Il faut renouveler notre demande d'intervention à chaque déplacement", explique M. Giraud.

Dans une situation sécuritaire dégradée et volatile, le travail des organisations internationales rayonnant depuis Damas est rendu encore plus difficile. "Les distributions sont tributaires de l'accès au terrain, qui varie selon les conditions de sécurité et l'approvisionnement en fioul. On enregistre parfois des jours ou des semaines de retard", reconnaît Emilia Casella, coordinatrice presse du PAM. Les personnels locaux s'exposent à de grands risques. "Des camions ont été attaqués et leur chargement dérobé aux checkpoints ou sur la route par des groupes armés", poursuit-elle. "Il y a des pillages, acquiesce Alexandre Giraud. On est parfois pris dans des tirs croisés et les kidnappings de personnel humanitaire se multiplient."

UNE PRÉCARISATION ACCRUE DE LA POPULATION

Une famille de déplacés de l'intérieur syriens près de Damas, le 29 janvier 2013.
Limitée, leur intervention n'en est pas moins essentielle pour répondre aux besoins croissants d'une partie de la population de déplacés en proie à une précarisation accrue par le pourrissement de la situation et la rigueur de l'hiver syriens. Après vingt-deux mois de guerre civile, les pénuries de pain et de carburant touchent désormais l'ensemble du pays. A Alep, le kg de pain non subventionné se vendait à 250 livres syriennes (LS) fin décembre (2,60 euros au cours actuel), contre 15 LS pour le pain jadis subventionné. Le prix du litre de mazout est passé de 16 à 210 LS entre 2011 et fin décembre 2012. L'arrivée massive de déplacés dans certaines régions fait peser une pression énorme sur l'économie locale, commente Emilia Caselli.

"Une proportion significative d'entre eux a connu plusieurs déplacements successifs. Mais les populations sont désormais fixées dans la région de Damas, la zone de Raqqa et les zones kurdes", indique une source syrienne ayant requis l'anonymat pour des raisons de sécurité. Beaucoup sont partis dans l'urgence en pick-up ou en minibus, emportant le minimum. "Les familles partent majoritairement dans des régions où elles connaissent quelqu'un. Ainsi, en dépit du grand nombre de déplacés, une large partie d'entre eux est hébergée chez des proches", poursuit-elle.

Avec la pérennisation de la crise, les besoins dépassent les capacités d'hébergement, et les proches ne peuvent plus toujours subvenir aux besoins des déplacés. Les habitats collectifs se multiplient, en ordre dispersé, sur tout le territoire syrien. Ecoles, mosquées ou immeubles inachevés peuvent accueillir de 5 à plus de 300 familles. Des familles de déplacés ont investi des champs ou les seuils d'immeubles du centre-ville de Damas. Une promiscuité qui fragilise une population de déplacés composée en majorité de femmes, d'enfants et de vieillards poussés à l'exil suite à la mort ou l'emprisonnement des soutiens de famille. "On est sur une corde raide qui peut se briser du jour au lendemain. On peut avoir une augmentation rapide du nombre de morts si les gens sont épuisés après un premier hiver de privations puis six-sept mois de pénuries", alerte notre source syrienne.

UNE AIDE CLANDESTINE CAPITALE

Dans les zones hors de portée des organisations comme le PAM ou Première urgence, la solidarité locale et les réseaux d'aide clandestine animés depuis l'étranger ont permis d'éviter une situation dramatique. Cette aide humanitaire parallèle, organisée par des collectifs de bénévoles étrangers et des membres de la diaspora syrienne, répond à 70% des besoins humanitaires en Syrie, estime la source syrienne sans que ces chiffres puissent être vérifiés. Comme d'autres collectifs avec qui il travaille en coordination, le collectif Life4Syria apporte depuis novembre 2011 une aide aux populations déplacées, en s'appuyant sur des réseaux locaux organisés de façon pyramidale. Proximité et clandestinité sont les garants de leur efficacité. "De proche en proche, on a étendu notre maillage à toute la Syrie jusque dans les zones les plus reculées", explique Amélie Lumbrozzo, membre du collectif.

Ses relais les plus forts sont dans la région de Damas, à Lattaquié, Homs, Hama, Alep, Deir Ezzor et plus difficilement à Raqqa. Le collectif n'a pas les moyens suffisants pour toucher l'ensemble des populations déplacées, mais "est plus rapide en cas d'afflux de réfugiés, car on est affranchis des démarches administratives", indique Amélie Lumbrozzo. Quarante mille familles dépendent aujourd'hui de son aide qui couvre médicaments, vêtements et couverture, nourriture, lait pour enfants, produits d'hygiène et frais de logement. Des besoins que Life4Syria chiffre à 35 000 LS mensuelles par famille de cinq à sept membres en moyenne.

Les risques encourus pour les membres du réseau sont grands. Au regard de la loi adoptée en juillet 2012 par le gouvernement syrien, ils se rendent coupables de terrorisme. "Si l'une des personnes traverse la frontière et se fait prendre avec du matériel médical ou des médicaments, elle s'expose à une arrestation et à un interrogatoire poussé avec tortures. Des menaces pèsent ensuite sur l'ensemble du réseau", explique Mme Lumbrozzo. Pour éviter toute prise de risque, les réseaux n'organisent aucune distribution collective auprès des populations, privilégiant une aide au cas par cas et discrète comme les dons d'argent, de vêtements et de médicaments. A ce jour, le collectif a distribué 115 555 dollars (85 000 euros environ) et 887 kg de vêtements.

LA SOLIDARITÉ DE PROXIMITÉ COMME PRIORITÉ

Si la générosité de ses donateurs individuels suffit encore à alimenter sa capacité d'intervention, Life4Syria observe une augmentation des besoins sur le terrain. La dégradation de la situation sur le terrain a affaibli les sources de financement local et les capacités d'entraide de proximité. "Ceux qui arrivaient encore à tenir, qui pouvaient aider, sont soit partis par la force des choses à cause du danger et de la nécessité de vivre soit ont perdu leur emploi et se retrouvent à leur tour dans la situation de demandeurs d'aide", explique Amélie Lumbrozzo.

"Depuis la fin du ramadan, en septembre, il y a un effondrement complet de la solidarité locale, car les gens ont beaucoup donné à l'aumône légale, qui a été reversée à directement à ces réseaux ou à d'autres réseaux caritatifs", précise une source syrienne. "Quand on peut réabreuver ces personnes-là, les réseaux de solidarité de proximité, latents, renaissent", poursuit Amélie Lumbrozzo. "Notre but est de maintenir en vie une société qui tient en attendant la fin du conflit et d'empêcher que la population ne sombre dans une détresse telle qu'elle céde au diktat du pouvoir en place", poursuit la membre de Life4Syria.

Car, pour ces acteurs, la question des déplacés est aussi et surtout une arme politique utilisée par Damas. "Pour le régime, affamer la population qui s'est alliée avec l'Armée syrienne libre est un mode de punition collective. Il peut aussi créer intentionnellement des flux de réfugiés pour bloquer l'avancée des rebelles et épuiser l'ALS, qui doit alors prioritairement s'occuper d'un flux de réfugiés", affirme la source syrienne.

Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/01/30/l-aide-humanitaire-prise-a-partie-dans-le-conflit-syrien_1824177_3218.html