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mardi 5 mars 2013

Le boycott du vaccin anti-polio, pas qu'une affaire d'obscurantisme

Neuf Nigérians, tous impliqués dans des campagnes de vaccination contre la poliomyélite, ont récemment été assassinés à Kano, au nord du Nigeria. En quelques semaines, plusieurs Pakistanais (neuf en décembre, sept en janvier) eux aussi membres d'équipes de vaccination contre la poliomyélite ont également été tués.

Le boycott du vaccin anti-polio, pas qu'une affaire d'obscurantisme


Ces actes barbares ont attiré l'attention de nombreux médias, notamment internationaux, qui les ont souvent décrits comme le prolongement violent d'un même phénomène de rejet des campagnes de vaccination contre la poliomyélite, rejet qui serait alimenté par l'ignorance des populations et l'obscurantisme de certains pouvoirs locaux. Or c'est précisément parce que ces meurtres sont inacceptables et ne peuvent bénéficier d'aucune circonstance atténuante qu'il faut les distinguer d'un autre mouvement, celui de la résistance aux campagnes de vaccination contre la poliomyélite, en partie justifiée par des arguments rationnels exprimés par des représentants des pays concernés.

Méfiance et incompréhensions

Il y a matière à débat de santé publique, à un moment où l'Organisation mondiale de la Santé et ses partenaires, Bill Gates en tête, affichent une volonté toujours plus inflexible d'éradiquer le virus coûte que coûte. Avec le soutien de certaines autorités nationales, dont celles de Kano, ils ont promis de faire disparaître la polio d'ici trois ans, quitte à utiliser des méthodes coercitives. Au Pakistan, des représentants des Talibans au Nord-Waziristan avaient annoncé, en juin, que les campagnes contre la poliomyélite feraient désormais l'objet d'un boycott. Dans un tract distribué à cette occasion, ils avaient indiqué que sa suspension était conditionnée à l'arrêt de l'utilisation des drones américains, tout en dénonçant la démesure des moyens employés:

«Quel besoin d'une campagne menée par des bonnes âmes qui dépensent des millions de dollars, alors qu'à peine un enfant sur des milliers est contaminé par le virus, tandis que les mêmes bonnes âmes, avec l'aide de leur esclave pakistanais, nous ciblent avec leurs drones dont des centaines d'enfants innocents, de femmes et de vieillards sont la proie? (...). Le survol des drones dans la région a rendu presque tout le monde malade d'un point de vue psychologique.»

Cet appel au boycott intervient également dans un contexte où la vaccination au Pakistan a particulièrement mauvaise presse, depuis que la CIA a reconnu avoir mené une fausse campagne contre l'hépatite B dans sa chasse à Ben Laden. Les vaccinateurs auraient-ils été assassinés pour avoir violé cet embargo? Quelles que soient les responsabilités des Talibans dans ces meurtres et l'objectif politique qu'ils poursuivent, leur appel rejoint les préoccupations de certaines autorités traditionnelles. 

Ralliées au boycott, celles-ci exigent l'électrification de leur région:

«Nos enfants meurent écrasés par la chaleur ou sous les morsures de moustique. Qu'est-ce que ça change qu'ils meurent de la polio? Nous continuerons notre boycott jusqu'à ce que le gouvernement réponde à notre demande.»

Ce n'est pas la première fois que les efforts de vaccination contre la poliomyélite sont accusés de démesure par ceux-là mêmes censés en bénéficier. L'épisode du boycott des campagnes polio au Nigeria en 2003, sur lequel nous proposons un petit retour l'illustre particulièrement.A cette époque, alors que l'éradication du virus était déjà présentée comme «à portée de main», l'OMS décida de redoubler d'efforts au Nigeria, le pays abritant alors la moitié des cas enregistrés dans le monde. Mais les équipes de vaccination rencontrèrent une résistance grandissante, s'accompagnant parfois de violences physiques de la part de la population.

Résistances et intimidations

Des rumeurs sur la contamination des vaccins par des agents stérilisants enflèrent jusqu'à provoquer, en juillet 2003, un appel à la suspension de la vaccination par le conseil supérieur de la charia du nord Nigeria. Plusieurs Etats annoncèrent qu'ils ne participeraient pas à la campagne suivante avant qu'une enquête indépendante ait prouvé que le vaccin était sans danger. Cet épisode fit couler beaucoup d'encre, dans les médias ou dans des publications scientifiques. Le boycott y fut, à l'instar, du Pakistan présenté comme le reflet de l'ignorance d'une population croyant en l'existence d'un complot mondial contre les musulmans, dans un contexte marqué par la guerre en Irak et en Afghanistan et le raidissement religieux au Nord du pays, illustré par l'adoption de la sharia en 2000.< Les autorités furent quant à elles montrées du doigt comme des dirigeants sans scrupules ayant abusé de la crédulité des Nigérians et mis en péril «15 années de travail, et 3 milliards de dollars». Mais l'examen attentif des arguments opposés par certains représentants politico-religieux à la campagne impose, là-aussi, une autre lecture. Nous reproduisons ci-dessous, un extrait d'une discussion entre l'émir de Kazaure, dans l'Etat de Jigawa, et une représentante de l'OMS au Nigeria en 2003.

Dr Gloria (de l'OMS)
-Votre Altesse Royale, j'ai été envoyée au Nigeria pour couvrir les activités de l'OMS, et en particulier pour venir à bout de la poliomyélite. Dans mon pays, le Zimbabwe, la polio a été éliminée. L'OMS est déterminée à éradiquer la maladie dans son intégralité. Pour que l'Afrique soit exempte de poliomyélite, tous les pays africains doivent garantir l'éradication totale de la maladie par la vaccination. Au Zimbabwe, les gens ont d'abord refusé de faire vacciner leurs enfants à cause d'une croyance populaire selon laquelle les personnes vaccinées se transformaient en cochons. L'acte de vaccination ne leur avait pas été correctement expliqué. Je veux simplement dire, Votre Altesse, que nous ne pouvons pas mener à bien notre mission sans votre bénédiction et votre soutien, car vous êtes le père du peuple. Je vous remercie.

L'émir de Kazaure
- Je vous remercie vivement de votre visite. Je dois dire que vous avez parfaitement récité le manuel de sensibilisation de l'OMS et que vous êtes convaincante quant à votre mission dans notre pays. J'ai consulté ce guide moi-même et j'ai constaté sa qualité et son agressivité. En 2000 et 2001, quand nous avons fait part de nos peurs et préoccupations [quant à la possibilité que le vaccin contienne des substances qui pourraient rendre les populations stériles], on nous a répondu que les médicaments étaient certifiés par l'OMS et fabriqués dans le meilleur environnement de fabrication, et que le vaccin ne contenait aucun autre ingrédient. Nous voulions des preuves concrètes, mais nous n'avons eu que des paroles.

Pour répondre aux craintes de notre peuple, nous avons donc dû conduire nos propres investigations, en consultant des livres et en faisant des recherches sur Internet. Tous les livres et les documents que vous voyez ici concernent la polio. Alors Madame, vous pouvez constater que les appréhensions de mon peuple ne sont pas les mêmes que celles du Zimbabwe, où les gens pensaient que le vaccin allait transformer les gens en cochons. Nos craintes relèvent plutôt de questions médicales. Quand vous venez vacciner la population, vous nous dites que vous avez atteint 60, 70 ou 100 000 personnes, que tous les enfants de l'Etat sont vaccinés. Puis vous revenez le lendemain et nous dites qu'il y a eu un nouveau cas, et qu'il faut revacciner tout l'Etat. Qu'est-ce que cela traduit de l'efficacité du vaccin? Nous commençons à voir pourquoi certaines de ces questions n'ont pas de réponse. Aux Etats-Unis par exemple, il y a un système de surveillance des effets secondaires du vaccin, mais nous n'avons pas de tel système ici. Personne ne sait ce qui se passe, vous venez, vous vaccinez, vous collectez de l'argent et l'année suivante, vous revenez vacciner les mêmes enfants. Mais que cherchez-vous, que cherche l'OMS? Que cherche l'UNICEF? Pourquoi cet acharnement? Combien d'argent dépensé au Nigeria pour enrayer 109 cas? Combien d'enfants meurent de la rougeole, du paludisme, de diarrhées? (...)

Concertation et pédagogie

Dans cet entretien, l'émir de Kazaure exprimait le décalage entre les priorités sanitaires de sa population et celles imposées par les acteurs de la «Global Health». Décalage que l'OMS et ses partenaires ont depuis tenté de combler partiellement, en intégrant aux campagnes polio la distribution de moustiquaires et la vaccination contre la rougeole. Il questionnait également l'acharnement des partisans de l'éradication: ceux-ci le justifient aujourd'hui par des arguments d'ordre symbolique (l'éradication de la poliomyélite comme l'œuvre d'une génération), financier (la stratégie d'éradication du virus est un horizon motivant pour les bailleurs de fonds, et serait moins coûteuse in fine qu'une stratégie d'endiguement) et sécuritaire (la présence du virus quelque part est une menace pour le monde entier). Ces arguments, très éloignés des préoccupations de santé publique de nombreuses familles pakistanaises ou nigérianes, risquent de faire des «derniers mètres» de la route vers la disparition de la polio une distance infranchissable.

Quoi qu'il en soit, pour lutter efficacement contre la poliomyélite, il faudra veiller à ne pas assimiler les mobiles, réels ou supposés, des assassins de vaccinateurs aux griefs des populations résistantes à la vaccination. Et peut-être accepter de négocier avec elles des mesures de santé publique raisonnables au regard des contraintes qu'elles imposent et du bénéfice qu'elles peuvent en retirer.

Source : http://www.msf-crash.org/sur-le-vif/2013/02/27/7216/le-boycott-du-vaccin-anti-polio-pas-quune-affaire-dobscurantisme/

mercredi 13 février 2013

CONFÉRENCE ILERI - Mali, la guerre autrement - 14 FÉV 18H

Il est temps que, dans le conflit malien, se fassent enfin entendre en France, d’autres voix que celles des Etats et des armées. Notamment celles des intellectuels maliens et de la société civile de Bamako, dans sa diversité : partis de l’opposition civile, mouvements islamistes et touaregs ont leur vision de la situation du Mali dans la géopolitique nationale et sahélienne- et de son avenir.

Quelles sont les causes profondes, historiques, de la déliquescence de l’Etat malien ? Quels sont les auteurs du coup d’Etat, et leur destin possible ? Quelle place pour la CDEAO, l’Union Africaine ou l’ONU dans la régulation du conflit à terme, ainsi que de l’ancienne puissance coloniale ? Quelles sont les conséquences humanitaires du conflit malien à l’échelle saharienne ?


Jeudi 14 février à 18h à l'ILERI - 7 avenue des chasseurs 75018 Paris avec :

 

 

Michel GALY, Politologue, Professeur de géopolitique à l'ILERI,


 




Moussa AG ASSARID, écrivain, représentant du MNLA en Europe (Mouvement national pour la libération de l'Azawad),







Dr Oumar KEITA, historien, EHESS (École des hautes études en sciences sociales),








Vincent TAILLANDIER, Directeur des opérations ACF (Action contre la Faim)

mercredi 6 février 2013

Mali : les civils menacés par toutes les parties au conflit

L'armée malienne a commis de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire (DIH) au cours du conflit qui continue contre les groupes armés, notamment des exécutions extrajudiciaires de civils, selon les témoignages recueillis par Amnesty International lors d'une mission de dix jours au Mali.


L'armée malienne a commis de graves violations des droits humains


Un nouveau document "Mali : premier bilan de la situation des droits humains après trois semaines de combats"  tirant les conclusions de cette mission indique également que les groupes islamistes armés ont commis de graves atteintes aux droits humains et violations du DIH, notamment des homicides illégaux et le recrutement d'enfants soldats.
En outre, il est établi qu'au moins cinq civils, dont trois enfants, ont été tués dans un raid aérien dans le cadre d'une opération conjointe menée par les armées française et malienne afin de stopper l'offensive des groupes islamistes armés.

Alors que les combats se poursuivent au Mali, toutes les parties au conflit doivent veiller au respect du droit international humanitaire - en particulier au traitement humain des prisonniers et prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter les dommages causés aux civils.

Gaëtan Mootoo, chercheur à Amnesty International sur le Mali.

Durant sa mission, la délégation d’Amnesty International a mené ses recherches dans les villes de Ségou, Sévaré, Niono, Konna et Diabaly.
Des exécutions extrajudiciaires et arrestations arbitraires

Amnesty International a recueilli des témoignages indiquant que, le 10 janvier 2013, soit la veille de l'intervention française, l'armée malienne a arrêté et exécuté de manière extrajudiciaire plus d’une vingtaine de civils, principalement dans la ville septentrionale de Sévaré.

Des témoins oculaires ont raconté qu’ils avaient vu des soldats jeter les corps de plusieurs personnes dans un puits dans le quartier Waïludé à Sévaré.

"Une fois que les corps ont été jeté au fond du puits, ils ont tiré des rafales à deux ou trois reprises", a déclaré un témoin.

Plusieurs personnes ont évoqué la façon dont les forces de sécurité maliennes ont apparemment ciblé des personnes soupçonnées d’avoir des liens avec les groupes islamistes armés - souvent sur des bases ténues, telles que les vêtements qu'ils portaient ou leur origine ethnique.

Beaucoup de gens ont réellement peur d'être arrêtés, voire pire, par les militaires. Les forces de sécurité doivent veiller à ce que les civils soient protégés de toutes représailles sur la base de l’appartenance ethnique ou de sympathie politique présumée.

Les autorités doivent ouvrir immédiatement une enquête indépendante et impartiale sur tous les cas d'exécutions extrajudiciaires par les forces armées, et suspendre tout membre du personnel de sécurité soupçonné d'implication dans des violations des droits humains.

De plus, l'armée malienne a procédé à l’arrestation arbitraire de personnes soupçonnées de liens avec les groupes islamistes armés. Amnesty International s'est entretenue avec plusieurs détenus qui ont déclaré avoir été battus ou maltraités durant leur détention.

Par ailleurs, Amnesty International a recueilli des témoignages d’homicides illégaux perpétrés par les groupes islamistes armés.

Un témoin a raconté que des membres des groupes armés islamistes avaient sommairement tué cinq soldats maliens blessés ainsi qu’un civil dans la ville de Diabaly les 14 et 15 janvier, après sa prise par des groupes islamistes armés.

Recrutement d’enfants soldats

En outre, Amnesty International détient des informations selon lesquelles des membres des groupes islamistes armés ont enrôlé de force et eu recours à des enfants soldats dans leurs rangs.

À Diabaly, plusieurs personnes ont raconté qu’elles avaient vu des enfants, certains âgés de dix ans, armés de fusils aux côtés des combattants islamistes.

À Ségou, Amnesty International a pu s'entretenir avec deux enfants soldats en détention - dont l'un présentait des signes de déficience mentale.

Le garçon était silencieux, abattu, et n'était pas en mesure de nous parler – il semblait absent » a déclaré Gaëtan Mootoo.

Le recrutement d'enfants soldats doit cesser immédiatement, et tous ceux qui se trouvent dans les rangs des groupes islamistes armés doivent être libérés.

Des frappes de l’armée malienne et française

Il existe également des indices troublants sur la mort de cinq civils - dont une mère et ses trois jeunes enfants - tués dans un raid aérien lancé dans le cadre d'une contre-offensive menée par les armées française et malienne.

La frappe s'est produite le matin du 11 janvier 2013, le premier jour de l'intervention française, dans la ville de Konna.

Des responsables français ont déclaré à Amnesty International qu'ils n'avaient pas effectué de frappe à cette heure à Konna tandis qu'un membre du gouvernement malien et un haut responsable militaire malien ont confirmé à l’organisation qu'une opération conjointe avait commencé à cibler la ville dans la matinée du 11 janvier avec la participation de l’armée française.

Il est absolument impératif que la France et le Mali ouvrent une enquête afin de déterminer qui a effectué cette attaque. Les résultats doivent être rendus publics dans leur intégralité afin que l’on puisse déterminer s'il y a eu violation du droit international.

Source : http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Violences/Armes-et-conflits-armes/Actualites/Mali-les-civils-menaces-par-toutes-les-parties-au-conflit-7699?utm_source=splio&utm_medium=email&utm_campaign=actionaute+f%C3%A9vrier+2013


lundi 4 février 2013

Mali : la situation humanitaire dans le nord, entre l’espoir et le doute

Les récents combats et les mouvements de troupes ont forcé des milliers de personnes à se déplacer dans le pays ou à se réfugier dans les pays voisins. Certaines de ces familles commencent aujourd'hui à rentrer, mais elles sont tellement démunies de tout que leurs conditions de vie restent extrêmement précaires. Le CICR et la Croix-Rouge malienne continuent de leur porter assistance, notamment en leur fournissant des vivres.
 



« Nous observons un début de retour des personnes déplacées, notamment dans certaines zones du centre et du nord du Mali, explique Jean-Nicolas Marti, chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger. Ces familles qui retournent chez elles, tout comme celles qui sont encore déplacées, manquent de nourriture et d'articles de première nécessité. Quant aux familles qui sont restées sur place, elles n'ont plus de ressources à partager. »


Besoins urgents pour les personnes déplacées ou rentrées

« Les personnes qui avaient fui Konna en direction de Mopti et Sevaré commencent à rentrer, observe Philippe Mbonyingingo, chef de la sous-délégation du CICR à Mopti, présent sur place. Mais elles sont dans une situation humanitaire précaire et nous leur avons distribué de la nourriture le 31 janvier dernier. » Au total, plus de 7 200 personnes ont pu bénéficier de l'assistance alimentaire fournie par le CICR et la Croix-Rouge malienne.
 
Les 30 et 31 janvier derniers, plus de 3 300 déplacés restés à Mopti et Sévaré ont aussi reçu une assistance alimentaire de la part de la branche locale de la Croix-Rouge malienne.
Des déplacements de population sont également rapportés dans la région de Kidal, dans le nord-est du pays. Le 31 janvier, une équipe du CICR s'est rendue à Tinzaouatène, près de la frontière algérienne, afin d'évaluer les besoins des personnes déplacées dans cette région, plusieurs milliers semble-t-il.

« Nous avons déjà fourni une assistance à plus de 15 000 personnes depuis la reprise des combats et nous continuerons cette action d'urgence tant que les besoins perdureront, explique Jean-Nicolas Marti. Nous avons aujourd'hui davantage accès aux zones touchées par les récents combats et nous nous efforçons de répondre le plus rapidement possible aux besoins les plus urgents. »

En ce qui concerne le volet médical de l'aide, la priorité est désormais d'assurer l'accès aux soins pour les populations civiles, déplacées et retournées. Le CICR soutient pour cela les hôpitaux de Gao et Sévaré et six centres de santé installés entre Ansongo et Tombouctou.

Des familles dispersées à cause du conflit

À cause du conflit, de nombreuses familles ont été séparées et dispersées à l'intérieur du Mali et au-delà des frontières. La situation de ces familles dispersées a été aggravée ces derniers jours par la coupure des réseaux téléphoniques dans les principales villes du nord du pays. Le CICR et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge des pays limitrophes s'emploient à réunir les familles ou à les aider à rétablir le contact.
Le respect du droit international humanitaire : un impératif

Le CICR continue de rappeler à toutes les parties au conflit leurs obligations au regard du droit international humanitaire (DIH), notamment en ce qui concerne la protection de la population civile et des personnes qui ont cessé de se battre. « Nos équipes sur le terrain suivent la situation de près et nous prenons très au sérieux toutes les dénonciations de violations du droit international humanitaire, affirme Jean-Nicolas Marti. « Lorsque les allégations que nous recevons sont confirmées, nous soulevons ces questions au plus vite auprès des parties concernées, dans le cadre d'un dialogue strictement bilatéral et confidentiel, » explique le chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger.

Source : http://www.cicr.org/fre/resources/documents/update/2013/02-02-mali-konna-displaced-returnees-aid.htm


mercredi 30 janvier 2013

Dans Gao libérée, désolation et règlements de comptes

Saccages, lynchages, châtiments publics. Alors que la France appelle à la mise en place rapide d'observateurs internationaux, la CPI aura fort à faire au Mali.

Des soldats maliens à l'entrée de Gao, le 28 janvier.
Quelques jours avant l'abandon de la ville par le Mujao, le groupe armé qui contrôlait la ville depuis six mois et y faisait régner une loi islamique de fer, un de ses chefs, chargé de la sécurité, avait mis en garde Aboubacar Traoré : Gao allait être le tombeau des "mécréants". Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, émanation locale d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), allait y mener un combat décisif contre les forces françaises et maliennes. Gao serait leur tombeau, un piège mortel.


"Ils disaient que leurs hommes se préparaient au martyre avec des ceintures d'explosifs", se souvient le directeur de Radio Koima, qui a tenu tête à tous les groupes rebelles qui ont contrôlé la ville depuis avril 2012. "Et tout à coup, c'était terminé. Quand l'armée française est entrée, ils ont quitté la ville avec leurs derniers chefs. Abdulhakim est parti vers Bourem, à une sortie de Gao, alors que les forces françaises progressaient à l'autre bout de la ville. Il faut croire qu'ils ont eu peur, en fait." Certains chefs, dans une version locale de la disparition du mollah Omar en Afghanistan, se seraient enfuis sur des motos.

Quatre hommes soupçonnés de faire partie de la milice islamiste sont arrêtés par les soldats maliens, le 29 janvier à Gao.
Aboubacar Touré s'autorise un sourire. A plusieurs reprises au cours de l'année écoulée, ses locaux ont été envahis, il a été menacé, on a tiré sur lui, ses journalistes ont été maltraités ; l'un d'entre eux a été laissé pour mort après avoir été roué de coups parce qu'il appelait à manifester contre les amputations. Radio Koima avait réussi à mettre une grande partie de la jeunesse de Gao dans la rue pour protester. En vain. Puis la "radio courage" et son directeur ont dû se taire.
Depuis deux jours, Koima a repris ses émissions en appelant à la raison : "Si vous trouvez un islamiste, ne le lynchez pas, prévenez les autorités". Des combattants perdus du Mujao sont encore embusqués dans les nombreuses maisons vides de la ville. Certains peuvent tenter des actes désespérés. Mais la plupart risquent d'être mis en pièces par la population. Ils ne sont pas les seules cibles de la colère de la jeunesse. Sont également en danger leurs "complices" supposés, recherchés dans les groupes " à peau blanche", touareg ou arabes, qui n'auraient pas quitté la ville.

HOMMES ÉDENTÉS, SANGUINOLENTS

Au bord du fleuve, le matin même, trois hommes ont été découverts sous des bâches dans un entrepôt de grain. Ils ont commencé à être frappés par la foule, accourue depuis le marché voisin. L'armée malienne les a arrachés à la mort, édentés, sanguinolents. Selon les témoins du voisinage, là se trouvait un "marabout", Mohammed Ashimi, qui décidait des jugements et condamnations au sein de l'Al-Hizbah, le bras armé de la police islamique. Il appartient à la communauté arabe, désormais visée dans son ensemble.
Ses membres ont presque tous fui les jours précédant la chute de la ville. Dans le quartier du marché, où les boutiques des commerçants arabes ont été vidées, la belle maison de l'un d'entre eux, importateur de thé, a été pillée. La famille Al-Fatao s'était entassée, à temps, dans une voiture, et a pris la direction du Burkina Faso.

Un homme soupçonné d'être un islamiste, pris à partie par la foule, le 29 janvier à Gao.

Côté touareg, ce n'est pas mieux. Les combattants du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), les premiers à avoir pris la ville aux forces loyalistes en avril dernier, se sont livrés à de nombreuses exactions avant d'en être chassés par leurs anciens alliés islamistes, Mujao et Ansar Eddine. Mais le mal à la réputation des Touareg était fait. "Ces gens, ils rentrent chez toi avec leur arme, ils mangent ton dîner, ils couchent avec ta femme de force et après ils s'en vont avec ta télévision ou ta radio", résume Dadid Maiga, un des petits vendeurs du marché. Lorsque les islamistes du Mujao ont chassé le MNLA, la population avait d'abord accueilli avec soulagement l'imposition de la charia, qui promettait un retour à l'ordre. Puis sont venus les débordements de la police islamique, sous les ordres de leur chef, Aliou Touré, ancien "gargotier" (vendeur de nourriture dans la rue) et ex-vendeur de peaux de chèvres, tout en imposant, à sa manière fantasque et violente, les châtiments les plus durs, y compris les amputations, filmées par ses propres hommes.

Dans la foulée de ces violences, Touareg et Arabes paient le prix fort. Une forme d'épuration ethnique s'est mise en place à Gao. Il va falloir travailler la ville au corps pour inverser la tendance, sous la houlette des "sages" de chaque communauté, qui ont déjà appelé à la clémence.


Des soldats tchadiens patrouillent à Gao, le 29 janvier.

Pour la population qui agite des drapeaux français, maliens, tchadiens ou nigériens cousus à la hâte, l'heure n'est pas encore au pardon. Al- Tayeb, guide touristique au chômage, exprime l'ambiguïté qui touche même les plus raisonnables : "D'accord, il ne faut pas céder aux amalgames, mais il faut bien reconnaître que tous ces Arabes les ont nourris et accueillis . Je ne sais pas quand ils pourront revenir et ouvrir leurs boutiques." La communauté arabe de Gao est très active dans le commerce.


SACCAGES

En arrivant en ville, en début d'après midi, dans un C130 français, le gouverneur de la ville, le général Mamadou Adam Diallo, tente de lancer des appels au calme et à la réouverture des magasins. Des gendarmes et des policiers devraient arriver en renfort rapidement. Dans la foulée, il part visiter sa résidence, bâtiment à l'architecture coloniale, ainsi que les bâtiments de l'administration, et reste bouche bée devant les saccages.

Le maire de Gao, Sadou Touré, l'accompagne dans cette exploration des dégâts. Plusieurs de ses hôtels, dont le Bidji, qui faisait aussi boîte de nuit, ont été raclés jusqu'à l'os par les pillards. Rebelles touareg ou population, simples badauds, tout le monde s'est servi. Des montagnes de bouteilles de bière cassées témoignent de l'application des combattants du Mujao. Tout de même, le maire formule un peu d'espoir : "Ce sont des individus qui ont été le cheval de Troie , pas les collectivités (...). Nous pouvons vivre ensemble. Moi, je suis d'ethnie peul, mais je ne peux pas vivre sans mon Arabe, sans mon Touareg."


Une jeune fille malienne achète de la viande au marché de Gao, le 29 janvier.

Pour les pillages, c'est déjà trop tard. Pour les lynchages, il est encore temps d'agir. Dans les rues de Gao, il y a désormais quelques patrouilles de soldats maliens avec une poignée de Tchadiens et de Nigériens, plus quelques éléments touareg de l'armée loyaliste pour éviter le chaos. Le bain de sang redouté n'a pas eu lieu, mais ce qui arrive dans les huit quartiers peut néanmoins échapper à cette force modeste.

LYNCHAGE

La prise de Gao s'est faite selon un schéma implacable. Une colonne de l'armée française et de l'armée malienne, avec près de mille hommes et du matériel lourd, a ceinturé la ville. Les frappes aériennes se sont intensifiées, visant les bâtiments où le Mujao avait ses quartiers et son matériel militaire. Gao était entourée sur plusieurs axes, quand des avions français se sont posés, à l'aube, à l'aéroport. Des véhicules sont sortis des avions, et ont commencé à progresser en ville. Un détachement du Mujao, parti à leur rencontre, a été éliminé. L'un de ses survivants est revenu vers le centre sur une charrette pour donner l'alarme, tirant en l'air. Déjà, des jeunes armés de gourdins et d'armes blanches l'entouraient et le lynchaient.

Mercredi 30 janvier, des forces spéciales françaises ont pratiquement répliqué l'opération à Kidal, la troisième grande ville du nord du Mali, en s'établiassant à l'aéroport. Une colonne de 2 000 soldats tchadiens progresse avec les éléments du général El-Hadj Gamou, essentiellement des Touareg loyalistes, et devraient arriver rapidement à Kidal.


Un soldat français près de Tombouctou, le 28 janvier.
La suite, c'est-à-dire la poursuite des opérations sur le terrain immense du désert, avec la possibilité de voir les combattants des groupes islamistes se réorganiser, promet d'être plus délicate.

En attendant, Gao renoue avec ses habitudes. Dans la cour de Radio Koima, une petite stéréo joue de la musique, avec des lumières qui clignotent au rythme de la guitare. La police islamique qui traquait ce genre d'infractions s'est évanouie. De tous les drapeaux noirs salafistes qui flottaient sur la ville, il n'en reste plus qu'un, que personne n'a encore eu le courage d'aller arracher, au sommet de l'antenne de la radio-télévision nationale. Les autres traces du Mujao sautent aux yeux à chaque pas.

CHÂTIMENTS PUBLICS

Près de la mairie, des soldats français passent au crible les bâtiments administratifs à la recherche de pièges ou d'explosifs. Des ceintures d'explosifs ont déjà été trouvées, affirme une source militaire française. Non loin, la place de l'Indépendance, qui avait été rebaptisée "place de la Charia". C'est sous son préau qu'on exécutait, en public, les châtiments. Pratiquement chaque vendredi, les coups de fouets pour les hommes surpris à fumer, en possession de whisky en sachet ou s'étant rendus coupables d'autres broutilles. Mais aussi, pour les voleurs, amputations, parfois d'une main et d'une jambe à la fois. Al-Tayyeb est venu assister à ces séances du vendredi, comme tout le monde. "Quand on coupait la main ou le pied, ils mettaient un chèche autour de la blessure. Pendant qu'ils coupaient, les hommes criaient, criaient. Ensuite, ils les emmenaient à l'hôpital."
L'avancée des forces françaises et maliennes.

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/30/desolation-et-vengeance-dans-gao-liberee_1824366_3210.html

vendredi 25 janvier 2013

Au Kenya, un logiciel citoyen pour prévenir la violence

Des mails, des sms et des tweets contre la violence. Dans l'espoir de limiter les troubles lors de l'élection présidentielle de mars au Kenya, des informaticiens ont créé un logiciel supposé prévenir la violence grâce à la participation des citoyens . 

Lors du dernier scrutin, en 2007, on avait déploré un milliers de morts. Pour éviter une nouvelle catastrophe, les citoyens sont appelés à envoyer leurs messages à une plateforme de surveillance, lesquels seront analysés pour permettre aux forces de l'ordre d'agir au mieux. http://www.ushahidi.com/ http://kenya.ushahidi.com/



Au Kenya, un logiciel citoyen pour prévenir la... par lemondefr


Source : http://www.lemonde.fr/afrique/video/2013/01/25/au-kenya-un-logiciel-citoyen-pour-prevenir-la-violence_1822694_3212.html

mardi 22 janvier 2013

Les ONG s'alarment de la situation humanitaire au Mali

Depuis le début de l'intervention française au Mali, vendredi 11 janvier, les organisations humanitaires guettent, non sans une certaine inquiètude, les mouvements de population affectées par les combats dans le nord du pays. Les colonnes de déplacés maliens, qui ont pris la route au cours des mois précédents pour gagner d'autres villes ou les pays limitrophes, semblent s'être taries. Fin décembre, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) comptabilisait 225 000 déplacés à l'intérieur du pays et 144 400 réfugiés dans les camps établis en Mauritanie, en Algérie, au Niger et au Burkina Faso.

Le Mali.

En dépit des combats et des bombardements, l'OCHA n'a enregistré, entre le 11 et le 21 janvier, que 6 062 nouveaux réfugiés et 3 599 nouveaux déplacés à Mopti, Ségou et Bamako. 
Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), qui rend compte, pour sa part, de 7 337 nouveaux réfugiés, précise que les nouveaux arrivants au Burkina sont des femmes et des enfants touareg utilisant des transports collectifs payés l'équivalent de 50 dollars (38 euros). Les hommes sont partis à pied, souvent avec des troupeaux. Ces populations en fuite évoquent la crainte des bombardements et des combats, de l'application de la loi islamique ; et les pénuries de nourriture et de fioul. 

LE CALME AVANT LA TEMPÊTE

Cette chute drastique du nombre de réfugiés et de déplacés internes pourrait ne pas durer. Pour le HCR, ce serait plutôt le calme avant la tempête. L'organisation estime en effet "que dans le futur proche, il pourrait y avoir 300 000 déplacés supplémentaires au Mali et 400 000 réfugiés supplémentaires dans les pays voisins", a indiqué, vendredi 18 janvier, sa porte-parole, Melissa Fleming.

Un camp de réfugiés maliens, près de Bassiknou, dans le sud de la Mauritanie.
Au sein des organisations humanitaires, ce statu quo momentané soulève quelques interrogations. Les habitants restent-ils cantonnés chez eux par choix ou y sont-ils contraints ? Andrea Bussotti, chargé de communication Mali au sein de Médecins sans frontières (MSF), estime que tout peut-être envisagé à ce stade. "La population est-elle utilisée comme bouclier humain ? C'est une question de bon sens qu'on est en droit de se poser. Mais d'autres explications sont à envisager : que les populations ne sortent pas des villes du fait des combats ou de l'impossibilité de se déplacer, que des populations soient déjà en déplacement mais pas dans les radars des ONG qui ne sont pas sur place", commente-t-il. Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch (HRW), précise ainsi que "certaines personnes sont sorties des villes et se mettent juste à l'abri quelques temps dans la brousse à quelques kilomètres."

RESTRICTIONS D'ACCÈS AU NORD

Du fait des restrictions placées à l'accès des ONG et des journalistes au nord du pays, au-delà de Mopti, les réponses sont difficiles à trouver. "L'accès et les déplacements sont rendus difficile. Entre Bamako et Mopti, les checkpoints se sont multipliés tandis qu'au-delà de Mopti, l'accès est très difficile", indique Zlatan Milisic, directeur Mali du Programme alimentaire mondial (PAM). Les communications téléphoniques sont difficiles à établir ; les lignes ont été coupées dans plusieurs villes. 

La situation à Konna inquiète particulièrement. Cette ville-pivot au centre du pays, conquise par les groupes armés islamistes jeudi 10 janvier, a été complètement bouclée par les forces française et malienne du fait des intenses combats qu'elles y livraient. Quand ces dernières ont annoncé, vendredi 18 janvier, la reconquête de la ville, MSF a réclamé l'accès des organisations humanitaires à la ville pour permettre l'acheminement des secours. "Il est essentiel de permettre l'acheminement d'une aide médicale et humanitaire neutre et impartiale dans les zones touchées par le conflit", a alerté Malik Allaouna, directeur des opérations de MSF. Les ONG craignent en effet que les habitants de la ville, empêchés d'en sortir, ne se trouvent après plus d'une semaine de combats dans une situation d'urgence médicale, sanitaire et alimentaire alarmante. Les allégations concernant des exactions de l'armée malienne dans les villes reconquises ne font qu'amplifier les craintes.

DES ACTIVITÉS RÉDUITES

Les ONG déjà présentes dans le nord du Mali avant l'intervention française ont pu poursuivre leurs activités, mais de façon plus limitée du fait de la dégradation des conditions sécuritaires. "A Douentza [une ville dans la région de Mopti], nos équipes sont bunkérisées", indique Andrea Bussotti de MSF. Les activités des neuf cliniques mobiles ont été arrêtées, tandis que le personnel local continue à travailler tant bien que mal à Diabali, Mopti et Tombouctou. Par crainte des enlèvements, la plupart des organisations ont composé la majeure partie de leurs équipes de travailleurs locaux ou travaillent en coordination avec des partenaires locaux.


Une Malienne et son enfant à Diabali, le 21 janvier 2013.

Le PAM a dû suspendre ses activités dans le Nord du fait de la détérioration des conditions sécuritaires. "Les camions sont chargés et prêts à partir quand les conditions de sécurité seront assurées", a indiqué une porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs. Une distribution de nourriture pour 1 500 déplacés à Mopti a notamment dû être reportée en raison de la diminution de la présence humanitaire dans cette ville du centre du Mali. "Si nous ne sommes pas capables de reprendre nos activités bientôt, les populations vont commencer à être nerveuses et à reprendre la route", indique Zlatan Milisic, du PAM.

UNE SITUATION HUMANITAIRE DÉJÀ CRITIQUE

Les organisations humanitaires craignent une détérioration rapide de la situation. "La situation n'est pas encore alarmante. Mais, nous ne sommes qu'au début de ce que nous voyons comme une nouvelle situation", indique Zlatan Milisic du PAM. "Des problèmes de pénurie d'eau, d'électricité et de médicaments notamment pourraient vite se poser", indique Michel Olivier Lacharité, chercheur Afrique du Nord pour Amnesty International. L'organisation Action contre la faim (ACF), qui a pu reprendre cette semaine ses activités à Gao, alerte quant à elle sur les pénuries alimentaires.

"Avec la fermeture de la frontière algérienne et les combats sur l'axe Bamako-Gao, les commerçants et transporteurs auront sans doute de plus grandes difficultés à passer", alors que "la ville de Gao est le plus souvent approvisionnée en nourriture à partir de l'Algérie" voisine, explique l'ACF. Le PAM a également constaté une réduction des transports commerciaux depuis le Niger, bien que la frontière ne soit pas fermée. Seul le trafic fluvial sur le fleuve Niger semble être assuré jusqu'à Mopti, indique Zlatan Milisic. Autre inquiètude soulevée par ACF : "un manque de disponibilité d'argent liquide" du fait de "la fermeture de toutes les banques depuis plusieurs mois à Gao".


Un enfant malien attend à un point de contrôle militaire à Niono, au Mali, le 21 janvier 2013.

Les inquiétudes sont d'autant plus grandes que l'année 2012 a été marquée par une crise humanitaire aiguë, résultant de la sécheresse qui a sévi au Mali. Le PAM a dû venir en aide, au cours des huit derniers mois, à plus de 1,2 million de personnes affectées par les conséquences de la sécheresse.

"L'année dernière, un tiers des habitants du Nord avait besoin d'assistance humanitaire. Si la situation s'est grandement améliorée dans le sud du pays à la fin de l'année, elle reste plutôt inquiétante dans le nord, et ce d'autant plus avec les problèmes de communications entre le nord et le sud et la réduction des capacités des autorités maliennes", indique Zlatan Milisic (PAM).

AUGMENTER LE FINANCEMENT

La question du financement de l'aide humanitaire au Mali commence à inquiéter les organisations. "L'année dernière, la réponse des donateurs a été bonne pour répondre à la sécheresse. Mais elle a été réduite une fois que le problème a été moins aigu. Nous avons les budgets pour maintenir nos activités jusqu'en mars. Nous avons besoin de financements pour maintenir nos activités au-delà", alerte Zlatan Milisic.

En réponse à ces inquiétudes, l'Union européenne (UE) a indiqué, le 18 janvier, qu'elle pourrait "rapidement mobiliser une enveloppe d'environ 250 millions d'euros" dans des programmes de développement. L'aide humanitaire de l'UE au Mali a atteint 73 millions d'euros en 2012, et a été accrue de 20 millions en fin d'année. Une partie des programmes a toutefois été suspendue par Bruxelles à la suite du coup d'Etat du 22 mars 2012 à Bamako. Les ministres européens ont conditionné leur reprise à l'engagement des autorités de transition à faire des progrès dans le processus "visant à rétablir la démocratie et l'ordre constitutionnel", avec l'annonce de nouvelles élections.

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/22/les-ong-s-alarment-de-la-situation-humanitaire-au-mali_1818818_3212.html

Jean-François Bayart > Mali : le choix raisonné de la France

"La France se trouve à nouveau engagée dans une opération militaire en Afrique. Cette répétition ne doit pas tromper. Elle est porteuse de différence par rapport à la plupart des interventions précédentes." Jean-François Bayart insiste sur le caractère social et inégalitaire de la crise d'aujourd'hui, afin de refonder les relations sahélo-européennes, aujourd'hui dominée par la question sécuritaire.

Elle ne vise pas à départager les protagonistes de la vie politique locale en prenant le parti de l'un d'entre eux, comme avaient cru devoir le faire Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy en Côte d'Ivoire ou, de manière encore plus contestable, au Tchad, en 2008, en couvrant militairement la liquidation physique de l'opposition démocratique par le président Idriss Déby.

François Hollande reste fidèle à la ligne que Lionel Jospin avait adoptée.

PROTÉGER LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BANGUI

Celui-ci s'était abstenu d'épauler quelque camp que ce soit lors de la reprise de la guerre civile au Congo-Brazzaville en 1997 ou du coup d'Etat de 1999 en Côte d'Ivoire. De même, le déploiement de troupes en Centrafrique, début janvier, ne visait pas à sauver le président François Bozizé des griffes de la rébellion, mais à protéger la communauté française de Bangui.

Au Mali, Paris jette ses forces non contre l'une des factions qui se déchirent ce qui reste d'Etat, mais contre des mouvements armés en partie étrangers qui remettent en cause l'intégrité territoriale du pays et ne cachent pas leur intention de recourir à l'action terroriste contre les "croisés".

En outre, François Hollande a répondu à l'appel explicite de son homologue malien, dans un cadre légal préalablement défini par des résolutions des Nations unies.

Enfin, il poursuit un objectif de sécurité, voire de défense nationale, évident : les groupes djihadistes du nord du Mali représentent une menace d'agression déclarée pour la France, qui a déjà empêché ces derniers mois plusieurs tentatives d'attentat organisées à partir du Sahel - une menace sans équivalent, même lointain, dans ses interventions militaires antérieures au Rwanda, au Congo, au Tchad, au Togo, en Côte d'Ivoire où aucun intérêt national majeur n'était en cause.

Il est légitime de s'interroger sur la pertinence de l'opération "Serval", que la France a déclenchée seule, contrairement à ce qu'affirmait vouloir François Hollande.

LA CONQUÊTE DE BAMAKO PAR L'AQMI

Mais ce dernier n'a guère eu le choix, sauf à se résigner à la conquête de Bamako par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et ses alliés sans être certain de pouvoir en évacuer à temps les quelque 6 000 Français et 1 000 Européens qui y résident.

Le 7 janvier, les négociations entre les autorités maliennes et certains des groupes djihadistes, sous la houlette de l'Algérie et du Burkina Faso, avaient été rompues.

Le 8, l'armée malienne perdait Konna, le dernier verrou avant la base stratégique de Sévaré et la ville de Mopti. Le 9, des observateurs militaires français constataient de visu la débandade des troupes du capitaine Sanogo. La route de Bamako était libre...

François Hollande a pris la seule décision possible, pour précipitée et hasardeuse qu'elle pût paraître. Il a aussi engrangé les fruits de l'intense travail diplomatique qu'il avait réalisé en amont depuis son élection en faisant adopter par les Nations unies les résolutions légitimant une opération au Mali, en préparant la constitution d'une force interafricaine d'intervention et sa formation par l'Union européenne, en sensibilisant l'administration Obama au risque régional, en tenant informée de sa démarche une Algérie opposée à toute forme de présence militaire française dans le Sahel.

SOUTIEN DE L'UNION AFRICAINE

Dans les heures qui ont suivi le déclenchement de l'opération "Serval", la France a obtenu le soutien de l'Union africaine, pourtant exaspérée par la guerre de Libye de 2011, l'appui logistique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, l'approbation diplomatique plus ou moins chaleureuse de ses partenaires européens, de l'Afrique du Sud, de la Russie et de la Chine, l'envoi de premiers détachements ouest-africains et, chose plus inouïe encore, le quitus de l'Algérie, qui a ouvert son espace aérien aux avions français.

La performance diplomatique de l'Elysée contraste avec les interventions unilatérales d'antan, plus ou moins maquillées sous des atours multilatéraux ex-post. Elle témoigne d'une méthode différente des forcings et des improvisations de Nicolas Sarkozy.

On devrait la retrouver à l'oeuvre dans d'autres dossiers de politique étrangère d'ici à la fin du quinquennat, et notamment dans le domaine de l'Europe de la défense.

Le plus difficile est à venir. Les forces ouest-africaines vont devoir faire leurs preuves sur un terrain qu'elles ne connaissent pas, pour certaines d'entre elles, et dans des conditions climatiques redoutables.

Elles sont dans un état de faiblesse opérationnelle et logistique préoccupant - y compris l'armée nigériane, qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut dans les années 1990 quand elle prenait la tête des opérations africaines de maintien de la paix. Chassés des villes du nord du Mali, les combattants djihadistes trouveront refuge dans les massifs montagneux du désert.

LA CLASSE DIRIGEANTE MALIENNE S'EST DÉCOMPOSÉE

Ils continueront à bénéficier de facilités d'approvisionnement et de circulation en Algérie dont l'ambivalence n'est pas sans évoquer celle du Pakistan à l'égard d'Al-Qaida et des talibans. Le risque est également grand de voir se former des milices qui se livreraient à des exactions lors de la reconquête du Nord, voire se constitueraient à leur tour en mouvements armés.

Politiquement, le défi est plus redoutable encore. La classe dirigeante malienne s'est décomposée alors même qu'elle doit imaginer un nouveau modèle d'Etat-nation qui accorde au Nord une véritable autonomie et un large transfert de compétences, et qui parvienne à trouver un nouvel équilibre entre la laïcité de la République et l'islamisation croissante de la société.

Tout se jouera en définitive sur le terrain social quand bien même aucun des acteurs étrangers de la crise n'en est forcément conscient. L'enjeu foncier est crucial, qu'exacerbent la dégradation de l'environnement et la désertification. Si le Mali présente une analogie avec l'Afghanistan, peut-être est-ce d'abord là qu'il faut la trouver.

La guerre civile porte sur l'accès à la terre arable, les relations entre éleveurs et agriculteurs, la répartition de l'eau, l'investissement immobilier en ville. Ce que l'on nomme les conflits ethniques renvoit en réalité, le plus souvent, à des luttes agraires sur lesquelles se sont greffés les mouvements djihadistes.

Ensuite se pose la question de la jeunesse et de sa "dignité". Le mot est crucial. Il a donné tout son sens au combat nationaliste dans les années 1940 et 1950, au dire même des grands leaders qui l'ont conduit : ce dernier a d'abord consisté à rendre au peuple malien la "dignité" dont l'avait privé l'occupation coloniale.

LE TRAFIC INTERNATIONAL

Le nationalisme a occulté une part du problème sous le couvert de l'unanimisme anticolonial : celle du statut des anciens esclaves qui représentaient du quart à la moitié de la population selon les régions du Sahel, mais dont la condition subalterne a été politiquement refoulée, encore que le socialisme "anti-féodal" de Modibo Keita (1915-1977), le père de l'indépendance malienne, s'adressait implicitement à eux.

Aujourd'hui, un jeune en mal d'affirmation sociale, surtout s'il est d'extraction roturière ou captive, dispose de quatre voies pour ce faire : l'islam, qui transcende les clivages de statut entre les croyants, notamment dans le domaine matrimonial ; le métier des armes, qui permet de démontrer sa virilité ; le trafic international, qui est une source d'enrichissement et une école d'habileté ; l'émigration, vécue comme une aventure initiatique censée ouvrir les portes de la maturité, du mariage et de la notabilité. Or, chacune de ces voies est désormais disqualifiée, sinon criminalisée et réprimée.

Le djihadisme, s'il doit être vaincu, le sera politiquement, et non seulement militairement. Cela suppose une révision radicale des politiques que la France devra conduire en partenariat avec ses alliés africains et européens, tant dans le domaine de l'aide publique au développement que dans celui de la sécurité collective.

Il est plus difficile de faire preuve d'audace sur ces plans. La République dispose d'un prêt-à-penser et d'un kit opérationnel militaires qui font consensus.

En revanche, elle s'est interdit, depuis des décennies, toute réflexion approfondie sur des sujets qui la fâchent et qui sont au coeur de la crise du Sahel : l'immigration, l'aide publique au développement, la prohibition des narcotiques, la constitution d'un système régional d'alliances militaires. Certains dénonceront la persistance dans son être de la "Françafrique".

VIEUX ORIPEAUX COLONIAUX

Mais c'est précisément son défaut qui saute aux yeux : sous les effets de l'austérité budgétaire, de la lutte obsessionnelle contre les flux migratoires et de la priorité accordée à la construction européenne, les mécanismes d'arrimage, sinon d'intégration, entre Paris et le sous-continent se sont en partie corrodés pour laisser place à une gestion affairiste ou policière de leurs relations.

C'est bel et bien ce tissu qu'il faut reconstituer en le débarrassant de ses vieux oripeaux coloniaux et en l'européanisant. Tâche difficile, car les pays de l'Union européenne n'en ont cure, les opinions africaines restent suspicieuses ou versatiles à l'encontre de l'ancienne métropole, toujours suspectée de visées impérialistes, et la Place Beauvau ou Bercy veillent à ce que la République reste dans les clous qui l'ont conduite à l'impasse malienne !

Peut-être sans s'en rendre compte, François Hollande a pourtant ouvert une nouvelle porte en recevant des représentants de la communauté malienne en France à l'Elysée, le 13 janvier, et en faisant des immigrés des interlocuteurs plutôt que des suspects. Un geste aussi important que la décision de bombarder les djihadistes s'il devait déboucher sur une approche du Sahel autre que sécuritaire.

L'auteur : Jean-François Bayart (1950) est un enseignant chercheur expert en politique africaine. Il enseigne à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et est Directeur de recherche au CNRS. Spécialiste de sociologie historique comparée du politique, il travaille sur la formation de l’Etat dans le contexte de la globalisation en Afrique sub-saharienne, en Turquie et en Iran. Reconnu internationalement, il est considéré comme l'un des plus importants spécialistes francophones de l'Afrique.

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/22/mali-le-choix-raisonne-de-la-france_1820680_3232.html