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mardi 12 mars 2013

Dans l'intimité des camps de Kaboul - Le regard de Giovanna Winckler-Roncoroni, psychologue à Action contre la Faim.

Kaboul, 1 800 mètres d’altitudes, maisons grises construites le long d’une large vallée. Les  hautes montagnes sont austères, enneigées. Il n’y a pas d’arbres. Rien n’arrête la poussière chaude de l’été. Ici il y a les couleurs du ciel changeant et de la terre grise et brune. Contrairement à leur terre, le peuple est généreux, habitué à accueillir les voyageurs de passage. Leur histoire est complexe et douloureuse, leurs origines variées, fruit des multiples invasions.

kaboul kis
Les Afghans, je les ai rencontrés là, dans les terrains vagues autour de Kaboul, sur ces espaces destinés à la construction d’immeubles pour la nouvelle classe émergeante. Les camps, appelés KIS (Kabul Informal Settlements), sont un regroupement illégal de populations déplacées venant de tout le pays ou chassés d‘Iran ou du Pakistan. Toute la richesse ethnique du pays est là : les Pachtous, les Cujis, les Jogis, les Tadjiks. Les langues sont multiples : le Dari, le Pachtou et une infinité de dialectes. Les habitants ont fui la pauvreté, la guerre, les Talibans, la sécheresse, une inondation, etc. Ils sont venus à pied ou entassés dans un bus, quelques affaires attrapées au vol. Les enfants, interloqués, regardant en arrière, leur village, leur maison, l’incertitude. 

Un homme me confie : « C’est difficile dans les camps. Il y a beaucoup de violence, nous n’avons pas d’avenir. La vie dans les camps n’est pas une vie, nous allons partout et nulle part ».
C’est dans les KIS qu’ACF a ouvert en août 2011 cinq centres de nutrition destinés aux femmes et aux enfants malnutris des KIS. Une recherche sur les pratiques de soins et de santé mentale m’a permis de rentrer sous leurs tentes, d’être admise dans l’intimité des femmes.

Des Afghans travaillant pour ACF m’ont accompagnée, aidée à franchir le pas sortir des stéréotypes aveuglants. J’ai vu la misère de près, à cause du froid intense, d’un cadre de vie où l’homme peut perdre son humanité, les enfants malnutris, le regard des enfants qui ont grandi trop vite, la fatigue qui marque les visages, les mains qui connaissent le travail depuis l’enfance…

Ce sont d’abord les femmes et les enfants que je rencontre. Les hommes sortent de la tente pour que les femmes puissent répondre aux questions, parler sans honte. Rassemblées pour se réchauffer, les femmes assises ou accroupies sur les tapis ou les nattes, de tout âge, allaitent ou serrent de petits enfants autour d’elles, trop calmes, les yeux dans le vide, la fatigue, la faim.

Les femmes sont contentes de parler, de raconter leur souvenirs, leur vie de jeune mariée, de me parler de leur mari, de leur attachement progressif, de rire et de pleurer face à leur destin. Petit à petit ce monde se dévoile, les femmes parlent sans gêne ; j’ose poser des questions plus personnelles. Le rôle de chacun  -homme, femme, enfant- s’éclaircit.
Découvrez la vie dans les KIS

Photo : © ACF, Sandra Calligaro – Afghanistan

Source : http://terraindactions.blog.youphil.com/archive/2013/03/11/dans-l-intimite-des-camps-de-kaboul.html

jeudi 7 mars 2013

Syrie : deux ans de conflit et l'aide humanitaire dans l'impasse

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) tire le signal d'alarme sur la situation en Syrie. Le conflit syrien qui a démarré voilà presque deux ans par une contestation politique du régime de Bachar Al-Assad et qui s'est militarisée au fil de la répression sanglante des forces de sécurité a fait au moins 70 000 morts, selon les estimations de l'ONU.
Les Nations Unies ont annoncé mercredi que le cap du million de réfugiés syriens ayant fui leur pays avait été atteint. Au moins 2,5 millions de Syriens ont également été déplacés à l'intérieur du pays.

Dans un rapport titré "Deux ans de conflit en Syrie - L'aide humanitaire dans l'impasse", MSF s'en prend à la fois au régime, qui cible les structures de santé et empêche l'envoi d'aide dans de vastes zones du pays, et à la pusillanimité des institutions internationales et des pays voisins. 

Les premières sont visées parce qu'elles fournissent des moyens insuffisants et persistent à conditionner une bonne partie de leur intervention à l'autorisation de Damas, excluant de facto la majorité de la population des zones rebelles de leur assistance, tandis que les capacités des structures d'aide en zone gouvernementale sont "saturées" et insuffisantes.

Les pays voisins sont fustigés parce qu'ils "ne sont pas prêts" à accorder aux ONG engagées dans des opérations transfrontalières "les facilités logistiques et administratives associées à une reconnaissance officielle", ralentissant leur action, alors même que lesdits pays ont reconnu la coalition nationale syrienne comme seule représentante du peuple syrien.

L'ONG lance un appel aux belligérants et à la communauté internationale : "la paralysie de la diplomatie (...) ne peut justifier l'impuissance de l'aide humanitaire. MSF demande aux parties au conflit de négocier un accord sur l'aide humanitaire pour faciliter son acheminement partout dans le pays, à partir des pays voisins ou à travers les lignes de front".

Les Nations unies ont annoncé mercredi que le cap du million de réfugiés syriens ayant fui leur pays avait été atteint. Ce chiffre ne comprenant que les réfugiés dûment enregistrés, leur nombre réel est sans doute bien supérieur. Au moins 2,5 millions de Syriens ont également été déplacés à l'intérieur du pays. Pour le Haut Commissaire aux réfugiés Antonio Guterres, "la Syrie est entrée dans la spirale d'une catastrophe absolue".

Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/07/syrie-deux-ans-de-conflit-et-l-aide-humanitaire-bloquee_1843990_3218.html

lundi 11 février 2013

Portfolio: à la rencontre des réfugiés syriens

Camp de réfugiés

Regards durs, fatigués. "Ce jeune homme venait d’arriver dans les camps, il avait passé la frontière, escorté par des rebelles. Là, ils attendent une tente pour la nuit", décrit le photographe François Razon.

Suite sur : http://www.youphil.com/fr/article/06203-portfolio-rencontre-refugies-syrie-azzaz-zaatari?ypcli=ano

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Crédit: François Razon.

mercredi 30 janvier 2013

L'aide humanitaire prise à partie dans le conflit syrien

"L'aide humanitaire en Syrie souffre d'un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une partie infime", ont alerté, mardi 29 janvier, dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans frontières (MSF) et Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l'action et le savoir humanitaires à MSF. Un cri d'alarme lancé à la veille de la réunion des donateurs organisée au Koweït, sous le patronage des Nations unies, pour tenter de lever 1,5 milliard de dollars pour les cinq millions de Syriens affectés par le conflit.

Une famille de déplacés syriens le 25 janvier 2013.

Cette dissymétrie de l'aide humanitaire était déjà pointée, début janvier, par le Programme alimentaire mondial (PAM). L'agence des Nations unies distribue chaque mois des rations alimentaires à environ 1,5 million de déplacés dans les quatorze gouvernorats syriens, dans les zones où les autorités syriennes l'autorisent à intervenir avec son partenaire local, le Croissant rouge arabe syrien (CRAS). Les régions dans lesquelles le PAM, tout comme les organisations non-gouvernementales syriennes et étrangères ayant obtenu la précieuse autorisation de Damas, peuvent intervenir excluent les zones de guerre et celles contrôlées par les rebelles. Or, alertait Mme Byrs, un million de Syriens vont manquer de vivres, essentiellement dans les zones de guerre.

"LE BON VOULOIR DES AUTORITÉS"

Un chiffre très en dessous des réalités, estiment certaines organisations qui parlent de 4,5 millions de déplacés en Syrie, soit un quart de la population. "Ce chiffre est cohérent, mais invérifiable", commente Alexandre Giraud, le responsable des opérations de Première Urgence-AMI au Moyen-Orient. Le responsable de cette ONG dont les trois employés internationaux et soixante-dix locaux distribuent, en coordination avec le CRAS, de l'eau et des kits d'hygiène à 90 000 familles à Damas, Homs, Hama et Tartous, confirme les limites qui leur sont imposées. "On travaille principalement sur les zones contrôlées par les autorités, à la différence des ONG sans autorisation qui travaillent clandestinement à partir de pays frontaliers et dans les zones rebelles." Dans ses zones d'intervention, Première urgence est également tributaire du bon vouloir des autorités. "Les autorisations d'aller sur le terrain sont données au compte-goutte tout comme les visas pour les personnels internationaux. Il faut renouveler notre demande d'intervention à chaque déplacement", explique M. Giraud.

Dans une situation sécuritaire dégradée et volatile, le travail des organisations internationales rayonnant depuis Damas est rendu encore plus difficile. "Les distributions sont tributaires de l'accès au terrain, qui varie selon les conditions de sécurité et l'approvisionnement en fioul. On enregistre parfois des jours ou des semaines de retard", reconnaît Emilia Casella, coordinatrice presse du PAM. Les personnels locaux s'exposent à de grands risques. "Des camions ont été attaqués et leur chargement dérobé aux checkpoints ou sur la route par des groupes armés", poursuit-elle. "Il y a des pillages, acquiesce Alexandre Giraud. On est parfois pris dans des tirs croisés et les kidnappings de personnel humanitaire se multiplient."

UNE PRÉCARISATION ACCRUE DE LA POPULATION

Une famille de déplacés de l'intérieur syriens près de Damas, le 29 janvier 2013.
Limitée, leur intervention n'en est pas moins essentielle pour répondre aux besoins croissants d'une partie de la population de déplacés en proie à une précarisation accrue par le pourrissement de la situation et la rigueur de l'hiver syriens. Après vingt-deux mois de guerre civile, les pénuries de pain et de carburant touchent désormais l'ensemble du pays. A Alep, le kg de pain non subventionné se vendait à 250 livres syriennes (LS) fin décembre (2,60 euros au cours actuel), contre 15 LS pour le pain jadis subventionné. Le prix du litre de mazout est passé de 16 à 210 LS entre 2011 et fin décembre 2012. L'arrivée massive de déplacés dans certaines régions fait peser une pression énorme sur l'économie locale, commente Emilia Caselli.

"Une proportion significative d'entre eux a connu plusieurs déplacements successifs. Mais les populations sont désormais fixées dans la région de Damas, la zone de Raqqa et les zones kurdes", indique une source syrienne ayant requis l'anonymat pour des raisons de sécurité. Beaucoup sont partis dans l'urgence en pick-up ou en minibus, emportant le minimum. "Les familles partent majoritairement dans des régions où elles connaissent quelqu'un. Ainsi, en dépit du grand nombre de déplacés, une large partie d'entre eux est hébergée chez des proches", poursuit-elle.

Avec la pérennisation de la crise, les besoins dépassent les capacités d'hébergement, et les proches ne peuvent plus toujours subvenir aux besoins des déplacés. Les habitats collectifs se multiplient, en ordre dispersé, sur tout le territoire syrien. Ecoles, mosquées ou immeubles inachevés peuvent accueillir de 5 à plus de 300 familles. Des familles de déplacés ont investi des champs ou les seuils d'immeubles du centre-ville de Damas. Une promiscuité qui fragilise une population de déplacés composée en majorité de femmes, d'enfants et de vieillards poussés à l'exil suite à la mort ou l'emprisonnement des soutiens de famille. "On est sur une corde raide qui peut se briser du jour au lendemain. On peut avoir une augmentation rapide du nombre de morts si les gens sont épuisés après un premier hiver de privations puis six-sept mois de pénuries", alerte notre source syrienne.

UNE AIDE CLANDESTINE CAPITALE

Dans les zones hors de portée des organisations comme le PAM ou Première urgence, la solidarité locale et les réseaux d'aide clandestine animés depuis l'étranger ont permis d'éviter une situation dramatique. Cette aide humanitaire parallèle, organisée par des collectifs de bénévoles étrangers et des membres de la diaspora syrienne, répond à 70% des besoins humanitaires en Syrie, estime la source syrienne sans que ces chiffres puissent être vérifiés. Comme d'autres collectifs avec qui il travaille en coordination, le collectif Life4Syria apporte depuis novembre 2011 une aide aux populations déplacées, en s'appuyant sur des réseaux locaux organisés de façon pyramidale. Proximité et clandestinité sont les garants de leur efficacité. "De proche en proche, on a étendu notre maillage à toute la Syrie jusque dans les zones les plus reculées", explique Amélie Lumbrozzo, membre du collectif.

Ses relais les plus forts sont dans la région de Damas, à Lattaquié, Homs, Hama, Alep, Deir Ezzor et plus difficilement à Raqqa. Le collectif n'a pas les moyens suffisants pour toucher l'ensemble des populations déplacées, mais "est plus rapide en cas d'afflux de réfugiés, car on est affranchis des démarches administratives", indique Amélie Lumbrozzo. Quarante mille familles dépendent aujourd'hui de son aide qui couvre médicaments, vêtements et couverture, nourriture, lait pour enfants, produits d'hygiène et frais de logement. Des besoins que Life4Syria chiffre à 35 000 LS mensuelles par famille de cinq à sept membres en moyenne.

Les risques encourus pour les membres du réseau sont grands. Au regard de la loi adoptée en juillet 2012 par le gouvernement syrien, ils se rendent coupables de terrorisme. "Si l'une des personnes traverse la frontière et se fait prendre avec du matériel médical ou des médicaments, elle s'expose à une arrestation et à un interrogatoire poussé avec tortures. Des menaces pèsent ensuite sur l'ensemble du réseau", explique Mme Lumbrozzo. Pour éviter toute prise de risque, les réseaux n'organisent aucune distribution collective auprès des populations, privilégiant une aide au cas par cas et discrète comme les dons d'argent, de vêtements et de médicaments. A ce jour, le collectif a distribué 115 555 dollars (85 000 euros environ) et 887 kg de vêtements.

LA SOLIDARITÉ DE PROXIMITÉ COMME PRIORITÉ

Si la générosité de ses donateurs individuels suffit encore à alimenter sa capacité d'intervention, Life4Syria observe une augmentation des besoins sur le terrain. La dégradation de la situation sur le terrain a affaibli les sources de financement local et les capacités d'entraide de proximité. "Ceux qui arrivaient encore à tenir, qui pouvaient aider, sont soit partis par la force des choses à cause du danger et de la nécessité de vivre soit ont perdu leur emploi et se retrouvent à leur tour dans la situation de demandeurs d'aide", explique Amélie Lumbrozzo.

"Depuis la fin du ramadan, en septembre, il y a un effondrement complet de la solidarité locale, car les gens ont beaucoup donné à l'aumône légale, qui a été reversée à directement à ces réseaux ou à d'autres réseaux caritatifs", précise une source syrienne. "Quand on peut réabreuver ces personnes-là, les réseaux de solidarité de proximité, latents, renaissent", poursuit Amélie Lumbrozzo. "Notre but est de maintenir en vie une société qui tient en attendant la fin du conflit et d'empêcher que la population ne sombre dans une détresse telle qu'elle céde au diktat du pouvoir en place", poursuit la membre de Life4Syria.

Car, pour ces acteurs, la question des déplacés est aussi et surtout une arme politique utilisée par Damas. "Pour le régime, affamer la population qui s'est alliée avec l'Armée syrienne libre est un mode de punition collective. Il peut aussi créer intentionnellement des flux de réfugiés pour bloquer l'avancée des rebelles et épuiser l'ALS, qui doit alors prioritairement s'occuper d'un flux de réfugiés", affirme la source syrienne.

Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/01/30/l-aide-humanitaire-prise-a-partie-dans-le-conflit-syrien_1824177_3218.html

samedi 26 janvier 2013

Syrie: nombre "record" de réfugiés fuyant la guerre

Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.

Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.
(c) Afp
  (c) Afp

DAMAS (AFP) - Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l'ONU, un nombre "record" de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles.

A cinq jours d'une réunion de donateurs organisée à Koweït, le roi Abdallah II de Jordanie a lancé un appel pour "davantage d'aide" de la part de la communauté internationale pour son pays qui accueille maintenant plus de 300.000 réfugiés.

Pendant ce temps, les troupes du président Bachar al-Assad pilonnaient Homs, la "capitale de la révolution" dans le centre, pour le 6e jour consécutif, pour y écraser les derniers bastions rebelles, et régime et opposition mobilisaient leurs partisans, les premiers priant, les seconds manifestant.
Le poumon industriel de la Syrie et point névralgique sur la ligne de démarcation entre régime et rebelles --qui tiennent de larges zones dans l'Est et le Nord--, était sous les bombes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qui s'appuie sur un important réseau de militants et de médecins.

En outre, a rapporté le réseau de militants anti-régime de la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), des renforts militaires arrivaient dans la ville, quasiment entièrement reprise par l'armée, au prix d'opérations extrêmement meurtrières.
A Idleb, principale ville du nord-ouest de la Syrie, des rebelles ont pu entrer dans l'enceinte de la prison, à l'entrée ouest de la ville sous le contrôle du régime après des combats intenses selon l'OSDH. Les combats continuent mais environ 80 prisonniers ont pu s'échapper de la prison.
Face à ces violences qui ont encore fait vendredi au moins 129 morts, selon cette ONG, 6.400 nouveaux réfugiés sont arrivés ces dernières 24 heures en Jordanie, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), portant à 30.000 le nombre de Syriens ayant fui vers le royaume depuis début janvier, un chiffre "record".

"Retour de la tuberculose"

"Les réfugiés les plus faibles se battent pour leur survie (...) il faut davantage d'aide internationale", a déclaré le roi Abdallah II, dans un discours devant le 43ème Forum économique mondial (WEF) à Davos.

La moitié des 600.000 réfugiés syriens ont moins de 18 ans et 25% ont moins de quatre ans, selon l'Unicef.

Alors que l'ONU s'attend à ce que le nombre de réfugiés atteigne 1,1 million d'ici juin, le Liban, l'Irak, la Jordanie et la Turquie tirent régulièrement la sonnette d'alarme, se disant prêts à accueillir les Syriens fuyant la guerre mais à condition d'être aidés.

Et en Syrie même, où l'on compte au moins deux millions de déplacés, l'Union des organisations syriennes de secours médicaux (UOSSM), une organisation de médecins travaillant clandestinement dans le pays, a dressé un tableau dramatique de la situation humanitaire.

Dénonçant "l'inaction" de la communauté internationale face aux exactions du régime, le secrétaire général de l'UOSSM, Anas Chaker, a affirmé que "des maladies comme la leishmaniose, la tuberculose, sont réapparues. Des enfants ne sont plus vaccinés depuis un, voire deux ans, c'est une catastrophe nationale".

Selon le docteur Chaker, "90% de l'aide donnée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou la Croix Rouge internationale n'arrive pas aux régions qui en ont besoin" et où la crise des médicaments fait rage car "35 à 40 des 57 usines de médicaments en Syrie se trouvent à Alep" (nord) dévastée par plus de six mois de guérilla urbaine.

Alors que la Syrie s'enfonce toujours plus dans une guerre civile qui a fait plus de 60.000 morts selon l'ONU, les autorités se sont félicitées de l'afflux "massif" vendredi dans les mosquées pour une prière appelant au retour de la sécurité dans le pays.

Et comme chaque vendredi depuis le début de la contestation en mars 2011, des opposants au régime ont manifesté, scandant notamment "Malgré les bombardements et le siège, nous ne nous agenouillerons devant personne, sauf Dieu".

A Houla (centre), une vidéo a montré un rassemblement qui se tenait alors que des bombes tombaient à proximité, le caméraman filmant alternativement les manifestants et des colonnes de fumée qui s'échappaient de bâtiments.

Et à Saraqeb (nord-ouest), une pancarte proclamait "Non à un régime étranger, non à un régime militaire, non au terrorisme et à la peur", les militants affirmant que ces défilés s'adressaient au Front jihadiste Al-Nosra.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20130125.AFP1725/syrie-nombre-record-de-refugies-fuyant-la-guerre.html

lundi 21 janvier 2013

L'exposition "Syriart" réunit un panel de l’avant-garde artistique du monde arabe

En demandant à une soixantaine d’artistes du Maroc, de Tunisie, du Liban, du Yémen et de Syrie de donner une œuvre d’art au profit d’associations syriennes, l’exposition-vente "Syriart" permet d'admirer (et d'acquérir) la jeune création arabe. 



L'exposition "Syriart" réunit un panel de l’avant-garde artistique du monde arabe

© Sabhan Adam (don d'un collectionneur)


Dès qu’il est question de Syrie, les artistes du monde arabe répondent à l’appel. Ils sont une soixantaine à avoir accepté spontanément, sans poser d’autres questions, de donner une peinture, une photographie ou une installation pour une vente aux enchères au profit d’associations syriennes. Organisée par José Garçon, ancienne journaliste à Libération et spécialiste du Maghreb, et Agnès Levallois, spécialiste du Proche-Orient et chargée de cours à Sciences Po et à l’ENA, la vente intitulée "Syriart" aura lieu à l’Institut du monde arabe à Paris, lundi 21 janvier au soir, et sera encadrée par la maison Pierre-Bergé.




Leila Alaoui, Tamesloht (les Marocains), 2011
Leila Alaoui, Tamesloht (les Marocains), 2011
Impression Lambda
Numéro 3/3
4000/6000 euros
"Je suis forcément interpellée par ce qui se passe en Syrie. Je n’ai pas hésité une seconde", explique Sinda Belhassen, artiste tunisienne qui a donné une peinture sombre d’un crâne encore recouvert de ligaments et de chair, expressif et tourmenté - "Addiction", peint en 2011. "C’est un don à 100 %. On ne compte pas. Surtout si c’est pour la Syrie, où le grand nombre de victimes, d’enfants et de femmes, ne se compte plus par centaines ni par milliers."

Nouvelle vague marocaine

Ce rassemblement de jeunes peintres et photographes du Golfe, du Proche-Orient et du Maghreb donne une bonne idée de l’avant-garde du monde arabe, particulièrement tunisien et marocain. Le bouillonnement culturel au Maroc est représenté par le peintre Hakim Ghazali – dont les œuvres ont intégré le British Museum à Londres -, Mohamed Mourabiti, qui a ouvert une galerie au pied du Haut-Atlas, à Tahanaout, ou encore les photographes Leïla Alaoui, Lalla Essaydi et Fouad Maazouz, des artistes dont les œuvres circulent entre l’Afrique du Nord, l’Europe et les États-Unis - "Femmes du Maroc 1", de Lalla Essaydi, a été envoyée in extremis depuis Boston.

Ce sont finalement les artistes syriens qui retiennent le plus l’attention. Pour la force d’abstraction des photographies de Jaber el-Azmeh, exilé au Qatar et auteur d’une série de photographies en rouge et noir intitulées "Blessures". Pour la dynamique de la peinture-composition sur keffieh rouge de Bahram Hajou. Ou encore pour l’œuvre de Yasser Safi, qui grave dans des regards tout l’enfermement et l’espoir du pays. Yasser Safi vit toujours en Syrie, dans la partie du pays sous contrôle du régime syrien. Avant d’arriver à Paris, sa gravure sur papier a dû transiter par plusieurs villes du Golfe, de main en main et dans le secret. Les organisateurs de la vente n’ont même pas osé envoyer à Yasser Safi un catalogue de l’exposition. De peur que son courrier soit lu, et que cela lui cause du tort...

L’argent de la vente aux enchères de ces œuvres sera reversé à 60 % à trois associations syriennes, spécialisées notamment dans le secours médical comme Najda Now, qui soutiennent la rébellion, et à 40 % aux actions en Syrie de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).


Sinda Belhassen, Addiction, 2011

jeudi 10 janvier 2013

Les sous-traitants de la torture face aux ex-détenus d’Abou Ghraib

Les soldats américains ayant participé aux tortures de la prison d’Abou Ghraib ont déjà été condamnés. Mais une autre chaîne de responsabilité commence à émerger : celle des « contractors », les sociétés privées qui sous-traitent la guerre américaine en Irak.




Les avocats des anciens détenus d’Abou Ghraib et d’autres prisons irakiennes accusent ces compagnies d’avoir joué un rôle dans les violences physiques, psychologiques et sexuelles dont leurs clients ont été victimes.

En contact permanent avec les soldats pour différentes tâches, les employés des sociétés militaires privées auraient « fermé les yeux volontairement » et gardé le silence sur des crimes, selon les plaintes déposées.

L’un de ces « contractors », Engility Holdings Inc., basé en Virginie, vient de verser 5,28 millions de dollars à 71 ex-prisonniers irakiens dans le cadre d’un accord ; l’une de ses filiales, appelée L-3 Services Inc., était visée par une plainte depuis 2008. Ce prestataire de services a fourni des traducteurs à l’armée américaine en Irak, plus de 6 000 en 2006, pour un contrat de 450 millions de dollars par an.

Deux sociétés privées poursuivies 

C’est la première fois que des anciens détenus touchent une indemnisation de la part d’une compagnie militaire privée. Peut-être pas la dernière cependant : une deuxième entreprise, CACI, devrait être jugée cet été pour les mêmes faits. Elle a fourni des interrogateurs à l’armée américaine.

L’un des avocats des ex-détenus, Baher Azmy, s’est réjoui de cette première avancée :
« Les sociétés militaires privées ont joué un rôle important, mais sous-estimé, dans les pires tortures commises à Abu Ghraib.
Nous sommes satisfaits que cet accord mette l’un d’entre eux face à ses responsabilités et permette que justice soit faite pour les victimes. »
Pour autant, le jugement concerne ici l’entreprise dans son ensemble, et pas ses employés individuellement. Aucun d’entre eux n’a été poursuivi au pénal. Quant à Engility Holdings Inc., elle continue à recevoir des commandes de l’Etat américain.

Qui est responsable ? 

La spécificité anglo-saxonne des « contractors » prend une importance particulière dans ce genre de procès : en dehors des militaires, d’autres acteurs sont présents sur les théâtres de conflit.

Pour compliquer encore un peu la question, les tribunaux hésitent quant au statut à accorder à ces entreprises, qui travaillent main dans la main avec les soldats.
Le gouvernement américain, en tant qu’entité, est à l’abri des poursuites sur des faits commis en zone de combat. Les compagnies privées réclament la même immunité, même si leurs employés, individuellement, pourraient être poursuivis pour des faits précis.
L-3 Services Inc. a ainsi fait valoir qu’un procès irait contre la jurisprudence :
« Aucun tribunal américain n’a jamais autorisé des étrangers – détenus dans une zone de combat, d’opération militaire ou d’occupation – à demander des dommages et intérêts. »

Source : http://www.rue89.com/2013/01/09/les-sous-traitants-de-la-torture-face-aux-ex-detenus-dabou-ghraib-238431

mardi 4 décembre 2012

DESIGN – Une sphère en bambou qui roule au vent contre les mines d’Afghanistan


Mine Kafon | Callum Cooper from Focus Forward Films on Vimeo.

"Dans sa conférence TED, notre designer humoriste français Philippe Stark expliquait qu’à notre époque, être designer c’est être totalement inutile. Ce à quoi je répondrais qu’à notre époque et à l’avenir, être designer c’est choisir de se rendre utile et pourquoi pas indispensable", estime, en préambule, le designer Geoffrey Dorne sur Owni. C'est en effet un projet utile, qui pourrait même se révéler salvateur, qu'il présente dans un article intitulé "Un bouquet de bambous pour sauver des vies".


"Mine Kafon" a été conçu par Massoud Hassani, jeune designer qui a quitté l'Afghanistan quand il avait 14 ans. Il s'agit de tiges de bambous disposées en rayon autour d'un noyau, et qui forment une boule de taille humaine, qui roule au gré du vent. L'idée étant qu'elle roule, de préférence, dans les champs de mines anti-personnelles. La sphère, si elle est assez lourde pour faire exploser la mine, n'explose pas elle-même, tout juste perd-elle une patte ou deux, et peut ainsi continuer son itinérance jusqu'à la prochaine bombe. De plus, elle diffuse en permanence sa localisation, "traçant alors des chemins “libres” sans mine qu’il est possible de conserver", rapporte Owni.

Pour concevoir cet objet, Massoud Hassani explique qu'il s'est inspiré des jeux de son enfance, dans le désert venteux d'Afghanistan, près de Kaboul. Avec ses compagnons, il bricolait alors des objets qui roulaient, eux-aussi poussés par le vent, pour faire des courses. Un jour, "nos jouets ont roulé trop vite et trop loin et ont atterri dans des zones où nous ne pouvions pas aller les chercher en raison des mines. Je me souviens encore de ces jouets que j’avais fait et que je regardais aller au-delà de la zone où nous pouvions aller", explique-t-il. Selon Owni, une de ces boules démineuses a été acquise par le MoMA, et sera présentée en mars prochain.

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/12/03/design-une-sphere-en-bambou-qui-roule-au-vent-contre-les-mines-dafghanistan/

lundi 26 novembre 2012

SURVEILLEES – Les maris des Saoudiennes alertés par SMS quand elles quittent le territoire

Jusqu'ici, elles devaient présenter une "feuille jaune" signée de leur "gardien mâle" pour pouvoir voyager. Désormais, un SMS est envoyé au père, époux, frère ou tuteur des Saoudiennes dès que celles-ci quittent le territoire, même accompagnées.


L'information relayée sur Twitter par Mana Al-Chérif, militante saoudienne qui s'est notamment engagée pour que les femmes aient le droit de conduire, lui a été signalée par un couple d'amis sur le point de partir en voyage, raconte le quotidien algérien El Watan. L'homme avait reçu un message des services de l'émigration lui indiquant que sa femme avait "quitté l'aéroport international de Riyad".

Cet épisode a très vite suscité de nombreuses réactions sur Twitter : "les femmes saoudiennes tracées comme du bétail", "les Saoudiennes tracées électroniquement… je vais vomir", ou encore "C'est comme tenir un chien en laisse", pouvaient-on lire ce week-end.

Dans le quotidien Al-Hayat, la journaliste-militante Badriya Al-Bishr a également déploré l'utilisation du "progrès" technologique pour faire subsister des règles "archaïques".
Mais comme se le demandait The Guardian en 2010 déjà : "Vous voulez savoir si votre femme, sœur ou fille a quitté le pays ? En Arabaie saoudite, il y a une appli pour ça." Ce système de cyber-surveillance existe donc bien depuis deux ans mais jusqu'ici, il fallait que le mari demande à en bénéficier.

Selon le blogueur saoudien Ahmed Al-Omran, les alertes se sont imposées à tous en avril 2012, paradoxalement depuis que la législation sur la circulation des Saoudiennes a été allégée. En effet, depuis le mois d'avril, les représentants légaux peuvent choisir de lier un "permis de voyager électronique" au passeport de leur femme, qui n'aura ainsi plus besoin de présenter la fameuse "feuille jaune" à chacun de ses déplacements.

Seulement voilà, pour adhérer au programme, les maris doivent communiquer leur numéro de téléphone portable aux autorités, qui pourront lui envoyer des SMS relatifs aux démarches administratives des personnes à sa charge...

S'ils ne souhaitent pas êtres prévenus des faits et gestes de leurs femmes, les hommes peuvent toujours choisir de revenir à l'ancienne méthode, celle de la "feuille jaune".
"A quand la puce GPS intégrée au voile ?", se demande Algérie focus.

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/11/26/surveillees-les-maris-des-saoudiennes-alertes-par-sms-quand-elles-quittent-le-territoire/

samedi 3 novembre 2012

Gaza : vivre et laisser maigrir

En octobre dernier, le ministre de la défense israélien s’est résolu à déclassifier sur injonction judiciaire des documents datant de janvier 2008. Ces archives concernent la mise en œuvre de l’embargo décidé contre Gaza en 2007, après la prise de contrôle du territoire par le Hamas. Dans ce cadre, seuls certains produits de première nécessité et l’aide humanitaire étaient autorisés à entrer dans la bande de Gaza. Intitulés “Consommation alimentaire dans la Bande de Gaza – Lignes rouges”, ces documents ont été obtenus grâce à l’acharnement judiciaire de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Gisha. Reflétant les discussions entre les services de sécurité israéliens et le ministère de la Santé, ils révèlent les exercices auxquels se sont livrées les autorités pour calculer le plus précisément possible le volume d’aide à laisser passer afin que la population gazouie ne soit pas victime de malnutrition.

Valerie Babize
L’unité du ministère israélien de la Défense chargée de la coordination des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (Cogat) explique que les recommandations contenues dans ces documents n’ont jamais été mises en œuvre.

Cependant, il apparaît que les autorités israéliennes ont développé des calculs savants afin de garantir à la population gazouie le minimum nécessaire, ni plus, ni moins, « dans l’intention d’éviter une crise humanitaire ». En l’occurrence, le document tente de déterminer comment fournir 2279 calories par jour en moyenne à chaque habitant de Gaza  – des chiffres conformes aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le porte-parole du ministère de la défense le Major Guy Inbar l’explique ainsi : « Une formule mathématique a été mise en place pour identifier les besoins alimentaires et empêcher une crise humanitaire à Gaza ». Entre autres considérations, le document établit la quantité de viande, de farine nécessaire à chacun ; un nombre total de camions y est défini, duquel est soustrait l’équivalent, en nombre de camions, des biens agricoles produits sur place. Rappelons ici que les recommandations sur le seuil de calories nécessaires à un individu porte sur un minimum fixé par l’OMS pour une « vie saine » et n’ont donc jamais été envisagées comme un moyen de limiter la mise à disposition de biens alimentaires.


Ce n’est pas la première fois que le gouvernement israélien fait état de sa gestion humanitaire du conflit qui l’oppose au Hamas. Dès 2006, Gideon Levy, un journaliste du quotidien israélien Haaretz spécialiste des questions relatives à l’occupation, rapportait une réunion de l’équipe ministérielle chargée de réfléchir aux conséquences de la victoire électorale du Hamas à Gaza et à l’occasion de laquelle la possibilité de mettre en place des mesures de blocus économiques avait été discutée. « C’est comme un rendez-vous chez le diététicien. Les Palestiniens vont maigrir comme il faut mais ils ne mourront pas », illustrait Dov Weissglas, un conseiller du Premier ministre Ehud Olmert. Si l’on en croit Gideon Levy, sa remarque fut accueillie par les rires de l’assemblée. 


Quelques années plus tard, le 1er janvier 2009, en réponse à la proposition française d’une « trêve de quarante-huit heures pour motifs humanitaires » lors de l’opération « Plomb durci », Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, expliquait, alors que le bilan faisait déjà état de plus de 400 morts du côté palestinien, que « les camions d’aide passent les points de contrôle » et par conséquent qu’« il n’y a pas de crise humanitaire à Gaza et […] pas besoin de trêve ».  


A la suite des restrictions posées à l’entrée de matériaux de construction et de biens de consommation, la situation économique à l’intérieur de Gaza se détériora significativement : d’après Gisha, entre le deuxième trimestre de 2007 et le deuxième trimestre de 2008, le taux de chômage s’accrut de 73%, la population gazouie bénéficiant de l’aide humanitaire passant pour sa part de 63% en 2006 à 80% en 2007. Gisha note également que d’après ses calculs, le nombre des camions ayant effectivement passé les points de contrôle de la bande de Gaza était au tiers inférieur aux calculs des documents « Lignes rouges ». Pourtant, il semble bien que le versant humanitaire de la politique israélienne à Gaza ait eu pour objectif de limiter les dégâts humains, sans doute afin de ne pas s’exposer aux critiques qui ne manqueraient de tomber sur le gouvernement en cas de surmortalité massive ou de détérioration significative de la situation nutritionnelle de la population.


Après l’épisode de « la flottille de Gaza », le gouvernement israélien fut amené à assouplir les restrictions alimentaires. Pourtant, bien que révélant des pratiques politiques révolues, les documents « Lignes rouges » interrogent sur le rôle joué par l’aide humanitaire à Gaza. En effet, dans ces conditions et du point de vue d’une organisation humanitaire, comment échapper au rôle d’auxiliaire de santé de la puissance occupante ? Dans un document intitulé « Chroniques palestiniennes », cette question était explicitement prise en compte dès 2002 par le président de la section française de MSF: « L’aide humanitaire internationale, qui ne jouait jusqu’à présent qu’un rôle périphérique dans ce conflit, risque de se voir attribuer un rôle d’auxiliaire de gardien de prison au cœur d’un impitoyable système de domination et de ségrégation.» 


Ces considérations sont également au cœur du questionnement d’intellectuels de gauche israéliens selon lesquels l’aide humanitaire « suspend la catastrophe » et dégage Israël de son devoir de trouver une issue au conflit. Pour Adi Ophir et Arielle Azoulay intervenant dans un colloque en 2004, « l’intervention [des organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme] est une extension du dispositif du pouvoir, une de ses branches, celle qui est responsable de la “suspension de la catastrophe” et de la création des conditions d’un “désastre chronique”». A l’appui de leur analyse, ils citent un entretien avec deux colonels du COGAT. Répondant à la question de savoir qu’elle serait la conséquence d’un départ des organisations humanitaires de Palestine, les officiers répondent « ensemble, simultanément et de manière répétée, marquant chaque mot comme s’ils chantaient un vers dans un chœur grec : ‘Il n’y aura pas de famine en Palestine, il n’y aura pas de famine en Palestine, Israël ne laissera pas faire ». 
 

Source : http://humanitaire.blogs.liberation.fr/msf/2012/10/gaza-vivre-et-laisser-maigrir.html#more

dimanche 14 octobre 2012

Des bombes à sous-munitions en Syrie

L'armée de l'air syrienne a récemment largué des bombes à sous-munitions près de Maaret al-Noomane, où l'armée est aux prises avec des rebelles tentant de lui couper la route vers Alep (nord), a affirmé aujourd'hui l'ONG Human Rights Watch (HRW).


"Le mépris de la Syrie pour sa population civile transparaît clairement dans sa campagne aérienne, qui inclut maintenant le largage de bombes à sous-munitions mortelles dans des zones habitées", a déclaré Steve Goose, en charge de l'armement au sein de HRW, cité dans un communiqué de l'organisation. "Les armes à sous-munitions ont été bannies par la plupart des pays et la Syrie devrait cesser immédiatement d'utiliser ces armes aveugles qui continuent à tuer et à mutiler", a-t-il ajouté.

Inquiétude


HRW se dit en outre "très inquiète" après avoir consulté des vidéo montrant des hommes et des enfants manipulant des sous-munitions non explosées "au risque de leur vie", rappelant que ces sous-munitions sont armées et peuvent exploser au moindre contact ou mouvement. Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme basée à New York, ces armes ont été utilisées dans les provinces d'Idleb (nord-ouest), Alep, Homs (centre) de Lattaquié (sur la côte) et Damas.


Le 9 octobre, un hélicoptère "a largué une bombe qui, pendant sa chute, s'est ouverte en deux et a libéré de plus petites bombes", a ainsi témoigné un habitant de Taftanaz, dans la province d'Idleb, cité par HRW. "J'ai entendu une (première) explosion. Et une fois les sous-munitions libérées, plusieurs explosions" ont suivi, a-t-il ajouté.


La Syrie n'a pas ratifié la Convention sur les armes à sous-munitions, adoptée par 107 Etat en 2008, qui interdit la production, le stockage, le transfert et l'utilisation de cette catégorie d'armes et prévoit la destruction des stocks existants.


Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/14/97001-20121014FILWWW00070-syriedes-bombes-a-sous-munitionshrw.php 

vendredi 5 octobre 2012

Italie: un bateau chargé d'aides humanitaires quitte samedi Naples pour Gaza

Un bateau chargé d'aides humanitaires quittera, samedi, Naples (sud de l'Italie) à destination de Gaza dans une tentative de briser le blocus imposé depuis 2006 par Israël au territoire palestinien, apprend-on vendredi de source médiatique. 


Partie début août de Suède, l'"Estelle", une embarcation de 53 mètres, était arrivée jeudi dernier à Naples après un périple qui l'avait conduite en Finlande, en France et en Espagne. 
 

Cette mission humanitaire, à laquelle participent des activistes pro-palestiniens venant notamment du Canada, d'Israël, de Norvège, de Suède et des Etats-Unis, se déroule dans le cadre de la "flottille de la Liberté", une initiative promue par l'organisation suédoise "Un Bateau pour Gaza". 
 

L'"Estelle" devrait mettre près de deux semaines pour arriver à Gaza. Les observateurs sont cependant sceptiques quant aux chances du bateau de pouvoir y accoster, Israël ayant, par le passé, empêché à deux reprises la flottille de s'approcher du territoire.

Source : http://www.atlasinfo.fr/Italie-un-bateau-charge-d-aides-humanitaires-quitte-samedi-Naples-pour-Gaza_a34326.html

jeudi 20 septembre 2012

En Syrie, l’impartialité dans l’impasse

Au cours de la visite du nouveau chef du CICR à Damas, le président syrien a manifesté officiellement son soutien aux opérations humanitaires de cette organisation « tant qu’elles resteraient indépendantes et impartiales ». 

Le lendemain de cette déclaration, le ministre d’Etat chargé des Affaires de la réconciliation nationale recevait à son tour le dirigeant du CICR, et insistait sur la nécessité d’agir en lien avec les institutions gouvernementales, dans le but de porter secours à ceux qui – aux yeux du régime en place – méritent assistance, et non de permettre aux acteurs humanitaires d’agir en fonction de leur propre évaluation des besoins des populations.

MSF - Juillet 2012
Depuis plus d’un an, les autorités officielles refusent aux équipes de Médecins sans frontières l’entrée en territoire syrien. Tandis que le nombre de blessés en attente de traitement ne cessait d’augmenter, MSF a décidé en juin dernier de ne plus tenir compte de cette interdiction et a créé un hôpital chirurgical dans une enclave échappant au contrôle de l’armée loyaliste. Grâce au concours et au soutien de l’UOSSM – un réseau de médecins syriens [1] –, les équipes nationales et internationales de MSF y ont à ce jour pratiqué plus de 200 interventions chirurgicales. Les explosions, éclats d’obus et tirs par balles sont les principales causes des blessures qui touchent essentiellement des hommes jeunes, mais aussi des femmes et des enfants. 


Devant l'intensité et l'extension du conflit, MSF travaille par ailleurs à amplifier son action. Une équipe accompagnée d’un membre de l’UOSSM s’est ainsi rendue dans les quartiers est et dans la conurbation d’Alep défaite des forces gouvernementales, afin d’évaluer la situation sanitaire comme les possibilités d’actions médicales et chirurgicales. Si les victimes civiles peuvent a priori recevoir des soins dans les établissements publics épargnés par la guerre, les blessés suspectés d’avoir participé aux combats sont traqués. Ils n’ont d’autre choix que de s’adresser aux structures privées ou clandestines. Comme eux, les personnels soignants disposés à leur venir en aide risquent la mort et travaillent sous la menace constante des forces gouvernementales. Toute collaboration avec un membre d’une organisation internationale comme MSF augmente – de fait – le danger auquel les médecins et leur réseau sont déjà exposés. 


Dans les quartiers du sud et de l’est de la ville, des hôpitaux ont par ailleurs été endommagés, tandis que les réseaux téléphoniques et les autres moyens de communication sont déficients. Confrontés à un grand nombre de blessés, les professionnels de santé rencontrés dans les établissements privés témoignent tous d’un besoin urgent de médecins et de soignants. La durée comme l’intensité des combats font aussi redouter une pénurie de médicaments et de matériel médical. Dans certains lieux, les commandes de sang et de produits médicaux ne sont que partiellement honorées. 


Plus au nord de la province d’Alep, les médecins rencontrés dans un hôpital de campagne racontent avoir reçu chaque jour entre 40 et 50 blessés au cours des deux semaines précédant la visite de l’équipe. L’établissement fonctionne grâce aux équipements en provenance d’un hôpital public endommagé et fermé à la suite de bombardements. Si les soins aux blessés demeurent la priorité, les désordres consécutifs à la violence favorisent l’émergence de problèmes de santé de toute nature. Une épidémie de diarrhée a par exemple fait son apparition dans le village où travaille MSF, et des professionnels de santé exerçant dans différentes localités évoquent un manque de lait maternisé. 


Tandis que le pilonnage des quartiers d’Alep et des villages de la province tenus par l’opposition redouble d’intensité, les acteurs de santé locaux au bord de l’épuisement sont dépassés par l’afflux de blessés. Malgré leur impressionnante mobilisation, l’intensité des violences contre les civils, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays et la désorganisation de l'économie et des services font désormais courir le risque d’une catastrophe sanitaire de plus grande ampleur.


La protection de la population civile pendant la conduite des hostilités, l’amélioration de l’accès aux soins et aux biens de première nécessité ainsi que les visites aux détenus constituaient les principales demandes du président du CICR en visite à Damas. Dans un récent communiqué de presse, l'organisation fait savoir que « Le président al-Assad est convenu qu’il est nécessaire d’accroître d’urgence l'aide humanitaire en facilitant l’entrée de secours qui nous permettraient d’intensifier notre action et de faire face de manière adéquate aux besoins sans cesse croissants. » « Les engagements positifs que j'ai reçus lors de mes rencontres devront bien sûr être suivis et évalués dans les semaines à venir » précise son président. En attendant la concrétisation de ces engagements, le CICR assure, notamment par l’intermédiaire du Croissant rouge syrien et en lien avec les autorités, des distributions de vivres et de secours à des centaines de milliers de personnes. 


Revendiqués par les humanitaires dans une logique pratique, les principes d’indépendance et d’impartialité ne sont pas des mécanismes à actionner mais des positions à conquérir et des intentions à cultiver en permanence, du côté des partisans comme du côté des opposants au régime. Aujourd’hui en Syrie, les mêmes qui exigent le respect de ces principes de la part des humanitaires persécutent les médecins et s’opposent à l’impartialité des secours et des soins prodigués par tous ceux qui considèrent un combattant blessé comme un non-combattant. Aujourd’hui en Syrie, c’est au refus des autorités officielles que se heurte la volonté d’une organisation comme MSF de soigner les blessés en faisant abstraction de toute considération politique. Aujourd'hui en Syrie, MSF ne soigne pas des blessés pour contester le régime, mais n'a pas d'autre choix que de désobéir au régime pour soigner des blessés.

Source : http://humanitaire.blogs.liberation.fr/msf/2012/09/en-syrie-limpartialit%C3%A9-dans-limpasse.html