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mercredi 30 janvier 2013

Document : la feuille de route vers la « sobriété heureuse »

Agriculture, énergie, économie, éducation, démocratie : les amis de Pierre Rabhi publient leur feuille de route alternative de « grandes directions à 50 ans ».

Les amis de Pierre Rabhi, l’agriculteur-philosophe promoteur de la sobriété heureuse, ont un « plan ». Ce mouvement, représenté par l’association les Colibris, présente ce mercredi soir à Paris sa « (r)évolution ».

Cette « feuille de route citoyenne, politique, alternative, coopérative, à destination de tous » n’est pas un programme politique, mais une série de « grandes directions à 50 ans » pour que la politique soit guidée par les préoccupations de long terme de la société civile.
Dans les cinq domaines clés que sont l’économie, l’agriculture, l’énergie, l’éducation et la démocratie, des « objectifs » et des « leviers d’action » pour les atteindre (et qu’il s’agit de promouvoir auprès des élus ou des entrepreneurs) sont proposés. Les maîtres-mots de la feuille de route : décentralisation et sobriété.


Voir le document
 « Incarner les utopies »

A force d’expliquer, depuis trente ans, que nos sociétés industrialisées marchent sur la tête, le petit paysan ardéchois originaire du Sahara a vu le nombre de ses soutiens grandir, s’organiser... au point de s’être engagé en 2002 dans un début de campagne pour l’élection présidentielle. Plus habitué aux livres et aux conférences, il avait lancé alors un appel à une « insurrection des consciences ». Avant de se raviser.

Comme il nous l’a confié dans l’e-book d’entretiens que nous avons publié en juillet 2012, il a rapidement réalisé que : « La politique n’est pas en phase avec la réalité. » Celui qui revendique « d’incarner les utopies » prévient aujourd’hui les politiques au pouvoir qu’« ils devraient être plus sensibles aux initiatives porteuses d’avenir issues de la société civile » 
Le récent sondage Ipsos France 2013 tombe à pic, remarque Cyril Dion, directeur des Colibris :
  • 72% des Français auraient « l’impression que le système politique fonctionne plutôt mal, et que leurs idées sont mal représentées » ;
  • 82% que les hommes et femmes politiques « agissent principalement pour leurs intérêts personnels ».
Des chiffres qui concordent avec l’étude Ifop réalisée pour les Colibris lors du lancement de la campagne « Tous candidats ».

La parabole du colibri
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Juste avant la dernière élection présidentielle, il avait réuni 27 000 « candidats », autant de personnes prêtes à « faire leur part » (comme le dit la parabole du colibri, lire l’encadré ci-contre) dans le changement de société. Puis, ils se sont mis au travail, dans 27 forums locaux, et les plus motivés ont rendu en juillet dernier une matière, soumise à des experts.
Le résultat est ce « plan », dont la version que nous publions est 1.0 et qui sera décliné en un wiki, acutalisé en permanence sur Internet.

« Ceux qui ressentent le message comme étant pertinent vont le propager », prédit Pierre Rabhi, prêt à « répondre aux sollicitations », mais sans avoir le moindre rendez-vous à Matignon ou l’Elysée.

Un « cerveau collectif » où chacun met sa part de génie

Ce grand travail de maïeutique a nécessité de remonter à la « cause des causes » : la démocratie. L’expert choisi pour porter la parole sur ce volet n’est autre qu’Etienne Chouard, héraut du « non » au référendum européen de 2005, et qui réfléchit depuis des années à importer les bienfaits de la démocratie athénienne dans notre monde contemporain. Il propose une vraie révolution :
« Faire réécrire notre constitution par une assemblée constituante populaire, tirée au sort et dont les membres seront inéligibles aux mandats qu’ils définiront. »
Idée qu’il développe déjà sur son blog Le Planc C, et qu’il décline de conférence en wiki-échanges sur Internet. Il s’explique :
« Contrairement à Mélenchon, qui veut une constituante élue, moi je pense que si on veut une constitution, il faut qu’on l’écrive nous-mêmes. Si les élus l’écrivent pour eux, il y a un conflit d’intérêt, alors que si on met n’importe qui, un plombier par exemple, il sera naturellement conforme à l’intérêt général ».
Très excité par l’exercice de « cerveau collectif où chacun met sa part de génie », le prof cherche à décrypter les abus de pouvoir et voit dans la monnaie privée une vraie source d’oppression.
Justement, les Colibris proposent de « rendre la souveraineté monétaire », par le développement des monnaies locales. Des initiatives comme le Sol-Violette à Toulouse rencontrent déjà un succès croissant même si, selon Etienne Chouard, elles sont surtout « à vocation pédagogique ».

Construire, à côté du capitalisme, une économie alternative

Au lancement de la (r)évolution se trouveront aussi quelques élus rock’n’roll, comme le sénateur EELV du Morbihan Joël Labbé. Lui voit dans les Colibris des « semeurs d’idées nouvelles » sur lesquels il s’appuie pour faire des propositions parlementaires :
« Une initiative qui arrive au bon moment, alors que la société civile est mûre pour se mobiliser, mais qu’il y a toujours ce fossé entre élus et citoyens. »
Quand le plan à 50 ans des Colibris est l’« autonomie alimentaire pour tous », le sénateur va plus loin en rédigeant une « proposition de loi interdisant les pesticides par les collectivités locales sur les espaces publics ». Il assure que c’est possible puisque des communes l’ont déjà fait.
Cette démonstration par l’exemple, cet essaimage d’initiatives individuelles est au cœur de la stratégie des Colibris, rappelle son directeur Cyril Dion :
« Ceux qui ont voulu transformer le capitalisme de l’intérieur ont bien vu que ça ne marche pas. Body Shop [la boîte de cosmetique écolo et éthique, ndlr] a été racheté par L’Oréal... Il vaut mieux construire à côté une économie alternative, tout en laissant l’ancienne s’écrouler d’elle-même. »
Devenir des acteurs de changement

Raphaël Souchier, auteur de « L’après-Wall Street sera local, Citoyens, entreprises et collectivités réinventent l’économie », à paraître prochainement, présentera les bienfaits de la relocalisation de l’économie. Il exposera le succès du réseau américain BALLE (Business Alliance For Local Living Economies) :
« Organic Valley regroupe 1 766 familles paysannes, réalise un chiffre d’affaires de 700 millions de dollars, et leur objectif central est de préserver un art de vivre local. Iils ne sont pas devenus des exploitants exploités par leur propre organisation. »
En France, la responsabilité de l’intérêt général est au contraire trop souvent dévolue à la collectivité ou aux associations. Là, explique-t-il, « il s’agit de faire passer la notion de responsabilité personnelle et collective dans nos pratiques habituelles, de devenir des agents de changement ».
Et comme le dit Pierre Rabhi, la question n’est plus seulement « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » mais « quels enfants laisserons-nous à la planète ? ».

Source : http://www.rue89.com/rue89-planete/2013/01/30/document-la-feuille-de-route-vers-la-sobriete-heureuse-239140

lundi 28 janvier 2013

CONFÉRENCE - 30 JANVIER 2013 : Conférence de lancement de la (R)évolution des Colibris !

Le mouvement Colibris est une plate-forme de rencontre et d’échange qui s’adresse à tous ceux qui veulent agir, cherchent des solutions concrètes ou développent des alternatives. Le mouvement a été initié en 2006 par Pierre Rabhi et quelques proches, sous la forme d’une association loi 1901. Colibris a l’ambition d’être un accélérateur de transition, en s’appuyant sur la capacité de chacun à changer et à incarner ce changement dans des expériences concrètes et collectives. Sa vocation est d’encourager l’émergence et l’incarnation de nouveaux modèles de société fondés sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme.



 
Nous vous donnons rendez-vous pour le lancement de la (R)évolution des Colibris, le 30 janvier 2013 à Paris !

La campagne débutera par une conférence publique à Paris en présence de sept personnalités (Pierre Rabhi, Raphaël Souchier, Jacques Caplat, Isabelle Peloux, Etienne Chouard, Thierry Salomon, Cyril Dion) qui nous présenteront le Plan des Colibris, des trajectoires de transition dans cinq grands domaines essentiels : économie, agriculture, éducation, démocratie, énergie. Ces recommandations d'actions seront ensuite disponibles sur le web pour que tous ensemble, nous reprenions le pouvoir de nos vies et sur nos territoires.

Intervenants
Jacques Caplat, ingénieur agronome, administrateur d'Agir pour l'environnement, auteur de L'agriculture biologique pour nourrir l'humanité (éditions Actes Sud, collection Domaine du Possible), nous démontrera comment une agriculture vivrière et localisée, s'appuyant sur le génie de la Nature et le savoir des paysans, serait en mesure de nourrir l'humanité et de répondre aux défis que le siècle nous réserve (raréfaction des ressources, croissance démographique, dérèglement du climat, effondrement de la biodiversité, pollutions, chômage, insécurité alimentaire...).


Étienne Chouard, enseignant, figure du "non" au Traité Constitutionnel Européen de 2005, nous exposera le fruit de ses recherches sur les modèles démocratiques. Il partagera ses réflexions sur ce qu'il appelle "la cause des causes" : la profonde crise démocratique que nous traversons et qui prive les citoyens de la capacité réelle d'orienter la politique de leur pays. Il nous proposera des pistes d'action comme l'adoption du tirage au sort ou la création d'une nouvelle assemblée constituante.




Cyril Dion, directeur de Colibris, directeur de la rédaction du magazine Kaizen, co-fondateur et co-animateur de la collection Domaine du Possible chez Actes Sud, introduira la conférence, présentera la campagne (R)évolution et le Plan des colibris.




 

Isabelle Peloux, enseignante, ancienne formatrice à l'IUFM, créatrice de l'École du Colibri aux Amanins, contributrice au livre (R)évolutions (éditions Actes Sud/Colibris, collection Domaine du Possible) nous présentera la démarche pédagogique qu'elle développe depuis plusieurs années, fondée sur l'apprentissage de la coopération, la reconnection à la Nature, la culture de la paix... Elle partagera avec nous sa vision de ce que pourraient être les écoles de demain.


 

Pierre Rabhi, agroécologiste, penseur, fondateur de Colibris, auteur de Vers la Sobriété heureuse (éditions Actes Sud) et de Éloge du Génie créateur de la Société civile (éditions Actes Sud/Colibris, collection Domaine du Possible) développera sa vision selon laquelle "il ne peut y avoir de changement de société sans changement humain". Il concluera la conférence en donnant une perspective plus large au Plan des colibris en l'inscrivant dans une vaste transformation sociétale appuyée sur une véritable "insurrection des consciences".

 


Thierry Salomon, ingénieur énergéticien, président de l'association NégaWatt, co-auteur du Manifeste NégaWatt et de Changeons d'énergies  (à paraître en février) (éditions Actes Sud/Colibris, collection Domaine du Possible) nous présentera les grandes lignes du scénario NégaWatt 2011-2050 proposant une transition énergétique pour la France. Il nous indiquera ce qui lui semble prioritaire dans les mises en œuvre institutionnelles, territoriales et citoyennes.



Raphaël Souchier, expert en économie locale, présentera la démarche des économies locales vivantes. S'appuyant sur les travaux du réseau BALLE (Business Alliance for Local Living Economies) il nous montrera pourquoi l'économie doit s'enraciner quelque part et l'impact incroyable de l'achat local sur l'emploi, la circulation des richesses, l'augmentation des revenus des collectivités et des associations.

 


Infos pratiques

La conférence aura lieu le 30 janvier à 19h30.
Espace Reuilly - 21 rue Hénard - Paris 12.
Métro : Montgallet (M8) ou Dugommier (M6)
Bus : Mairie du XIIème (29), Montgallet (46), ou Dausmesnil (62).

Participation libre.
Entrée dans la limite des places disponibles.

samedi 19 janvier 2013

Quelles avancées contre la faim en 2013 ?


faim,malnutrition,icrisat,idei,prakti design,innovation,cgiarIl y a un an je commençais le blog Innover contre la faim pour faire partager mon regard sur la question de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la malnutrition, et de manière plus large sur la problématique de développement dans les pays du Sud. Mes exemples sont tirés de mon expérience dans la gestion de programmes de développement rural/agricole en Asie (avec un intérêt tout particulier pour l’Inde et la Corée du Nord !) et en Afrique, mais aussi de projets variés de recherche agricole du CGIAR, et notamment de l’Institut International de Recherche sur les Cultures dans les Tropiques Semi-Arides (ICRISAT) avec qui je travaille, de plusieurs entreprises sociales innovantes avec qui je collabore / que je soutiens comme International Development Enterprises India et Prakti Design, et d’autres organisations et projets exemplaires que je connais, rencontre, et tous ceux que j’espère découvrir.

2012 a été riche en rencontres, réflexions entre les solutions agroécologiques et technologiques, projets de communication autour du thème de l’innovation contre la faim comme notre exposition photo homonyme au Forum Convergences 2015.

Cependant, deux ans avant la date limite pour atteindre les Objectifs du Millénaire, on ne peut pas dire que les problèmes de faim et malnutrition ont reculé en 2012. Plus d’un milliard de personnes sont en surpoids ou obèse, près d’un milliard de personnes vont au lit chaque nuit affamé, et au moins deux milliards de personnes souffrent de déficiences micronutritionnelles comme l’anémie, ou le manque de vitamine A [relisez la faim cachée pour plus d’information à ce sujet]. Le système alimentaire mondial est détraqué.

La faim et la malnutrition sont des problèmes complexes. Pour la majorité, c’est encore la population rurale et agricole qui est touchée (même si l’urbanisation rapide dans les pays en voie de développement est en train de changer en accéléré les équilibres et échanges ville-campagne). Challenges de la pauvreté, productivité de l’agriculture et notamment de la petite agriculture des pays du Sud, éducation et information, commerce des denrées et prix agricoles et alimentaires, sphère économique, dimensions sociales, changement climatique et dégradation environnementale, nous pouvons regarder cette question de la faim et malnutrition sous différentes angles.

Toujours est-il qu’un peuple affamé ou malnutri sort plus difficilement du sous-développement. Ce n’est pas qu’une posture de disserter sur les « 9 milliards de personnes à nourrir en 2050 » même si les conférences de ce nom se multiplient [voir par exemple la prochaine conférence Feeding the World de The Economist à Amsterdam le 30 janvier]. Que ce soit le G20, le Forum Economique Mondial et les gouvernements, les décideurs politiques savent que la question de la sécurité alimentaire va façonner le monde de demain pour le meilleur et pour le pire. La souveraineté alimentaire (être maître de son autosuffisance alimentaire) redevient une thématique actuelle.

Ma conviction : l’innovation qu’elle soit technique, sociale ou institutionnelle, dans le domaine agricole et des systèmes alimentaires est un champ encore largement peu défriché. Recherche agricole, ONGs, entrepreneurs sociaux, acteurs du secteur privé et public ont encore beaucoup à faire.

Innover Contre la Faim continuera à montrer que des innovations parfois simples peuvent avoir un grand impact sur le terrain auprès des familles paysannes les plus pauvres.

Il y a deux approches principales pour le développement agricole : l'agroécologie intensive [cliquez sur la photo du début d'article pour visionner un diaporama récent sur un projet de regénérescence des terres en Inde "Bhoo Chetana"] et une approche plus technologique (y compris les biotechnologies). Chacune a ses mérites et des limites. 

4 angles que j'explorerais particulièrement : les partenariats innovants, l’approche pluridisciplinaire, la problématique de l’adoption de l’innovation ainsi que le passage à grande échelle.
Pour 2013, j’espère pouvoir faire de cet espace de réflexion un lieu encore plus actif et d’échanges avec vous. Alors n’hésitez pas à m’envoyer des informations sur des projets innovants ou insolites permettant des avancées dans le combat contre la faim.

Source : http://innovercontrelafaim.blog.youphil.com/archive/2013/01/07/quelles-avancees-contre-la-faim-en-2013.html

mercredi 5 décembre 2012

Pascal Canfin: "Nous ne savons pas vraiment quel est l'impact de notre aide"

Six mois jour pour jour après sa nomination au gouvernement, le ministre délégué au Développement répond aux questions de Youphil.com.


Youphil.com: Cela fait tout juste six mois que vous êtes au gouvernement. Beaucoup vous perçoivent encore sous votre casquette d’écologiste…
Pascal Canfin: Casquette que je n’ai pas quittée d’ailleurs…

...les gens connaissent peut-être moins votre travail au ministère. Depuis mai 2012, avez-vous pu prendre vos marques?

J’ai fait plus que prendre mes marques. On a engagé le changement. D’abord, il y a le changement de nom du ministère. Symbolique, certes, mais important. Il met fin au ministère de la Coopération avec toute l’histoire qui était associée à ce ministère. C’est un changement irréversible et je suis heureux d’être le premier ministre du Développement français.

Au-delà du nom, nous changeons les politiques de développement, en intégrant notamment la question de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et la question du développement durable.

Sur la RSE par exemple, on a validé au conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD) d’octobre, le principe selon lequel dorénavant, l’ensemble des appels d’offres de l’AFD aura des clauses sociales et environnementales. Nous sommes en train de le mettre en place concrètement.

Deuxièmement changement: l’AFD, qui, en tant que banque, a un avis financier sur les projets, sur leur risque et leur rentabilité, aura aussi un avis “développement durable” extra financier sur l’ensemble des projets. C’est-à-dire, un avis indépendant de l’avis financier et du service qui instruit le dossier, puisque ce dernier pense spontanément que le dossier est bien puisqu’il l’instruit. L'agence est en train de définir précisément les critères.

Par ailleurs, nous avons modifié les priorités de l’AFD concernant l’énergie. Dans les trois prochaines années, entre cinq et six milliards d’investissement, donc de prêts, par l’AFD vont se faire dans ce secteur. Nous avons adopté comme priorité numéro une, les énergies renouvelables, et comme seconde priorité, l’efficacité énergétique.

La France va donc devenir un acteur dans l’accompagnement vers la transition énergétique et écologique dans les pays du Sud. C’est une orientation politique nouvelle.

Votre actualité du moment, ce sont les Assises du développement et de la solidarité internationale, pour lesquelles vous avez décidé de mettre autour de la table des acteurs de secteurs très différents jusqu’à mars 2013. Qu’en attendez-vous, et quels sont les premiers résultats?

Les Assises étaient un engagement de François Hollande. Cela faisait quinze ans qu’il n’y avait pas eu de grand débat sur notre politique de développement et de politique internationale.
Cela implique de modifier nos analyses et de modifier nos politiques. Il faut le faire de manière concertée. Ensuite, ce sera à nous, responsables politiques, de faire des choix. Ce sera au président de la République qui conclura les Assises début mars, de prendre un certain nombre d’engagements. Mais ils seront adossés à cette concertation.

J’insiste aussi sur la présence de partenaires venant du Sud, car il ne s’agit évidemment pas d’un exercice franco-français, mais d’un exercice partenarial avec les personnes qui représentent la société civile dans les pays où nous intervenons.

Je suis frappé de voir qu’aujourd’hui, la France n’est pas capable de dire combien de vaccins elle contribue à distribuer, combien d’enfants elle scolarise ou combien de malades du sida elle traite… Nous n’avons pas ces chiffres.

Nous ne savons donc pas vraiment quel est l’impact de notre aide. Or, si l'on veut continuer à renforcer sa légitimité vis-à-vis des Français, et vis-à-vis des citoyens du Sud, il faut que cela soit transparent.

Cela fait partie des choses que j’attends des Assises: un, remettre en débat cette politique; deux, progresser sur la transparence et l’analyse qualitative de l’impact; trois, rediscuter les formes de coopération entre les ONG et l’Etat. Il y avait le Haut conseil à la coopération internationale (HCCI) à l’époque, qui ne fonctionne plus.

Le but est–il de réhabiliter un organisme similaire?

C’est ce qui ressortira peut-être des Assises. Aujourd’hui, je n’ai pas de religion sur cette question. Je ne veux pas le dire à l’avance. Ce que je veux, c’est qu’il y ait quelque chose, un système de concertation qui soit davantage formalisé qu’aujourd’hui.

J’ai mis en place des réunions thématiques avec les ONG. Il y a eu la lutte contre le sida, le Sahel, le climat, l’agriculture… Il y en aura une sur le genre en novembre. Mais ce n’est pas suffisant, il faut évidemment formaliser davantage cette concertation, sans tomber, et j’insiste, sur une forme d’usine à gaz qui ne fonctionne pas.

Il faut donc comprendre pourquoi le HCCI n’a pas bien fonctionné. C’est l’un des débouchés potentiels des Assises de savoir comment on se lance dans cette formalisation simple et efficace des relations entre les ONG et l’Etat.

Cette volonté d’inclure des acteurs différents comme le secteur privé, est-ce pour montrer que vous êtes le ministre du Développement et pas seulement de l’aide au développement?

Oui… une grande partie des enjeux de développement dépasse l’aide au développement. La transparence des investissements des entreprises est un sujet déterminant pour créer les conditions du développement dans les pays où sont exploitées les ressources minières sans que les impôts que devrait percevoir légitimement l’Etat ne soit réellement perçus; via un système d’optimisation fiscale qui passe par des territoires quelque fois exotiques, parfois moins.

Cette transparence là est fondamentale, et cela coûte “zéro” au budget de l’Etat. Par conséquent, cela ne figure pas dans l’aide publique au développement. Pourtant, c’est fondamental en terme de développement.


C’est pour cela aussi qu’il y a des débats dans les Assises sur la cohérence entre les politiques de développement et les politiques financières. Par ailleurs, nous mettons également l’accent sur l’innovation.

C’est-à-dire?

L’APD, ce n’est pas simplement des infrastructures, ce n’est pas simplement des aéroports, des routes, des ports en eaux profondes… c’est aussi développer des innovations financières, des innovations technologiques au service du développement.

Par exemple, la micro-assurance. L’un des principaux problèmes des petits paysans en Afrique, c’est la vulnérabilité aux chocs. Si la récolte est un peu moins bonne que prévue, ils n’ont aucun recours financier. Ils subissent le choc frontalement.

Créer des dispositifs de micro-assurance qui permettent de prendre le relais pour leur donner quelques dizaines d’euros qui leur permettent d’amortir le choc et de trouver sur les marchés locaux ce qu’ils n’ont plus en auto-consommation, c’est fondamental.


Pascal Canfin, le 15 novembre 2012, dans son bureau. Crédit: Elodie Vialle

J’ai proposé à des opérateurs comme la Macif d’avancer sur ce chantier. C’est un exemple d’innovation qui peut sortir des Assises. Le microcrédit se déploie, mais la micro-assurance est vraiment en phase de lancement.

Vous parlez beaucoup de transparence, de développement durable. Est-ce que ce sont des élements qui font partie de votre définition personnelle de ce qu'est le développement?

C'est une bonne question que de définir ce qu'est le développement. Voici l'équation du développement -au sens de développement humain- que l'on doit trouver selon moi.

Il y a un peu plus d'un milliard 300 millions d'habitants sur cette planète qui vivent avec moins d'un dollar par jour. Deux milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars. Les classes moyennes des pays émergents n'aspirent qu'à une chose, c'est consommer, comme nous. Je ne vois pas au nom de quoi on pourrait leur reprocher cela.

Il faut donc faire en sorte que les pays pauvres, les classes moyennes émergentes et les pays riches trouvent les grands compromis pour satisfaire les besoins de chacun dans un monde aux ressources limitées.
On a une seule planète et tous les indicateurs de cette planète sont au rouge. La biodiversité, le climat, les minerais, l'eau, l'énergie... On a donc cette équation à résoudre. C'est cela, pour moi, l'enjeu de la politique de développement.

C'est pour cela que je suis aussi les négociations climatiques, avec Delphine Batho [NDLR, ministre de l’Ecologie, du Développement durable, et de l’Energie], et que j'étais à Rio.
Le développement, c'est encore une fois pas seulement l'APD, pas seulement les politiques de développement, c'est aussi la capacité à trouver les compromis historiques pour continuer à vivre ensemble.

On sait que si on est dans un monde aux ressources limitées, il y a deux façons de gérer cela: soit on coopère, et on trouve les solutions entre nous, soit on se fait la guerre. C'est pour cela que le GIEC, les scientifiques du climat, ont eu le prix Nobel de la paix. C'est en effet un sujet de conflit potentiel très fort. Une fois qu'il y a conflit, il n'y a plus de développement possible.

Si je dois donner la définition la plus large de ma mission par rapport à ma vision du développement, c'est cela: contribuer à résoudre cette équation.

Revenons sur la définition même du développement. Vous expliquez que 80% de l’effort budgétaire va à l’Afrique (60% pour l’Afrique subsaharienne et 20% pour l’Afrique du Nord et le bassin méditerranéen). Existe-t-il une politique de développement en dehors de l’Afrique?

La question qui nous est posée est souvent inverse. On nous dit: vous oubliez l’Afrique. Or, 80% de l’effort budgétaire français pour le développement va en Afrique, en effet.

Pourquoi l’Afrique est la priorité de notre aide publique? Parce que c’est là que les besoins sont les plus forts. Il est parfaitement légitime d’y être présent. On intervient souvent en Afrique sous forme de dons dans l’éducation, dans la santé. Des domaines qui n’ont pas vocation à créer en soi une valeur que l’on va rembourser.

Mais on se déploie aussi ailleurs dans le monde en utilisant les prêts, qui ne sont pas contradictoires avec les dons, pour favoriser par exemple le développement d’infrastructures, mais qui nous sont ensuite remboursées.

Quelles sont alors vos priorités à l’extérieur de l’Afrique, vos grands dossiers?

Mes priorités ne sont pas géographiques, elles sont d'abord en cohérence avec les enjeux de soutenabilité. Il s’agit de faire en sorte que la totalité de la politique de développement soit compatible, voire un moteur, dans la recherche d’un développement soutenable au sud, ou même des Suds peut-on dire.

Nous avons donc d’abord la volonté d’avoir des grandes lignes directrices sur l’ensemble des façons dont nous intervenons. Même si l’on est présent partout sous des formes différentes pour accompagner cette transition écologique.

Le deuxième élément, c’est la transparence. Le but est de faire en sorte que notre politique de développement n’ait que des effets positifs en terme de pratique, comme la capacité des Etats à récupérer des impôts, ou encore des pratiques des entreprises sur les conditions de travail, etc. Ces points transversaux qui s’appliquent sur l’ensemble des continents.

Il y a la question particulière de la Chine. Aujourd’hui, on y intervient sous forme de prêts, pas de dons, sans coût budgétaire. Au contraire, cela nous rapporte, puisque l’on prête à un certain taux d’intérêt. Certains s’interrogent sur ce que l'on fait en Chine alors qu’elle est l’un de nos concurrents les plus importants sur les marchés.

Mais quand on intervient en Chine, on le fait sur un mandat limité à ce que l'on appelle les “biens publics mondiaux”, essentiellement l’environnement. Quand on intervient pour financer l’amélioration du processus énergétique d’une centrale à charbon, on économise des tonnes de Co2, contribuant ainsi à lutter contre le réchauffement climatique. Je crois donc qu’il est légitime d’être présent là-bas.

Justement, sur l'Afrique, quelles relations entretenez-vous avec les dirigeants africains? Vous incarnez -et c'est votre souhait- une certaine rupture, vous êtes aussi issu d'une autre génération. Comment vivent-ils votre arrivée au gouvernement?

 Vous savez la nouvelle génération, elle est aussi en Afrique...

Pas partout...

Oui, pas partout, mais vous savez, c'est comme si vous parliez de "l'Europe". La nouvelle génération en Europe, elle est très diverse. L'Afrique est très diverse aussi.

L'Afrique, c'est aussi le lieu de la mondialisation. Quand vous êtes en Afrique aujourd’hui, vous êtes en concurrence avec des Chinois, des Turcs, des Indiens, des Brésiliens, des gens des pays du Golfe. Autant d'acteurs qui n’étaient pas présents il y a 20 ans, commençaient à peine à être présents il y a 10 ans et le sont vraiment aujourd'hui.

L'Afrique est mondialisée. Par conséquent, la relation avec l'ensemble des sociétés africaines, des chefs d'Etats jusqu'aux entrepreneurs en passant par la société civile et les anciennes puissances coloniales pour faire simple, s'est totalement modifiée ces dix dernières années.

On n'est plus dans l'ère post-coloniale. On est passé à autre chose, et c'est très bien. Cela ne veut pas dire que l'on se retire d'Afrique, ce serait stupide, d'abord parce que les besoins sont là, et parce que c'est notre intérêt d'être présents. Parce que l'on ne va pas laisser les Chinois, les Turcs, etc. travailler uniquement avec l'Afrique.

On voit bien qu'il y a un partenariat stratégique entre l'Europe et l'Afrique à établir. La nouvelle génération d'entrepreneurs, de la société civile, est partout. On voit bien que l'on est sur cette nouvelle vision. Moi, je suis là pour incarner, faire progresser cette vision là, avec ceux qui ont envie de ce nouveau partenariat.

Les Assises du développement et de la solidarité internationale viennent de s’ouvrir. Elles réunissent plusieurs partenaires français et du Sud, avec pour objectif de dresser une feuille de route d’ici mars 2013.

Youphil.com: Les acteurs autour de la table ne manqueront sans doute pas de vous parler du financement de l’aide au développement. L'APD est en effet souvent taxée d'opacité. On ne sait pas vraiment ce qu’il y a derrière. Vous disiez vous-même que le chauffage des centres de rétention est parfois comptabilisé dans ce budget... Comment clarifier tout cela aujourd'hui?

Pascal Canfin: C'est un chantier spécifique des Assises de travailler sur l'amélioration de la transparence de notre aide. Que recouvrent les 0,7% [NDLR, pourcentage du PIB que la France s’est engagé à investir dans l’aide au développement]? On va évidemment en débattre. Mais encore une fois, ce n'est pas moi, aujourd'hui, alors que les Assises viennent de s'ouvrir, qui vais vous dire comment on va reformuler toute cela...
On imagine que vous avez une petite idée quand même...

J'ai peut-être quelques avis sur la question (sourire). Mais ce que je veux, c'est que ce soit concerté, qu'il y ait des recommandations qui ressortent, et qu'ensuite, le président de la République les reprenne à son compte, et qu'on les mette en place, courant 2013. C'est ça, mon objectif. Mais je pense qu'il y a une demande légitime, à la fois des parlementaires, et des ONG, pour qu'on améliore la transparence de ce que l'on met dans l'aide publique au développement.

Vous parlez justement des 0,7%: la France n’atteint pas cet objectif. C'est aussi un des reproches récurrents des ONG. Faut-il laisser tomber ce dogme des 0,7%? Vous dites qu’il faut agir sur d’autres leviers, comme l’argent qui échappe aux pays du Sud dans les paradis fiscaux...

Il faut à la fois faire de ces 0,7% un objectif structurant, mais il ne faut pas non plus en faire l'alpha et l'oméga d'une politique de développement. Nous ne sommes pas aujourd'hui en capacité d’atteindre ce 0,7%, car nous n'avons pas eu, depuis des années, les dispositions budgétaires préalables pour le faire. Mais nous empruntons un chemin crédible vers cet objectif.

Enormément de choses ne figurent pas dans ce 0,7%. La transparence des investissements notamment. La France a réussi à faire bouger les lignes sur ce sujet au niveau européen, en Allemagne, au Royaume-Uni. Nous avons fait le job. Il faut que cela soit porté au crédit du gouvernement bilan, même si ce n'est pas comptabilisé dans le 0,7%!

Par conséquent, cet indicateur ne doit pas être l'alpha et l'oméga de l'évaluation y compris par les ONG de la politique de développement. Ceci dit nous avons fait le choix de ne pas baisser l'effort budgétaire en faveur du développement.

Justement vous dites que vous voulez que le montant de l'aide publique au développement qui transite par les ONG double...

Nous avons fait le choix volontariste dans une période de crise et de réduction budgétaire de ne pas réduire l'effort budgétaire dans le développement, grâce à l'affectation de 10% de la taxe sur les transactions financières françaises [TTF] au développement. Par ailleurs, on fait du lobbying pour qu’une partie significative de la future taxe européenne sur les transactions financières qui verra le jour début 2013 soit affectée au développement.
Dans ce contexte là, on a décidé de doubler l'aide qui passe par les ONG. La France était en retard sur ce sujet par rapport à d'autres pays européens, nous avons engagé le doublement conformément à la promesse de François Hollande dans sa campagne. Nous l'avons fait dès le début du mandat dans le projet de loi de finances 2013, et cela doit s'achever à la fin du quinquennat.

Coordination Sud fait le calcul un peu différemment... Ils disent que ce n'est pas 10% de la taxe sur les transactions financières qui sera allouée à l'aide au développement, mais seulement 3,75%...

Cela ne m'a pas échappé... Il faut distinguer deux choses: les crédits de paiement qui vont monter en puissance chaque année, à 60 millions en 2013, puis 100 et 160 millions d’euros en 2015 et la capacité d’engagement pour l’année prochaine. Sur les trois prochaines années, pour lesquelles nous avons une visibilité budgétaire, il y aura bien 480 millions d’euros, et donc 160 millions d’euros chaque année, en moyenne qui seront engagées en faveur du développement, grâce à la taxe sur les transactions financières.
Une partie de cet argent va alimenter le fonds vert pour le climat qui ne sera effectif qu’en 2014. En moyenne, 10% de la taxe sera donc bien allouée au développement.


On a beaucoup parlé de la nécessité d’évaluer l'efficacité de l’aide. En Haïti par exemple, où vous étiez récemment, la présence des ONG bouleverse l’économie locale... En dehors de ce qui sera décidé au cours de ces Assises, avez-vous déjà des idées sur les manières de mesurer l’impact social des acteurs du développement, qu’il soit positif ou négatif?

Oui, c’est pour cela que je résonne d'abord en termes qualitatifs et non en termes quantitatifs. Je suis tout à fait d'accord avec vous, il faut évaluer l'impact de ce qu'on fait et mettre des milliards d'euros en plus, en soit, ce n'est pas forcément mieux. Tout dépend si c’est utile, efficace, et comment se passe la discussion avec les populations.
On va déjà évaluer les choses avec des indicateurs matériels, ce qu'on ne fait pas pour l’instant. L'étape d'après consistera à dire en quoi l'aide publique au développement est effectivement un levier de développement, en quoi elle peut être nuisible, etc.
Evaluer au-delà de l'impact matériel de ce que l'on fait, c'est un point sur lequel je suis extrêmement attentif et c'est pour cela que j'ai souhaité m'entourer d'un conseil d'analyse des politiques de développement qui sera constitué d'une trentaine de chercheurs. Ils vont justement faire remonter les résultats de leurs d'études qui pourraient montrer que finalement, ce qui est fait par la communauté internationale deuis 10 ans dans tel ou tel domaine n'est pas très efficace ou peut être améliorée.

Est-ce qu'il y a aura des chercheurs du "Sud" justement?

Il y aura de nombreux chercheurs du Sud, bien évidemment. J'annoncerai la composition précise de ce conseil dans quelques semaines. Mais mon principe, c'est que plus de la moitié des personnes seront des chercheurs qui ne seront pas français.

Sur le Mali, comment continuer à y travailler dans le contexte actuel et garantir la sécurité des personnes qui œuvrent au développement du pays?

La reprise de notre coopération civile avec les autorités maliennes de transition est subordonnée à l'adoption par le gouvernement malien d'une feuille de route menant à des élections et à un dialogue nord-sud. Cette étape tarde à se concrétiser. Mais je sais que des ONG, françaises et internationales, sont actives à Bamako et dans le Nord du Mali, où la situation sécuritaire se dégrade rapidement. Je leur recommande de rester en contact étroit avec notre ambassade. Il est exclu d'exposer nos ressortissants à des risques inconsidérés.

Un mot sur un débat très actuel, le gaz de schiste. Faut-il selon vous continuer la recherche sur de nouvelles méthodes d'extraction ou définitivement renoncer au gaz de schiste?

Les écologistes français et européens ont été parmi les premiers, aux côtés de dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens, à se mobiliser très fortement contre l'exploitation des gaz de schiste. La position du gouvernement français a été exposé de manière très claire, et à plusieurs reprises, par le président de la République et la ministre de l'Ecologie. Celle-ci ferme la porte à l'exploitation des gaz de schiste par le biais de la technique de la fracturation hydraulique, seule technique disponible aujourd'hui, extrêmement dangereuse pour l'environnement.

En tant qu'écologiste, je suis attaché à la mise en place de ce que l'on appelle la transition énergétique. Elle implique une modification en profondeur de notre modèle énergétique, notamment par une réduction de notre dépendance aux hydrocarbures et au nucléaire, la montée en puissance des énergies renouvelables, mais aussi par la réalisation massive d’économies d’énergie, qui constituent aussi des économies financières pour les ménages.
Cette transition n'est pas une lubie des écologistes, elle est nécessaire pour lutter contre le changement climatique, mais elle est aussi porteuse d’emplois, car l’énergie verte est produite localement et non importée. Le gouvernement travaille à sa mise en place, et je m'en réjouis.

On attend une journée de mobilisation contre l'aéroport à Notre Dame des Landes samedi. En tant qu'écologiste, quelle est votre conviction sur ce sujet?
Personne ne découvre aujourd'hui qu'écologistes et socialistes ont un différend sur la question de l'aéroport Notre Dame des Landes. Ce débat entre nos deux formations politiques est connu depuis de très longues années. En arrivant au gouvernement je ne suis pas devenu subitement favorable à ce projet.

Sur le volet du changement climatique: êtes-vous favorable à la création d'un statut pour les réfugiés climatiques?

Aucune définition de ces réfugiés n’existe, pour l’instant, dans le droit international. Pour autant cela ne veut pas dire que ce type de réfugiés n’existe pas, au contraire. Plutôt que de créer une nouvelle catégorie juridique, il serait préférable de promouvoir et mettre en vigueur les “principes de Nansen” qui stipulent que la communauté internationale est responsable du destin des migrants environnementaux et qu’elle doit les protéger et les traiter dignement.

Une dernière question, plus personnelle. Projetons nous dans quelles années. Quel aura été votre grande réalisation au sein du ministère? Que retiendra-t-on de vous?
Si, lorsque je quitterai cette responsabilité, notre aide publique au développement est plus transparente, plus mesurable, plus efficace, plus compatible avec la recherche du développement durable… alors je pense que mon action n’aura pas été inutile. Même si, devant l’immensité des besoins dans la lutte contre la pauvreté ou contre les pandémies, il faut toujours rester modeste...


Source : http://www.youphil.com/fr/article/05922-pascal-canfin-developpement-gouvernement-aide-eelv?ypcli=ano

mardi 4 décembre 2012

Soirée ILERI ExCHANGE & Amnesty International

Soirée Péniche Le lundi 10 décembre (date anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme) sur la Péniche Alternat, Quai de Bercy de 19h à 23h
- une projection du film : Nigéria, une éternelle marée noire (documentaire de 50mn)
- un concert de Neega Mass
- l'intervention des deux personnes de la Communauté de Bodo qui est un des douze cas de personnes en danger du Marathon des signatures. C'est une communauté dont les droits économiques, sociaux et culturels sont bafoués à cause des pollutions déversées par Shell dont des usines extractions pétrolières sont implantées sur leur territoire.



jeudi 29 novembre 2012

Le monde compte pas moins d’un million de révolutions tranquilles

 C’est avec un doux mélange de modestie et d’enthousiasme qu’elle se défend d’avoir réalisé une encyclopédie mondiale des alternatives citoyennes. Pourtant, l’ouvrage de la journaliste Bénédicte Manier (Un million de révolutions tranquilles, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent, 324 p.) offre un survol riche et passionnant des actions menées par les pionniers de la transition vers une société plus participative, solidaire et humaine.


Un million de révolutions tranquilles


Lutte contre la faim, habitats coopératifs, microbanques, ateliers de réparation citoyen, financement en autogestion d'emplois ou de fermes bio, échanges de biens, de services et de savoir, etc... tout y est ! Embarquement immédiat.

Une effervescence de terrain

benedicte manier photo jde
Bénédicte Manier - Photo @ jde

Journaliste à l’Agence France Presse (AFP) depuis 1987, Bénédicte Manier
s’est spécialisée au fil des ans sur les questions de développement et de pauvreté des populations. Dans ce livre, elle propose un voyage itinérant au pays des solutions citoyennes appropriées aux enjeux du siècle – de la réhabilitation du réseau des johads (bassins creusés dans la terre pour recueillir les eaux de ruissellement et recharger les nappes phréatiques) au Rajasthan en passant par les réseaux de coopératives de production en Amérique Latine, des exemples de relocalisation des modes de vie aux systèmes de santé citoyen qui existent aux Etats-Unis ou en Belgique.


"Ces révolutions, j’ai l’impression de les connaître depuis toujours, confie-telle. J’ai croisé des quantités de domaines liés au développement local et j’ai profité de mes déplacements personnels pour ne pas passer des vacances idiotes. Je suis donc allée voir sur place ce dont j’ai entendu parler".


L’auteur confirme ainsi son intuition
 : ces initiatives se multiplient partout à l’identique - ou presque - en dépit de leurs domaines d’application très variés (habitat, santé, consommation, etc.) et de leurs conditions de développement, dans les pays industrialisés ou émergents. "Certains de ces mouvements existent depuis trente ans, mais la crise accélère le développement des alternatives", note la journaliste pour qui les inspirations à l’origine de ces révolutions sont également les mêmes où que l'on soit.

"Les citoyens répondent au même désir, et nous avons affaire à une effervescence de terrain qui concerne des millions de personnes dans le monde", explique l'auteur.

Pour elle, ces évolutions ne sont pas marginales : elles se développent au cœur des sociétés et les classes moyennes qui sont au cœur du changement. Et elles posent une question : qu’est-ce qui fait que les gens mettent en place des alternatives identiques sans se connaître ?

Le rôle du politique

Un élément de réponse se trouve peut être dans l'incapacité du monde politique à comprendre réellement la portée ces actions". Les citoyens ne sont pas contents du système dans lequel ils vivent et tracent eux-mêmes les voies du changement, à tel point que leurs dynamiques prennent de vitesse le politique et le secteur privé : "alors que la défense de l’intérêt collectif voudrait que le monde politique soit plus à l’écoute, le système actuel ne répond pas à ses aspirations", regrette Bénédicte Manier pour qui cela signe la fin d’une époque, comme elle me l’a confié dans la pastille sonore suivante:


 
Mais si ces initiatives citoyennes sont possibles, c'est aussi par l’existence d’une démocratie qui garantit la manière dont la société civile peut prendre les choses en main. "Je ne suis pas allée enquêter en Chine ou en Russie, mais je n’y ai pas repéré pour l’instant ce type de dynamique" souligne Bénédicte Manier.

D'ailleurs, ces révolutions ne se font pas contre le politique, mais bien plutôt en parallèle. "Les citoyens qui agissent le font parce qu’il faut le faire. Bien souvent, le pouvoir politique ne les soutient pas car ils croient d’avantage dans les grosses infrastructures de développement, les moyens simples ne sont plus dans leur imaginaire", estime-t-elle tout en soulignant qu'il est possible d'observer de la collaboration et de la bienveillance publique dans certains pays, comme au Brésil ou en Argentine. A Rosario par exemple, la municipalité a recensé les terrains et aménagé 60 hectares de terrains vacants pour y permettre le développement de 800 jardins communautaires qui nourrissent 40 000 habitants (sur les 1,2 millions que compte l'agglomération). Cela a relancé l’économie locale et prouve à quel point le soutien politique peut faire la différence.

Une "réappropriation" du monde

Au fil des pages, on mesure l'ampleur de la réappropriation du pouvoir citoyen. La journaliste explique: "pendant un temps, le citoyen s’est effacé devant le consommateur : on a tout fait pour lui, on lui a amené des supermarchés, du made in China, etc. jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce type d’économies a des effets négatifs en terme d’emplois, qu’il engendre une perte de qualité, des crises sanitaires et autres excès".

Le temps est venu du changement par la proximité, le partage et le collaboratif : le succès des AMAP et autres initiatives relevant de la consommation collaborative ne montre-t-il pas qu’il est possible de retrouver une qualité et une transparence? Il est aisé d'agir sur notre environnement immédiat. Le changement concret permet de la réappropriation et l’entrée dans l’ère de la post-mondialisation où les sociétés changent peu à peu leurs valeurs.

Les jeunes entrepreneurs sociaux mènent aussi des projets enthousiasmants: ils ont envie de créer des circuits, des plateformes de distribution de produits bio, des coopératives d’énergie verte, des entreprises de service de proximité – avec une économie tournée vers les besoins des population. Et cette économie est aussi profitable que l’économie traditionnelle, à la différence que ce profit est mis au service d’une logique positive pour la société. A bon entendeur...

A lire également

  • Les conspirateurs positifs sont parmi nous
  • Lionel Astruc, (R)évolutions, pour une politique en Acte, chez Acte Sud Editions (mars 2012)
  • Vincent Tardieu, Vive l'agro-révolution française, chez Belin (août 2012)
  • Vive la CoRévolution, pour une société collaborative, chez Alternatives (mai 2012)
  • Pierre Rabhi, Eloge du génie créateur de la société civile, chez Acte Sud Editions (janvier 2012)
A écouter: le podcast de l'émission C'est pas du vent du 10 novembre sur RFI

Source : http://alternatives.blog.lemonde.fr/2012/11/28/ce-million-de-revolutions-tranquilles/

mercredi 17 octobre 2012

Conférence de l'ONU sur la biodiversité : 70 ministres au chevet d'une nature en péril

Quelque 400 espèces animales et végétales ont rejoint la liste des espèces menacées d'extinction, dévoilée mercredi 17 octobre à Hyderabad, en Inde, où la conférence de l'ONU sur la biodiversité est entrée dans sa dernière ligne droite en présence de plus de 70 ministres. "Il n'y a pas une seule façon de mesurer le déclin de la biodiversité, c'est complexe, mais la 'Liste rouge' est la meilleure mesure dont nous disposons", a souligné Jane Smart, directrice mondiale du groupe de conservation de la biodiversité de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Déforestation à Madagascar, une île particulièrement touchée par l'érosion de la biodiversité.
Cette actualisation de ce registre de référence comprend 65 518 espèces, dont près du tiers (20 219) est menacé d'extinction, avec 4 088 espèces en danger critique d'extinction, 5 919 en danger et 10 212 vulnérables. Plus de 400 végétaux et animaux ont rejoint la liste des espèces menacées depuis la dernière version, présentée en juin lors du sommet de Rio+20. Deux invertébrés, une blatte des Seychelles et une espèce d'escargot d'eau douce, ont intégré la catégorie des espèces considérées comme éteintes.

LA BIODIVERSITÉ DE MADAGASCAR, UNE PRIORITÉ

Les experts de l'UICN ont aussi insisté sur la situation "terrifiante" des palmiers de Madagascar, l'un des sites les plus riches au monde en terme de biodiversité. Plus de 80 % des 192 palmiers de l'île, dont dépendent certaines populations parmi les plus pauvres pour la nourriture et les matériaux de construction, sont menacés d'extinction. Une disparition principalement due au défrichage des terres pour l'agriculture et à l'exploitation des forêts.

Le Tahina, ou "palmier suicidaire", est ainsi classé en "danger critique d'extinction", le stade le plus élevé avant la disparition constatée : seuls 30 représentants de cette espèce de palmiers géants pouvant atteindre 18 mètres de haut existeraient encore. Une autre étude publiée lundi soulignait que les lémuriens de Madagascar figurent désormais parmi les primates les plus menacés de la planète, en raison de la destruction de leur habitat et du braconnage. "Madagascar est une région d'une absolue priorité" pour la biodiversité, a insisté Russell Mittermeier, spécialiste de l'île et président de l'ONG Conservation International.

"LE COÛT DE L'INACTION"
Cette piqûre de rappel de l'UICN intervient alors que plus de 180 pays sont réunis à Hyderabad pour la conférence de l'ONU sur la biodiversité visant à tenter d'endiguer cette érosion toujours plus rapide des espèces. Les discussions, entamées le 8 octobre au niveau technique, se poursuivaient à partir de mercredi, pour les trois derniers jours de la conférence, au niveau gouvernemental avec plus de 70 ministres présents dans le sud de l'Inde.

Les discussions achoppent principalement sur les engagements financiers qui pourraient être pris pour atteindre les 20 objectifs pour 2020 adoptés à Nagoya au Japon en 2010, comme la lutte contre la surpêche ou le développement des aires protégées sur terre et en mer. Des experts chargés de conseiller les négociateurs ont chiffré ces besoins entre 150 et 440 milliards de dollars (environ 115 à 340 milliards d'euros) par an, a rapporté mercredi l'économiste Pavan Sukhdev, auteur d'un rapport sur la valeur économique des services rendus par la nature.

Les financements publics et de mécénat en faveur de la biodiversité sont actuellement estimés à quelque 10 milliards de dollars par an. "Le coût de l'inaction est quelque chose que les gens commencent seulement à évaluer", a souligné le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), Achim Steiner.

Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/10/17/conference-de-l-onu-sur-la-biodiversite-70-ministres-au-chevet-d-une-nature-en-peril_1776676_3244.html